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Saturday, August 8, 2015

Ma liste de curiosités





Comme j'en avais déjà échangé ci et là, la rentrée littéraire me fait ni chaud ni froid. Même si j'avoue que je suis toujours surprise par le nombre gigantesque de livres présentés (589 cette année je crois) et par la folie qui s'empare des médias. Je me demande comment les auteurs des premiers romans arrivent à glaner une part d'attention ?  

En effet, je prends généralement mes vacances en septembre et souvent à l'étranger, aussi je ne suis pas là lors du pic de la rentrée. De plus, jusqu'à présent, je lisais et connaissais peu de blogs dédiés aux livres aussi c'est surtout dans les médias que je suivais toute cette agitation, de loin.

Et puis surtout parce que jusqu'ici mes auteurs préférés, majoritairement étrangers ne font tout simplement pas partie du tohu-bohu de la rentrée (ainsi Erlendur débarque fidèlement en février).

Mais difficile de ne pas se prendre un peu au jeu en voyant fleurir un peu partout sur la toile les billets dédiés aux livres de la rentrée. Nous avons tous nos auteurs "chouchous" et grâce à vous, je ne cesse d'en découvrir des nouveaux (souvent français). Il y a aussi ce nouveau challenge (68 premières fois) qui consiste à partir à la découverte des premiers romans et le plus connu d'entre tous : s'engager à lire 1% des livres publiés (589 si je ne me trompe).

Et puis surtout, j'ai légèrement changé mon regard lorsque j'ai réalisé que mes maisons d'éditions préférées s'y mettaient aussi (Gallmeister, te reconnaitras-tu?). 

Contrairement à certaines chanceuses, qui par leur métier ou leurs réseaux auront la chance de recevoir (ou ont déjà reçu) ces livres, je reste une citoyenne lambda avec comme contraintes : l'argent et le temps.

L'argent car un livre neuf, broché, coûte cher (surtout si on veut en acheter une bonne dizaine), et le temps car il me reste à découvrir tous les autres livres sortis depuis un mois, six mois, un an, dix ans que je n'ai pas encore lus (ma Làl sur le site de la BM dépasse les 150 livres). Quelque part, je suis contente de ne pas recevoir une vingtaine de livres avec une date limite pour les lire ! Je préfère continuer à mon petit rythme. 

Néanmoins, j'avais envie de me faire ma propre opinion de la rentrée et pour la toute toute première fois, je suis allée faire le tour de plusieurs maisons d'éditions. J'y ai passé un certains temps, comme dirait ce cher Raynaud et me voici ressortir avec une liste de curiosités.

Mon budget va tout de suite me contraindre à n'en acheter que deux ou trois et attendre sagement que le Père Noël m'en apporte au pied du sapin le 24 décembre prochain.

Aussi, je commence tout doucement à réfléchir à ceux qui vont donc rejoindre ma besace, si petite soit-elle, en espérant ne pas être déçue ... et à tous les autres qui attendront d'être disponibles à la bibliothèque ou sortis en poche ou en vente en librairie de livres d'occasion .. et à ceux que j'aurais peut-être reçus par une voie providentielle ??!! (on peut rêver !)

Bien évidemment j'ai commencé par Gallmeister et Métailié et puis j'ai continué .. continué ! et évidemment la liste s'est allongée ;-)


Qui si je m'écoutais me ruinerait et m'empêcherait d'aller plus loin !







J'hésite encore entre l'Islande, le Salvador et l’Écosse ! 



Chez Stock
 
C'est la nuit à Fürstenfelde, avant la fête de la Sainte-Anne. Le village se couche de bonne heure. À l’exception du passeur – il est mort. Madame Kranz, l’artiste
peintre locale, ambitionne quant à elle de réaliser son premier tableau nocturne. Le sonneur et son apprenti veulent sonner les cloches. Monsieur Schramm, ancien
lieutenant-colonel de l’Armée nationale populaire, puis garde forestier, n’a pas encore décidé s’il allait acheter des cigarettes ou se mettre une balle dans le crâne. Ils ont tous une mission à accomplir avant la fin de la nuit.
Ils composent d’une voix ce roman, la mosaïque d’un village avec ses habitants de longue date et ses nouveaux venus, les morts et les vivants, les artisans, étudiants et chômeurs en T-shirt… Un festival.
 
Un roman choral, allemand à l'étrange atmosphère. Je suis curieuse.



Chez Actes Sud

Dans la ferme de l’Indiana qui l’a vue grandir, Constance jouit enfin, auprès de son compagnon, d’un bonheur tranquille. Mais lorsque la guerre de Sécession éclate et que Bartholomew est appelé à rejoindre les rangs de l'armée de l'Union, c’est elle qui, travestie en homme, prend sans hésitation, sous le nom d’Ash Thompson, la place de cet époux que sa santé fragile rend inapte à une guerre qu’elle considère comme impensable de ne pas mener (...). 

J'avoue que ce roman me fait pas mal rêver ;-)



2 romans me font de l'oeil, en premier celui de Justin Peacock dont j'ai depuis longtemps envie de lire son premier livre Verdict (apparemment très approprié pour les fans de Damages comme moi) et Harry Crews dont j'achète au fur et à mesure tous les livres ;-)



 
Chez Seuil

Un américain, il le fallait bien ;-)

Lorsque Lola Faye surgit devant Luke pour lui faire signer un de ses livres, il panique. Que lui veut cette femme, responsable à ses yeux du drame de sa jeunesse ? Luke allait partir pour l’université quand le mari jaloux de Lola a abattu son père. Ce meurtre a précipité la mort de sa mère dépressive et ruiné ses propres ambitions. Sa conversation avec Lola va éclairer le passé d’un jour nouveau…


Né en 1947 aux États-Unis, Thomas H. Cook est salué comme l’un des plus grands auteurs de sa génération. Au lieu-dit Noir-Étang (prix Edgar Allan Poe 1996) et Les Leçons du mal sont notamment disponibles en Points.



Chez Albin Michel


Tous nos noms
Événement littéraire aux États-Unis, Tous nos noms est sans doute le livre le plus ambitieux de l’auteur des Belles choses que porte le ciel. Roman de la maturité, où l’évocation d’une amitié mise à mal par l’Histoire se confond avec le portrait d’un continent déchiré, il pousse plus loin encore l’exploration de l’exil et du déracinement.

La neige noire 
« Brillant et hypnotique, un roman dans lequel le lecteur plonge en se laissant habiter par les sons et les rythmes. Paul Lynch fait chanter chacune de ses pages comme le faisaient les grands maîtres. » Philipp Meyer  et si Philipp le dit ......
« Un roman sur une Irlande que je reconnais, et que devraient envier tous les écrivains. » Robert McLiam Wilson

 
Chez Gallimard

Parce que son premier roman ne m'avait pas laissé insensible (La physique des catastrophes), je me dis pourquoi pas ? (vous pouvez aussi lire un extrait sur le site de l'éditeur) :

Par une froide nuit d’octobre, la jeune Ashley Cordova est retrouvée morte dans un entrepôt abandonné de Chinatown. Même si l’enquête conclut à un suicide, le journaliste d’investigation Scott McGrath ne voit pas les choses du même œil. Alors qu’il enquête sur les étranges circonstances qui entourent le décès, McGrath se retrouve confronté à l’héritage du père de la jeune femme : le légendaire réalisateur de films d’horreur Stanislas Cordova – qui n’est pas apparu en public depuis trente ans. (....)
Jouant avec les codes du thriller, incluant dans son récit des documents, photographies, coupures de journaux ou pages web, Pessl nous entraîne dans une enquête vertigineuse autour de Stanislas Cordova et de sa fille, deux êtres insaisissables attirés par l’horreur et le mal.
L’inventivité de l’auteure et son goût indéniable pour les pouvoirs de la fiction font penser tour à tour à Paul Auster, Georges Perec, ou Jorge Luis Borges. Avec son style maîtrisé et ses dialogues incisifs, ce roman, sous l’apparence classique d’un récit à suspense, explore la part d’ombre et d’étrangeté tapie au cœur de l’humain.



Chez Gaïa 

Un drôle de roman dont l'extrait m'a plu, malgré le style de l'auteur qui privilégie les phrases très très longues C'est-à-dire qu'il faut être très patient pour voir arriver le point ;-)

Tom, onze ans, apprend la vie avec sa mère Lister, dans les beaux quartiers d’Oslo et la campagne lumineuse de la Norvège d’après-guerre. Lister peint des scènes bucoliques, elle est distante, elle est belle et fait jaser. Son amant à temps partiel, le Moine, qui fut enfant de l’assistance publique puis résistant, est revenu de déportation plein d’ombres et de douleurs. Tom l’adore.
Mais il y a aussi l’« oncle » Bobbie. Lister aime l’indolence de cet ancien pilote de guerre devenu zazou, pianiste de jazz et ouvreur de cinéma.
Lorsque déboule Helga, une costaude fille islandaise, les désirs fulgurants font voir des étoiles, jusqu’à la constellation d’Orion.
Un roman burlesque et viril, où il est question de pêche à la mouche, de course à pied et de ski de fond, servi par une écriture bouillonnante et irrévérencieuse.




Si un roman Zulma pouvait cette année égaler l’extase procurée par L’Ile du Point Némo, ce pourrait être ce somptueux pavé de 1152 pages ! Construit sur un principe de narration connu mais virtuose (quelques personnages réunis par une nécessité majeure dans un lieu clos se racontent des histoires pendant sept jours et sept nuits), il permet à Miquel de Palol un enchâssement de récits extraordinaires menant à la révélation d’un mystère final… Pour la taille de la bête et sa construction, une sacrée aventure de lecture en perspective !
(critique du blogueur Cannibal Lecteur cité sur le site de l'éditeur)

Le jardin des sept crépuscules m'attire et me fait peur tout à la fois :-)





Un roman autrichien dont la présentation me fait tout de suite voyager ! 

Bien souvent dans le restant de sa vie, Andreas Egger repensera à ce matin de février dix-neuf cent trente-trois où il a découvert le chevrier Jean des Cornes agonisant sur sa paillasse. Dans une hotte arrimée à son dos, il l’a porté au village, sur un sentier de montagne de plus de trois kilomètres enfoui sous la neige. Pour se remettre d’aplomb après cette course hallucinée, il fait halte à l’auberge : quand le corsage de Marie, la jeune femme qui lui sert son schnaps, effleure son bras, une petite douleur l’envahit tout entier.
(....)
Pris par la force visuelle de certaines scènes – la déclaration d’amour à Marie est un morceau d’anthologie –, et par une langue sobre et rythmée où chaque mot est pesé, on ne lâche pas ce saisissant portrait d’un homme ordinaire, devenu bouleversant parce qu’il ne se donne d’autre choix que d’avancer.


Chez les éditions de l'Olivier

Le dernier Richard Ford mais impossible de se procurer un visuel ou une présentation. Patience donc !

En aparté, je tenais à citer la maison d'éditions Écorce qui ne propose aucun livre à la rentrée mais dont la collection me fait furieusement de l'oeil depuis quelques jours .....  Elle propose (lisez leurs blogs) des livres dédiés à la terre, pas du nature writing saucé à la française mais des romans de sueur, de terre, de poussière... J'ai ajouté deux de leurs livre dans ma wish-list (dont le fameux Battues de Varenne dont je vous parle régulièrement).

 *  *  *

Au total, j'ai donc repéré 22 livres au gré de mes pérégrinations, dont : 

-    1 roman allemand
-    1 roman écossais
-    1 roman islandais
-    1 roman autrichien 
-    1 roman canadien
-    1 roman espagnol
-    1 roman norvégien
-    1 roman irlandais
-    1 roman salvadorien
-  13 romans américains

Un joli tour du monde, non ?

Ce billet me permettra lors de mes virées à la BM ou en librairie d'occasion de faire tilt en voyant ces livres à défaut d'avoir pu les lire à leur sortie. 

J'avoue que j'en ai quand même 5 qui me font vraiment de l’œil dont 2 ou 3 qui, si je suis sage, rejoindront probablement ma besace en octobre prochain (car tous ne sortent pas en septembre, certains prennent leur temps). Avez-vous deviné lesquels ?

Et vous en voyant cette sélection, totalement subjective, votre curiosité est-elle aiguisée ? Avez-vous repéré les mêmes ? ou pas du tout ? Comment vivez-vous cette "rentrée" ?

Tuesday, June 30, 2015

Le fils

Se lancer dans la lecture du roman de Philipp Meyer fut un drôle de défi - en premier lieu : la taille et le poids du livre (pas loin d'un kilo), de quoi impressionner et m'embêter, moi qui ai l'habitude de transporter ma lecture partout où je vais.  Mais comme chaque grand roman, la magie a fait effet et bientôt je ne pouvais plus le reposer ;-)

Roman polyphonique, Philipp Meyer a tenté l'impossible : raconter l'histoire d'un Etat : le Texas à travers ses plus illustres habitants : les indiens Apaches puis les Comanches, les Mexicains (Espagnols auparavant) et enfin les Anglos (les Américains) à travers une seule famille, les McCullough.

Le patriarche, surnommé le Colonel, Eli McCullough est né en 1836 et fut enlevé par les indiens Comanches à l'âge de onze ou douze ans et libéré après plusieurs années. Sa voix est incontestablement la plus forte et la plus passionnante. Le jeune garçon, devenu Tiehteti adopte totalement l'art de vivre des indiens Kotsotekas à une époque où les tribus indiennes régnaient encore sur plus de la moitié du continent américain. Ces indiens chassaient, le bison toute l'année contrairement à leurs cousins des plaines et étaient d'incroyables guerriers. Les enlèvements étaient pratiqués depuis la nuit des temps, ainsi la plupart des indiens comptaient des ancêtres mexicains, d'autres tribus indiennes (Delaware, Kiowa, Apaches), français ou anglos, mais également des hommes noirs. Tous réduits à l'esclavage. Certains, comme Eli McCullough survivaient et intégraient la tribu.

"Toute la tribu avait des captifs pour ascendants (blancs, mexicains, nègres) c'était la tradition comanche, le moyen d'entretenir la vigueur du sang" (page 306)



Le Colonel finira par retourner à la "vie civile" et aura plusieurs fils, dont Peter qui témoigne ici à époque charnière de la création de l'Etat du Texas, en 1915. Le fils n'a rien hérité de son illustre père, qu'il déteste profondément. Né en 1870, Peter ne connaît que le ranch et l'élevage. A l'époque où les premiers puits de pétrole sont découverts au Texas, et où le prix du baril devient un enjeu économique important (industrialisation, commercialisation des voitures) le Colonel souhaite s'engouffrer dans le marché en rachetant le maximum de terres, et comme ses congénères américains, ils visent toutes celles appartenant à des familles mexicaines (pour la plupart implantées là bien avant eux). Une véritable guerre civile s'empare du Texas, menée de front par les Rangers, ces mercenaires dont le Colonel a fait partie un temps. Des hommes sans foi ni loi. Ce sont leurs plus proches voisins, les Garcia, qui seront les victimes d'un odieux massacre dont Peter n'aura de cesse de culpabiliser. Lorsque des années plus tard, la seule survivante de la tuerie, viendra trouver Peter - celui-ci, qui s'exprime à travers son journal intime, viendra à remettre en cause toute sa vie et juger sévèrement la société texane.

J.A McCullough, Jeanne-Anne est la troisième voix du roman. Née en 1926, l'unique fille de Peter tient plus de son grand-père que de son père - elle ne jure que par le ranch, la terre, les puits de pétrole. La jeune femme montre une force de caractère impressionnante. Envoyée dans une école privée de l'Est, la jeune femme n'a qu'une envie : retourner au ranch monter ses chevaux et trouver du pétrole. Mais cette ambition démesurée a un coût : la solitude. Les McCullough, puissants et riches, ont perdu de vue toute valeur familiale.  Ses enfants ont grandi pourri gâtés et préfèrent la vie en ville à celle du ranch, dont J.A est dorénavant la seule habitante, âgée et esseulée.  Suite à un accident, J.A voit sa vie défiler devant elle et nous confie sa vie mais également la main mise de l'or noir sur le Texas, la puissance de ces nouveaux riches (on ne peut pas ne pas penser aux fameux Ewing...) et leur volonté d'oublier le passé et surtout leurs agissements plus que discutables.

J'ai vraiment adoré ce roman même si, comme beaucoup je crois, j'ai trouvé que la partie la plus intéressante est celle du Colonel lorsqu'il est kidnappé par les Comanches. Son frère Martin, enlevé avec lui, ne supportera ce sort injuste (et la mort de leur mère et leur soeur). Le Colonel, au contraire, décide de devenir indien et sa ténacité finira par impressionner les Comanches. Ses amis Toshaway (son fils Loup Gras), Escuté, Nuukaru, Pizon vont l'accompagner et lui enseigner la chasse et l'art de faire la guerre. Une période passionnante !  Peter Meyer a fait un travail d'anthropologue extraordinaire puisqu'il détaille avec soin (d'où le nombre de pages du livre..) la vie de ces indiens, leur culture, la chasse, les relations sociales, les mariages, tout y est ! La vie des "otages", esclaves mais aussi les croyances des Comanches (ainsi ils refusent de manger du poisson). Une véritable étude sociologique et historique qui peut, je dois le dire, dérouter certains.

Ainsi, vous voilà membre de la tribu : vous apprendrez à fabriquer des flèches, à tanner la peau de bison, à tuer un animal, à préparer des concoctions, etc.Passionnée par les tribus indiennes depuis mon enfance, ayant eu la chance de vivre quelque temps au Montana où j'ai connu des Blackfeet et des Grosventre (et depuis un ami indien Paiute),  je reste toujours admirative de ces tribus. Aussi il est évident que pour moi ces passages restent mes souvenirs préférés du roman.

"Entre deux passages du racloir, je saupoudrais la peau de cendre de bois pour que la soude ramollisse la graisse ; pendant ce temps, on m'envoyait encore chercher de l'eau ou du bois, ou bien j'écorchais, désossais et dépeçais un chevreuil que l'un des garçons ou des hommes de la tribu avait rapporté. La seule chose que je ne faisais pas, c'était réparer ou confectionner les vêtements, encore que les femmes me l'auraient appris si elles avaient pu - elles avaient toujours des mois de retard sur les besoins des hommes : une nouvelle paire de mocassins ou de jambières (compter une peau de bête), une couverture en peau d'ours (deux peaux), une couverture en peau de loup (quatre peaux). Les peaux devaient être découpées de façon à ce que la forme de l'animal épousât celle de celui qui allait la porter, et comme il fallait une journée entière pour préparer une seule peau de chevreuil ou de loup, on n'avait pas de droit à l'erreur ". (p.129)

J'ai beaucoup appris sur les tribus Comanches (connaissant mieux les tribus des Plaines et les Cherokee), leur langue, leurs croyances, leur mode de vie mais aussi leur disparition. Comme j'ai énormément appris sur l'histoire du Texas, j'ignorais cette période où les Anglos ont ainsi chassé les Mexicains propriétaires de ranches.

Bref, une fresque impressionnante, parfois violente, réaliste, épique, fabuleuse, magnifique. Un livre qu'il faut absolument lire - un regard sans nostalgie, sans vernis, sans tentative d'édulcorer le passé, sans remords, ni regrets.  Ici toutes les civilisations en prennent pour leur grade, Philip Meyer livre ici une oeuvre unique sur un Etat magnifique (j'ai eu la chance de le visiter à plusieurs reprises), fier, indépendant comme ses habitants.

La preuve ? J'ai trimballé ce livre dans un sac dédié car j'étais incapable d'attendre le soir pour m'y replonger ! Il est évident qu'il méritait d'être finaliste du Prix Pulitzer et j'imagine la fierté de la nation Comanche de voir leurs ancêtres ainsi célébrés. Vous l'aurez compris, un gros coup de coeur pour moi ! 



Editions Albin Michel, collection Terres d'Amérique, traduction Sarah Gurcel, 671 pages.

Friday, June 12, 2015

Un goût de rouille et d'os

En allant découvrir une exposition consacrée au polar à la bibliothèque Floresca Guépin (qui ne situe pas du tout dans mon quartier), j'en ai donc profité pour emprunter Winter's Bone  de Daniel Woodrell et j'ai pensé à Cataract de Craig Davidson - mais il n'y était pas, par contre jai trouvé son recueil de nouvelles intitulé Un goût de rouille et d'os.

Je sais que vous pensez au film (que je n'ai toujours pas vu, j'avoue que j'ai un problème avec Marion Cotillard, elle m'agace) mais le pauvre Davidson n'y est pour rien!

Je vous livre ici la critique du journal Le Monde : "Une écriture aussi impitoyable qu'un uppercut, aussi cruelle et violente que peut l'être la vie, rythmée comme un match.. un grand livre".

Et ce livre me servira à débuter le challenge Le Canada en 12 romans contemporains (la faute à Marie-Claude). Pas mal, non ?

8 nouvelles composent ce recueil. Pour tout vous dire, j'ai eu un peu de mal à plonger dans l'univers de Davidson, comme si la Marion venait gâcher une nouvelle histoire d'amour en pointant le bout de son nez. Le livre est resté chez moi trois semaines sans que j'y touche puis la magie a opéré et j'ai enchainé les nouvelles les unes après les autres.

En premier lieu, le film d'Audiard est en fait inspiré par deux nouvelles distinctes du recueil (Un goût de rouille et La fusée), le réalisateur français a donc jouer de magie avec deux personnages solitaires pour créer son film. Car le point commun à l'ensemble des nouvelles, c'est bien l'extrême solitude des personnages. Même s'ils sont en couple, amis, entraineur et élève, père et fils, frère et sœur, au final ils sont toujours seuls - seuls face à leurs démons. Vous êtes prévenu. Ici le Canada n'a rien du pays d'Anne et de ses pignons verts !

Tous dévorés par des secrets inavouables : des peurs, des obsessions (sexuelles comme dans Friction) ou des sentiments  telle la culpabilité qui dévore un ancien boxeur dans De chair & d'os. La boxe, parlons-en : elle est très présente dans ce recueil - et soyons clairs, je trouve que Davidson excelle lorsqu'il parle de sport (la boxe dans deux nouvelles et le basket-ball dans Un bon tireur). Il sait parfaitement retranscrire l'atmosphère, le ring, la sueur, les coups donnés et ceux reçus et écrire sur ces êtres qui choisissent ainsi de recevoir des coups pour l'argent, pour la gloire ou pour faire pénitence. Des choix de vie qui les mènent sur un ring prêt à en découdre. Un vrai plaisir pour la lectrice que je suis ! Oui, j'ai eu un vrai coup de cœur pour plusieurs nouvelles.

Comme j'ai beaucoup aimé la relation père-fils dans la nouvelle consacrée au basket-ball. Davidson vous confronte à ces histoires d'êtres brisés, cassés - souvent par leur propre fait -  comme ici ce père qui va tout sacrifier pour la réussite de son fils. Une nouvelle marquante, comme celle sur l'orque (La fusée), étrange parabole sur la vie et la mort.

Oui, j'ai vraiment aimé certaines nouvelles - où la sueur, le sang se mêlent à une certaine excitation. Du grand.

Mais j'ai trouvé l'ensemble légèrement inégal. J'avoue que j'ai lu Un usage cruel avec quelques difficultés (combats illégaux de chiens), même si j'ai adoré la fin (la toute fin). Il faut s'accrocher et résister à l'envie de fermer les yeux plusieurs fois ! Mais je tiens à remercier l'auteur canadien de nous présenter ici des personnages moins aimables, des personnes qui, je l'avoue, existent, mais dont l'univers me reste totalement étranger. Le romancier canadien vous force ici à ouvrir les yeux. La violence est là, physique, mentale, psychologique - elle nous entoure, nous accompagne, nous paralyse, nous pousse à agir ...

Je ne me suis pas vraiment retrouvée dans Insomnies, Friction (même si le style est là, et les personnages succulents) ou la plus longue nouvelle (71 pages), Précis d'initiation à la magie moderne. Les turpitudes de ces personnages me parlant moins sans doute, j'ai trouvé Davidson moins incisif - moins intrépide.  J'ai trouvé dommage de terminer sur cette dernière nouvelle.

Il reste que j'ai découvert un auteur génial et les billets enthousiastes de Gab sur Juste être un homme (la boxe encore...) et de Marie-Claude sur Cataract City  me confirment qu'il faut que je me les procure rapidement!


Un goût de rouille
Un bon tireur
Un usage cruel ♥(♥)
La fusée
Insomnies
Friction ♥(♥)
De chair & d'os
Précis d'initiation à la magie moderne





Albin Michel, Terres d'Amérique, traduction Anne Wicke, 292 pages

Tuesday, February 3, 2015

Pétronille


"L'ivresse ne s'improvise pas. Elle relève de l'art, qui exige don et souci. Boire au hasard ne mène nulle part.
Si la première cuite est si souvent miraculeuse, c'est uniquement grâce à la fameuse chance du débutant : par définition, elle ne se reproduira pas".


ll n'est plus nécessaire de présenter Amélie Nothomb au public. De surcroît, cet auteur belge ne laisse personne indifférent : on l'aime ou pas. Je fais partie de la première catégorie même si j'ai découvert son œuvre bien après tout le monde, un été où j'avais accepté d'être la nounou pour 3 semaines d'un joli bébé de 3 mois. Ses siestes ont été propices à de longs moments de lecture, livres pris au hasard dans la bibliothèque de ses parents. Et c'est ainsi que j'ai découvert le cas Nothomb. 

Pourtant, au vu de mes lectures, ses romans ne semblent adaptés à mes goûts. Romans très courts, parfois un peu trop vite emballés mais j'y trouve pourtant ce quelque chose qui me procure l'agréable sensation d'avoir 8 ans et de voler un bonbon à la boulangère sans qu'elle ne s'en aperçoive. 

Pétronille se détache de ses précédents romans, puisque la romancière aborde ici des pans de sa propre vie, elle y mélange avec délectation réel et imaginaire et offre au lecteur une vision de sa propre vie tout en l'agrémentant de bonnes doses de fous rires. 

L'histoire ? Elle commence il y a une quinzaine d'années lorsque la romancière croise lors d'une séance de dédicace une jeune femme effacée, au prénom singulier, Pétronille. Les deux jeunes femmes ont alors déjà entamé une relation épistolaire et vivent un coup de foudre littéraire. Quelques années plus tard, Amélie, au travers de sa passion partagée pour le champagne, décrit cette amitié qui la lie à cette autre écrivain (Pétronille Fanto a publié depuis plusieurs romans) et à travers ce récit disserte sur le succès ou l'absence de ce dernier et la manière de le vivre. 

Les deux femmes ne cessent de se chamailler et on rit beaucoup. Fille de diplomate, Amélie est sous le charme de son amie, dont les parents sont prolétaires et communistes, elle est impressionnée par le talent de la timide jeune fille et accepte le tutoiement (on apprend beaucoup de choses sur la romancière belge). A l'admiration succède la compétition, Pétronille souffre de ne pas voir ses oeuvres reconnues (elles le sont par d'autres auteurs mais pas commercialement), Amélie semble être au-dessus de ces questions. 

Comme le champagne, ici tout pétille, le duo enchaine les situations cocasses et sait à travers certains dialogues et même certains silences faire émerger une critique du monde très élitiste de l'édition. 

Il est clair que si vous n'aimez pas les livres d'Amélie Nothomb, quoique ce coup-ci, on soit plus dans une sorte de journal autobiographique (avec toujours un soupçon d'irréel) et surtout si vous n'êtes pas fan de la "personne", alors passez votre chemin. J'ai, pour ma part, une grande affection et curiosité pour cette oiseau nippon qui est venu un jour me rappeler qu'il fallait s'assumer. Amélie a l'art de l'auto-dérision, ainsi lorsqu'elle dit qu'elle sait parfaitement qu'elle est la seule à souhaiter, dans toute l'Europe, le retour de la fraise comme accessoire vestimentaire ou lorsqu'elle raconte sa terrible rencontre avec la créatrice britannique Vivienne Westwood. 

Lors de sa participation à la Grande Librairie, François Busnel citait cet extrait du roman lorsque Pétronille lui dit que "si ses romans trouvent éditeur alors tout le monde peut écrire". Amélie Nothomb avait apprécié cette remarque quand d'autres en auraient été terriblement affectés. 

Je ne peux pas finir ce billet sans vous dire qu'il y a quelques jours, j'ai réussi à faire moi aussi, ma Pétronille, en allant à la rencontre de l'auteur. J'ai toujours su qu'Amélie Nothomb répondait au courrier des lecteurs et a même entamé plusieurs correspondances, qu'elle connaît très bien ses fans.  Je ne lui ai jamais écrit. 

Je ne pensais pas du tout être intimidée par l'écrivain lorsque je me suis présentée à la librairie Coiffard (rue de la Fosse à Nantes). La queue était longue (j'étais tout proche de la sortie, à l'autre bout de l'endroit désigné pour y tenir les dédicaces) et j'ai donc attendu une bonne heure. Mais qu'importe, patienter dans une libraire est un plaisir presque masochiste, j'ai eu tout loisir de regarder, toucher et lire les quatrièmes de couverture de nombreux ouvrages et d'en repérer plusieurs (dont 2 achetés).

Et puis, alors que j'attendais à peine depuis dix minutes, une voix familière a surgi derrière moi, elle s'adressait à mon voisin de file d'attente, pas de doute, c'était elle ! Habillée tout en noir, coiffée d'un chapeau haut de forme, la voilà ! Identique à celle vu à la télévision, joyeuse, impertinente et qui dit bonjour à tous ses fans. Au fur et à mesure que je m'avançais, je la voyais de mieux en mieux rire, signer des dédicaces, accepter les photos tout en sirotant une coupe de.... champagne.

Me voilà la prochaine, toute intimidée - je n'ose rien lui dire, pourtant un échange s'installe, ma voix tremblote (ce qui me déstabilise, moi qui rencontre grosses pointures ou sportifs et qui ne ressent rien) puis elle accepte de poser avec moi...pour la gloire ! 

Elle m'a confortée dans l'idée que son livre est bien plus proche de la réalité que de l'irréel, et que le champagne lui a permis ici, dans un état second, de se livrer plus qu'elle ne l'aurait fait a jeun. 

Je tiens à la remercier de m'avoir dédicacé ces jolis mots : "Pour Electra, ma lectrice d'au-dessus les nuages".


Ça vaut bien une coupe de champagne, non ?


 Éditions Albin Michel, 180 pages

Tuesday, January 13, 2015

Trois mille chevaux vapeur

Dès sa sortie, ce livre m'a tout de suite attiré or si vous suivez mes lectures, vous aurez remarqué que ce n'est pas le genre de livres qui me plaisent habituellement. Antonin Varenne nous embarque sur trois continents, de Londres à la Birmanie, de Portsmouth à New York jusqu'à Santa Fé, le héros du roman, Arthur Bowman va trouver dans cette chasse à l'homme la plus grande aventure humaine qu'il soit : sa propre identité. 

Arthur Bowman est un officier de la marine britannique (sergent), à qui la Compagnie des Indes confie à la moitié du 19ème siècle, une mission secrète dans la jungle birmane. Bowman participe à un massacre de villageois avant d'être fait prisonnier pendant un an aux mains des birmans. La torture est telle que lorsqu'il arrive à s'échapper avec dix de ses hommes, c'est un autre homme qui rentre à la capitale anglaise. Devenu policier, il ne dort plus hanté par d'atroces cauchemars. Mutilé, physiquement (son corps est recouvert de cicatrices, il a été amputé d'une partie de ses doigts) et mentalement, il trouve un échappatoire dans l'alcool et les volutes de l'opium. Mais un crime sauvage va réveiller en lui toutes ses peurs. Un homme est retrouvé assassiné dans un tunnel, son corps mutilé et une inscription au mur "survivre". Persuadé qu'il s'agit là de l'un des dix matelots fait prisonnier avec lui, il part à leur recherche, à Londres puis dans toute l'Angleterre avant d'embarquer pour le Nouveau Monde. 

J'avoue que j'ai trouvé la lecture un peu sèche et ardue les premières pages. Le démarrage fut un peu trop lent à mon goût et j'ai cru un temps que j'abandonnerai sa lecture. Mais fort heureusement, la magie a fini par opérer. Et quelle magie!

"Les déchets des usines, déversés dans les mêmes égouts ou directement des berges, s'accumulaient en nappes noires et grasses. Les rejets des abattoirs flottaient à la surface du fleuve solidifié. Des carcasses de vaches et de moutons, engluées dans la boue, passaient lentement devant le nouveau Parlement de Westminster. Les pattes des squelettes pointaient en l'air comme sur un champ de bataille abandonné et des corbeaux venaient s'y percher."

Je ne sais comment l'expliquer mais ce livre me faisait de l’œil depuis sa sortie, je ne cessais de le zieuter en librairie et lorsque par hasard, je l'ai trouvé à la médiathèque, je n'ai pu résister à son emprunt. Quelle bonne décision ai-je prise! Car une fois embarquée dans le monde de Bowman, j'ai découvert un Londres prêt à exploser, lorsqu'un été sec plonge la capitale britannique dans une puanteur totale et une Amérique, qui d'un côté bascule dans la guerre suite à l'élection de Lincoln et de l'autre continue de promettre un avenir aux plus téméraires qui partent vers l'Ouest. 

"A terre, les espions de Pagan Minn se foutaient de cette armada immobile : ils ne regardaient plus que le ciel en attendant que la mousson éclate. L'ennui des hommes en cale tournait à la mélancolie et les malades étaient de plus en plus nombreux. Les fièvres, le mouvement lent des navires, le silence et la chaleur le savaient assommés, ils restaient allongés jour et nuit, dans une rumeur constante de grognements et de toux. Sous la ligne de flottaison, là où l'air ne circule plus, les cipayes tombaient comme des mouches".

L'écriture est fluide, et pour une fois, les descriptions ne sont ni superflues, ni redondantes mais au contraire, elles m'ont permis de visualiser chaque scène. De plus, on apprend tellement sur la Compagnie des Indes, le Londres de cette époque, l'Amérique des immigrants, l'Ouest sauvage, tout y est, et on admire le voyage intérieur des personnages et puis comme un fil, cette chasse à l'homme où le lecteur ne sait jamais qui est qui.

Ce livre est un véritable coup de cœur, et grâce à Antonin Varenne, j'ai dorénavant envie de lire plus de romans d'aventures (et historiques), et continuer à découvrir l’œuvre de cet auteur dont j'aime la fluidité et le style d'écriture. 


Éditions Albin Michel, 560 pages

Monday, November 10, 2014

Les saisons de la solitude

Je viens de finir le roman de Joseph Boyden, Les saisons de la solitude. J'ai découvert cet auteur canadien, récompensé en 2008 par le plus grand prix littéraire canadien, Le Giller Prize. L'auteur, d'origine Cree nous offre ici une œuvre magnifique, celle d'un roman à deux voix, deux voix liées par les liens du sang, celle de Will, un ancien pilote plongé dans le coma, et celle d'Annie, sa nièce. Tous deux Cree, originaires de Moonsonee, la famille Bird nous entraine dans son histoire, celle du peuple indien, déchiré entre ses racines, sa culture et le monde moderne. 

Alors que Will, plongé dans le coma, se remémore sa vie et et l'histoire de son peuple à travers les derniers mois passés dans la nature sauvage des forêts canadiennes, traversant le pays et le siècle à bord de son hydravion, sa nièce Annie, trouve dans ce silence la force de lui raconter son périple entamé pour retrouver sa jeune sœur, Suzanne, de Toronto, à Montréal jusqu'à New York où elle failli y perdre corps et âme. Cette fresque à la fois individuelle et familiale mais aussi culturelle, celle du peuple Cree, m'a immédiatement emportée. 

Joseph Boyden a signé ici une œuvre majeure (il me reste à découvrir rapidement ses deux autres romans, Le chemin des Âmes et Dans le grand cercle du monde) où il rend un vibrant hommage à la culture indienne, celle des Cree, ses ancêtres.  Mais surtout, il sait démontrer à travers ces personnages le lien originel qui unit ce peuple à la nature - et ce qui déroute souvent l'homme blanc, comme le détachement face à certaines choses (le personnage d'Antoine à la fin du roman en prison est un bon exemple). Un regard sur la vie très éloigné de la vision du monde moderne qui va chambouler le lecteur.


Le choix de l'auteur d'entremêler deux voix, celle du passé et de l'avenir, permet de couvrir près de cent ans de l'histoire de cette famille, de ce peuple et de ses recherches perpétuelles pour perpétuer cette culture ancestrale.  Annie sera celle qui va se confronter au monde moderne, à l'opposé des croyances, celle qui noie son désespoir dans l'alcool et la drogue dans le monde factice de la mode mais qui en fait ne rêve que d'aller tuer le castor ou la martre pour leurs fourrures.  Elle arrachera de ce monde sans pitié un autre indien, venu, comme des centaines d'autres, s'échouer dans les bas-fonds de la ville. Âmes indiennes égarées, broyées par ce monde sans pitié. Will, son oncle, rêve de retrouver sa jeunesse, et de vivre à nouveau comme un homme libre, comme ses ancêtres Cree. Il commet l'irréparable et décide de faire face à ses multiples démons (l'alcool en est) en allant affronter la nature sauvage. 

J'avoue que j'ai eu un peu de mal à rentrer dans le roman, puis j'ai plongé et ensuite à nouveau j'ai éprouvé quelques difficultés, pourtant je suis passionnée par les tribus indiennes. D'où une sorte de sentiment de culpabilité. J'ai passé presque une semaine pendant mon road trip en terre indienne et j'aimerais énormément retourner à la rencontre de ces tribus l'an prochain.  Sachez qu'ici on parle chasse, pêche, on tue l'animal, on le dépèce mais on le respecte profondément et on ne jette rien. Comme les indiens des plaines (les Lakota avec le bison), les indiens Cree tuent l'animal mais récupèrent tout, la graisse, les boyaux, la peau et remercient Mère Nature de leur apporter nourriture et soleil en faisant des offrandes. L'auteur emploie beaucoup de mots indiens et arrive à transmettre ici les plus profondes croyances d'un peuple souvent ignoré. 

Je me dois de préciser que le terme Cree est celui employé par les blancs (français ou anglais), ils se nomment en réalité Nēhilawē  et leur population approche les 200 000 âmes dont la présence recouvre une grande partie du Canada. Ils sont aussi présents aux États-Unis où ils partagent souvent des réserves avec les indiens Ojibwés.  Will Bird et sa nièce Annie sont des Moose Cree - originaires d'Ontario, ils vivent dans l'estuaire de la Moose River. 


"J'ai réveillé quelque chose en venant dans cet endroit appelé Rivière Fantôme, quelque chose à l'intérieur de moi, mais aussi à l'extérieur. De nombreuses nuits après avoir tué l'orignal, ses cris m'ont tiré de mon sommeil. Au début, je me disais que mon esprit me jouait des tours, et je suis persuadé que c'était en partie vrai. Mais ces cris, ils ne disparaissaient pas, et je restais couché, les yeux grands ouverts, dans mon askihkan, le fusil serré dans mon poing."

Je n'ai eu aucun mal à m'attacher à cette famille, à ces personnages - Joseph Boyden sait parfaitement dépeindre la vie de cette communauté et le lecteur a l'impression d'être l'un des leurs.  Le romancier réussit à produire un roman profondément visuel, il ne m'était jamais difficile de visualiser dans ma tête les paysages enneigés, ou les visages magnifiques des deux nièces ou celui du vieil indien et de son épouse. J'avoue : j'ai eu du mal à leur dire au revoir.

La bonne nouvelle pour moi fut la fin du roman, je m'étais imaginée une fin toute différente et je dois dire que l'auteur a réussi à me redonner foi en l'humanité avec cette fresque familiale. J'ai maintenant très envie de découvrir son premier roman, Le chemin des âmes, qui raconte la vie d'Elijah, l'aïeul de Will - et son dernier livre, Le Grand Cercle du Monde que j'avais déjà inscrit sur ma wishlist pour Noël !