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Saturday, August 8, 2015

Ma liste de curiosités





Comme j'en avais déjà échangé ci et là, la rentrée littéraire me fait ni chaud ni froid. Même si j'avoue que je suis toujours surprise par le nombre gigantesque de livres présentés (589 cette année je crois) et par la folie qui s'empare des médias. Je me demande comment les auteurs des premiers romans arrivent à glaner une part d'attention ?  

En effet, je prends généralement mes vacances en septembre et souvent à l'étranger, aussi je ne suis pas là lors du pic de la rentrée. De plus, jusqu'à présent, je lisais et connaissais peu de blogs dédiés aux livres aussi c'est surtout dans les médias que je suivais toute cette agitation, de loin.

Et puis surtout parce que jusqu'ici mes auteurs préférés, majoritairement étrangers ne font tout simplement pas partie du tohu-bohu de la rentrée (ainsi Erlendur débarque fidèlement en février).

Mais difficile de ne pas se prendre un peu au jeu en voyant fleurir un peu partout sur la toile les billets dédiés aux livres de la rentrée. Nous avons tous nos auteurs "chouchous" et grâce à vous, je ne cesse d'en découvrir des nouveaux (souvent français). Il y a aussi ce nouveau challenge (68 premières fois) qui consiste à partir à la découverte des premiers romans et le plus connu d'entre tous : s'engager à lire 1% des livres publiés (589 si je ne me trompe).

Et puis surtout, j'ai légèrement changé mon regard lorsque j'ai réalisé que mes maisons d'éditions préférées s'y mettaient aussi (Gallmeister, te reconnaitras-tu?). 

Contrairement à certaines chanceuses, qui par leur métier ou leurs réseaux auront la chance de recevoir (ou ont déjà reçu) ces livres, je reste une citoyenne lambda avec comme contraintes : l'argent et le temps.

L'argent car un livre neuf, broché, coûte cher (surtout si on veut en acheter une bonne dizaine), et le temps car il me reste à découvrir tous les autres livres sortis depuis un mois, six mois, un an, dix ans que je n'ai pas encore lus (ma Làl sur le site de la BM dépasse les 150 livres). Quelque part, je suis contente de ne pas recevoir une vingtaine de livres avec une date limite pour les lire ! Je préfère continuer à mon petit rythme. 

Néanmoins, j'avais envie de me faire ma propre opinion de la rentrée et pour la toute toute première fois, je suis allée faire le tour de plusieurs maisons d'éditions. J'y ai passé un certains temps, comme dirait ce cher Raynaud et me voici ressortir avec une liste de curiosités.

Mon budget va tout de suite me contraindre à n'en acheter que deux ou trois et attendre sagement que le Père Noël m'en apporte au pied du sapin le 24 décembre prochain.

Aussi, je commence tout doucement à réfléchir à ceux qui vont donc rejoindre ma besace, si petite soit-elle, en espérant ne pas être déçue ... et à tous les autres qui attendront d'être disponibles à la bibliothèque ou sortis en poche ou en vente en librairie de livres d'occasion .. et à ceux que j'aurais peut-être reçus par une voie providentielle ??!! (on peut rêver !)

Bien évidemment j'ai commencé par Gallmeister et Métailié et puis j'ai continué .. continué ! et évidemment la liste s'est allongée ;-)


Qui si je m'écoutais me ruinerait et m'empêcherait d'aller plus loin !







J'hésite encore entre l'Islande, le Salvador et l’Écosse ! 



Chez Stock
 
C'est la nuit à Fürstenfelde, avant la fête de la Sainte-Anne. Le village se couche de bonne heure. À l’exception du passeur – il est mort. Madame Kranz, l’artiste
peintre locale, ambitionne quant à elle de réaliser son premier tableau nocturne. Le sonneur et son apprenti veulent sonner les cloches. Monsieur Schramm, ancien
lieutenant-colonel de l’Armée nationale populaire, puis garde forestier, n’a pas encore décidé s’il allait acheter des cigarettes ou se mettre une balle dans le crâne. Ils ont tous une mission à accomplir avant la fin de la nuit.
Ils composent d’une voix ce roman, la mosaïque d’un village avec ses habitants de longue date et ses nouveaux venus, les morts et les vivants, les artisans, étudiants et chômeurs en T-shirt… Un festival.
 
Un roman choral, allemand à l'étrange atmosphère. Je suis curieuse.



Chez Actes Sud

Dans la ferme de l’Indiana qui l’a vue grandir, Constance jouit enfin, auprès de son compagnon, d’un bonheur tranquille. Mais lorsque la guerre de Sécession éclate et que Bartholomew est appelé à rejoindre les rangs de l'armée de l'Union, c’est elle qui, travestie en homme, prend sans hésitation, sous le nom d’Ash Thompson, la place de cet époux que sa santé fragile rend inapte à une guerre qu’elle considère comme impensable de ne pas mener (...). 

J'avoue que ce roman me fait pas mal rêver ;-)



2 romans me font de l'oeil, en premier celui de Justin Peacock dont j'ai depuis longtemps envie de lire son premier livre Verdict (apparemment très approprié pour les fans de Damages comme moi) et Harry Crews dont j'achète au fur et à mesure tous les livres ;-)



 
Chez Seuil

Un américain, il le fallait bien ;-)

Lorsque Lola Faye surgit devant Luke pour lui faire signer un de ses livres, il panique. Que lui veut cette femme, responsable à ses yeux du drame de sa jeunesse ? Luke allait partir pour l’université quand le mari jaloux de Lola a abattu son père. Ce meurtre a précipité la mort de sa mère dépressive et ruiné ses propres ambitions. Sa conversation avec Lola va éclairer le passé d’un jour nouveau…


Né en 1947 aux États-Unis, Thomas H. Cook est salué comme l’un des plus grands auteurs de sa génération. Au lieu-dit Noir-Étang (prix Edgar Allan Poe 1996) et Les Leçons du mal sont notamment disponibles en Points.



Chez Albin Michel


Tous nos noms
Événement littéraire aux États-Unis, Tous nos noms est sans doute le livre le plus ambitieux de l’auteur des Belles choses que porte le ciel. Roman de la maturité, où l’évocation d’une amitié mise à mal par l’Histoire se confond avec le portrait d’un continent déchiré, il pousse plus loin encore l’exploration de l’exil et du déracinement.

La neige noire 
« Brillant et hypnotique, un roman dans lequel le lecteur plonge en se laissant habiter par les sons et les rythmes. Paul Lynch fait chanter chacune de ses pages comme le faisaient les grands maîtres. » Philipp Meyer  et si Philipp le dit ......
« Un roman sur une Irlande que je reconnais, et que devraient envier tous les écrivains. » Robert McLiam Wilson

 
Chez Gallimard

Parce que son premier roman ne m'avait pas laissé insensible (La physique des catastrophes), je me dis pourquoi pas ? (vous pouvez aussi lire un extrait sur le site de l'éditeur) :

Par une froide nuit d’octobre, la jeune Ashley Cordova est retrouvée morte dans un entrepôt abandonné de Chinatown. Même si l’enquête conclut à un suicide, le journaliste d’investigation Scott McGrath ne voit pas les choses du même œil. Alors qu’il enquête sur les étranges circonstances qui entourent le décès, McGrath se retrouve confronté à l’héritage du père de la jeune femme : le légendaire réalisateur de films d’horreur Stanislas Cordova – qui n’est pas apparu en public depuis trente ans. (....)
Jouant avec les codes du thriller, incluant dans son récit des documents, photographies, coupures de journaux ou pages web, Pessl nous entraîne dans une enquête vertigineuse autour de Stanislas Cordova et de sa fille, deux êtres insaisissables attirés par l’horreur et le mal.
L’inventivité de l’auteure et son goût indéniable pour les pouvoirs de la fiction font penser tour à tour à Paul Auster, Georges Perec, ou Jorge Luis Borges. Avec son style maîtrisé et ses dialogues incisifs, ce roman, sous l’apparence classique d’un récit à suspense, explore la part d’ombre et d’étrangeté tapie au cœur de l’humain.



Chez Gaïa 

Un drôle de roman dont l'extrait m'a plu, malgré le style de l'auteur qui privilégie les phrases très très longues C'est-à-dire qu'il faut être très patient pour voir arriver le point ;-)

Tom, onze ans, apprend la vie avec sa mère Lister, dans les beaux quartiers d’Oslo et la campagne lumineuse de la Norvège d’après-guerre. Lister peint des scènes bucoliques, elle est distante, elle est belle et fait jaser. Son amant à temps partiel, le Moine, qui fut enfant de l’assistance publique puis résistant, est revenu de déportation plein d’ombres et de douleurs. Tom l’adore.
Mais il y a aussi l’« oncle » Bobbie. Lister aime l’indolence de cet ancien pilote de guerre devenu zazou, pianiste de jazz et ouvreur de cinéma.
Lorsque déboule Helga, une costaude fille islandaise, les désirs fulgurants font voir des étoiles, jusqu’à la constellation d’Orion.
Un roman burlesque et viril, où il est question de pêche à la mouche, de course à pied et de ski de fond, servi par une écriture bouillonnante et irrévérencieuse.




Si un roman Zulma pouvait cette année égaler l’extase procurée par L’Ile du Point Némo, ce pourrait être ce somptueux pavé de 1152 pages ! Construit sur un principe de narration connu mais virtuose (quelques personnages réunis par une nécessité majeure dans un lieu clos se racontent des histoires pendant sept jours et sept nuits), il permet à Miquel de Palol un enchâssement de récits extraordinaires menant à la révélation d’un mystère final… Pour la taille de la bête et sa construction, une sacrée aventure de lecture en perspective !
(critique du blogueur Cannibal Lecteur cité sur le site de l'éditeur)

Le jardin des sept crépuscules m'attire et me fait peur tout à la fois :-)





Un roman autrichien dont la présentation me fait tout de suite voyager ! 

Bien souvent dans le restant de sa vie, Andreas Egger repensera à ce matin de février dix-neuf cent trente-trois où il a découvert le chevrier Jean des Cornes agonisant sur sa paillasse. Dans une hotte arrimée à son dos, il l’a porté au village, sur un sentier de montagne de plus de trois kilomètres enfoui sous la neige. Pour se remettre d’aplomb après cette course hallucinée, il fait halte à l’auberge : quand le corsage de Marie, la jeune femme qui lui sert son schnaps, effleure son bras, une petite douleur l’envahit tout entier.
(....)
Pris par la force visuelle de certaines scènes – la déclaration d’amour à Marie est un morceau d’anthologie –, et par une langue sobre et rythmée où chaque mot est pesé, on ne lâche pas ce saisissant portrait d’un homme ordinaire, devenu bouleversant parce qu’il ne se donne d’autre choix que d’avancer.


Chez les éditions de l'Olivier

Le dernier Richard Ford mais impossible de se procurer un visuel ou une présentation. Patience donc !

En aparté, je tenais à citer la maison d'éditions Écorce qui ne propose aucun livre à la rentrée mais dont la collection me fait furieusement de l'oeil depuis quelques jours .....  Elle propose (lisez leurs blogs) des livres dédiés à la terre, pas du nature writing saucé à la française mais des romans de sueur, de terre, de poussière... J'ai ajouté deux de leurs livre dans ma wish-list (dont le fameux Battues de Varenne dont je vous parle régulièrement).

 *  *  *

Au total, j'ai donc repéré 22 livres au gré de mes pérégrinations, dont : 

-    1 roman allemand
-    1 roman écossais
-    1 roman islandais
-    1 roman autrichien 
-    1 roman canadien
-    1 roman espagnol
-    1 roman norvégien
-    1 roman irlandais
-    1 roman salvadorien
-  13 romans américains

Un joli tour du monde, non ?

Ce billet me permettra lors de mes virées à la BM ou en librairie d'occasion de faire tilt en voyant ces livres à défaut d'avoir pu les lire à leur sortie. 

J'avoue que j'en ai quand même 5 qui me font vraiment de l’œil dont 2 ou 3 qui, si je suis sage, rejoindront probablement ma besace en octobre prochain (car tous ne sortent pas en septembre, certains prennent leur temps). Avez-vous deviné lesquels ?

Et vous en voyant cette sélection, totalement subjective, votre curiosité est-elle aiguisée ? Avez-vous repéré les mêmes ? ou pas du tout ? Comment vivez-vous cette "rentrée" ?

Monday, May 25, 2015

Les mains rouges

Copenhague, 1977. Un jeune étudiant travaille à la gare centrale lorsqu'il croise la route d'une jeune femme, Randi, de retour d'Allemagne. La jeune femme, très belle, lui demande un service quelque peu inhabituel : l'héberger quelques jours le temps qu'elle se retourne. Il accepte, troublé par sa beauté et son mystère. Il la retrouve tous les soirs après son travail, les deux jeunes gens se promènent ensemble et vont au cinéma. Un matin, il trouve par hasard son passeport et découvre qu'elle lui a menti sur son nom. Mais la jeune femme disparait, lui laissant la clé d'une consigne à la gare. A l'intérieur un sac plastique rempli de billets de banque. Le jeune homme envoie de manière anonyme la clé de la consigne à la police et reprend sa vie. 

Quinze années ont passé lorsqu'il l'aperçoit un soir dans un magasin. Il ressent alors un besoin viscéral de la suivre et découvre qu'elle vit en banlieue et est mariée à un homme d'affaires. Il finit par reprendre contact avec elle, leur histoire ayant toujours eu comme un goût d'inachevé. Sonja va pouvoir confier à cet homme presqu'inconnu cette partie de son passé restée secrète pendant toutes ces années. Une histoire à la fois personnelle et universelle. Issue d'une famille modeste et désunie, elle fuit dès l'âge de 18 ans un village danois et accepte un poste de jeune fille au pair à Francfort où elle apprend l'allemand. A l'issue de son séjour, désœuvrée, elle rencontre par hasard Thorvald, un jeune allemand qui la fascine et qui va l'introduire dans un groupuscule d'extrême gauche (nous sommes en 1977). 

La jeune Sonja, totalement dénuée de conscience politique, se cherchant un avenir, va accepter de participer à quelques activités du groupe sans y réfléchir plus que ça. Après une dernière mission, la jeune femme retourne à Copenhague de manière précipitée. Elle décide de tourner la page et mène une vie bourgeoise. Mais la vie la rattrape lorsque le procès de Thorvald et d'Angela s'ouvre en Allemagne, plus de vingt ans après les faits....

Je n'avais jamais lu de roman de Jens Christian Grøndahl et je réalise là ma grande erreur ! Je découvre à la fois un immense auteur, dont le style vous accroche et vous empêche de lâcher le livre et le talent d'un homme pour mélanger grande et petite histoire. Sans jamais porter de jugement, il explique ainsi les errances humaines, les doutes et la faillibilité de l'être humain.

J'ai lu le roman en une journée, incapable de le reposer. L'auteur danois s'exprime clairement, distinctement - il possède ce don scandinave qui est de pouvoir exprimer en si peu tant d'idées, de sentiments, tant de choses. Grøndahl vise et frappe juste. 

J'avoue que cette période de l'Histoire m'a toujours fasciné,  j'ai vu les films évoquant cette époque cruciale pour l'Allemagne, mais aussi l'Italie. La bande à Baader, Carlos...  Ici, le romancier ne cherche pas à juger ces groupuscules révolutionnaires (souvent à l'origine d'enlèvements ou de meurtres crapuleux) mais à comprendre comment de jeunes étudiants, issus de familles normales, peuvent du jour au lendemain plonger ainsi dans l'extrémisme. Et comment ils peuvent surtout justifier leurs actes au nom de la souffrance d'autres peuples. Finalement, en tapant ces mots, je réalise que le sujet est toujours d'actualité aujourd'hui. Mais à l'époque, cet engagement n'était lié à aucune religion et les jeunes refusaient d'ailleurs toute forme d'obéissance aveugle en un culte.

Vous aurez compris : un nouveau roman coup de cœur et la découverte d'un très grand romancier. J'avoue que j'ai grand hâte aujourd'hui de découvrir ses autres romans. 


Gallimard, Traduction Alain Gnaedig, 208 pages. 

Thursday, February 26, 2015

Americanah

Ecrire ce billet n'aura pas été chose facile. Il y a tant de choses à dire sur ce livre.  J'avais déjà lu ci et là les avis enthousiastes d'autres blogueuses puis Chimamanda Ngozi Adishie est venue sur le plateau de La grande Librairie et j'ai su que je devais acheter le livre. Samedi dernier, je suis donc repartie avec l'épais volume d'Americanah (528 pages, broché) sous le bras.

En premier lieu, je n'avais jamais lu de roman de cet auteur, ni même de roman nigérian ou traitant de ce sujet. Ce fut donc une totale découverte. De plus, lisant qu'il s'agissait d'une belle histoire d'amour, qui n'est pas mon sujet de prédilection dans les romans, j'avais encore plus de doute. Aussi, les premies chapitres m'ont-ils paru laborieux. J'ai même eu quelques incertitudes sur ma capacité à le finir. Puis la magie a opéré .. je ne l'ai plus lâché, et être en vacances m'a permis de lire des heures et des heures à la suite. 

L'histoire ? Voici le résumé copié collé : "En descendant de l'avion à Lagos, j'ai eu l'impression d'avoir cessé d'être noire." Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l'Amérique, qui compte bien la rejoindre. Mais comment rester soi lorsqu'on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés ? Pendant quinze ans, Ifemelu tentera de trouver sa place aux Etats-Unis, un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination. De défaites en réussites, elle trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas, jusque chez elle, au Nigeria."

Ce roman se lit à plusieurs voix :
- Celle d'Ifemelu, jeune femme nigériane qui tombe amoureuse d'Obinze au lycée. Le lecteur la suit lors de son départ en Amérique pour étudier et sa difficile adaptation, puis revient avec elle au Nigeria lorsqu'elle prend la décision de retourner au pays.
- Celle d'Obinze que l'on suit dans ses pérégrinations en Angleterre. Contrairement à Ifemelu, il est l'immigrant sans papiers. Il doit se cacher, mentir, subir.

Le roman est une histoire d'amour entre deux jeunes gens, tous deux avides de réussite mais également un regard sans faille, sans oeillères sur la situation de la jeunesse dorée nigériane qui part étudier en Amérique ou en Angleterre et dont le retour au pays est difficile. C'est aussi le regard d'une jeune femme, qui une fois le pied posé en Amérique, va soudainement prendre conscience qu'elle est Noire (on ne se voit pas blanc tant qu'on n'a pas posé les pieds dans un pays où nous sommes une minorité). La romancière va faire de ce roman un essai sur sa condition de femme Noire africaine dans un pays occidental évolué. 

"Cher Noir non Américain, quand tu fais le choix de venir en Amérique, tu deviens noir. Cesse de discuter. Cesse de dire je suis jamaïcain ou je suis ghanéen. L'Amérique s'en fiche". (page 249)

Ifemelu découvre ainsi qu'elle est constamment jugée sur sa seule couleur de peau. La jeune femme tente de s'intégrer rapidement mais au fil du temps déprime. Elle ne décroche pas d'emploi, or ses études ont un prix. Elle vit chez sa tante Juju et garde l'enfant de cette dernière. Ici, pas de cadeau - leur statut privilégié au Nigéria a disparu, la tante enchaine trois jobs pour payer ses études (son diplôme de médecin n'est pas reconnu en Amérique). Ifemelu va traverser une crise identitaire : doit-elle gommer, comme beaucoup de Nigerians, tout trace de ses origines pour augmenter ses chances de réussite ? Ainsi ses compatriotes sont nombreux à effacer leur accent et les femme raidissent leurs cheveux. L'auteur s'épanche longuement sur l'aspect capillaire et j'ai pensé aux actrices Noires américaines face à l'arrivée de Lupita Nyong'o, actrice Kenyane qui ne se raidit pas les cheveux.



Elle ouvre alors un blog où elle confie ses impressions jour après jour : être Noire en Amérique, faire face aux préjugés, au racisme mais découvrir également qu'elle est aussi jugée par ses pairs, qu'elle n'est pas comme les Afro-américains, ces Noirs américains descendants des esclaves. Cette réflexion qu'elle mène dans son blog est retranscrite ici sous forme d'extraits. Tous très pertinents.

"De nombreux Noirs américains disent avec fierté qu'ils ont du sang indien. Ce qui signifie, Dieu merci, que nous ne sommes pas cent pour cent nègres. Ce qui signifie aussi qu'ils ne sont pas trop foncés (Pour être précis, quand les Blancs disent foncés, ils pensent aux Grecs ou aux Italiens, mais quand les Noirs disent foncé, ils pensent à Grace Jones). Les Noirs américains aiment que leurs femmes aient une touche d'exotisme, soient à moitié chinoise ou possèdent une goutte de sang cherokee par exemple. Ils aiment les femmes claires (...) Oh, et les Noirs américains foncés n'aiment pas les hommes clairs parce qu'ils trouvent qu'ils ont trop de succès avec les femmes." (page 242)  

Si les trois-quart du roman jugent assez sévèrement les Américains ou les Anglais (et un peu les Français) mais pour la bonne cause car tout ce qu'elle dit ou pointe fait mouche, elle n'oublie pas non plus de juger son propre peuple. Au début du roman, lorsqu'elle est adolescente, la romancière juge sans détour son pays en proie à la corruption, aux luttes intestines pour le pouvoir, aux affaires douteuses et à la course à la richesse. De retour au pays, celle qu'on surnomme dorénavant "Americanah", a ainsi du mal à s'adapter à ce pays en pleine croissance :

"Le premier contact avec Lagos l'agressa. L'agitation sous le soleil éblouissant, les bus jaunes bondés de corps comprimés, les vendeurs de rue courant en sueur à la poursuite des voitures, les publicités sur les panneaux géants (..) et les ordures s'amoncelant le long des rues comme pour vous narguer. (page 425)

Dorénavant, Lagos se développe à toute vitesse, sacrifiant au passage une partie de son histoire, de sa culture. L'image qu'elle avait gardée en quittant le Nigéria n'est dorénavant plus qu'un souvenir. Le pays avance vite, très vite et comme tout pays du tiers-monde, il ne souhaite garder aucune trace du passé.



La romancière réussit un tour  de force : nous raconter une très belle histoire d'amour tout en partageant haut et fort ses réflexions sur la race ou le statut d'immigrant, et ce sur trois continents (l'Amérique, l'Europe et l'Afrique). Une oeuvre forte et puissante qui vous ouvre les yeux sur la condition des immigrants, des Noirs mais aussi des femmes. Un livre où j'ai appris, où l'auteur m'a ouvert les yeux sur un tas d'aspects que je méconnaissais. Un livre qui m'a fait grandir, j'espère.

J'hésitais à en parler ici, mais ayant étudié dans une université huppée du Sud il y a plusieurs années, je me souviens d'avoir été choquée par certains propos tenus par des professeurs émérites (dont une de Harvard) lors d'une conférence.  J'ai comme, Ifemelu le rapporte, entendu ainsi que le racisme n'existait plus en Amérique. Jamais je n'aurais cru pouvoir entendre ces propos, mais ce fut le cas. En France, le racisme est bien présent, particulièrement en ces temps-ci, il s'affiche plus ouvertement. Il gangrène la société française. Mais jamais un politicien ou un professeur irait soutenir de tels propos. On peut afficher des valeurs républicaines mais on ne nie pas le mal quand on le voit.

Ce jour-là, la dizaine d'étudiants Noirs américains (sur environ 1 200 étudiants), étaient assis dans le fond de la salle. Ce jour-là, j'ai parlé, comme mon amie allemande - on nous a retoqué que nous ne pouvions prendre la parole vu d'où nous venions (pays du Front National et du nazisme... ). Finalement, nous devons notre salut à une vieille Dame du Sud, assise à l'avant, drapée dans sa crinoline bleue, son immense chapeau. Elle s'est levée difficilement, avec sa canne, et a répondu à ma remarque (je m'étonnais du faible nombre d'étudiants issus de minorités dans cette faculté) en m'expliquant que si on trouvait si peu d'étudiants Noirs ici, "c'est parce que le seul objectif dans la vie d'un Noir américain est un jour d'être balayeur au McDonald...".

Un silence gêné a alors empli la salle. Puis mon amie et moi l'avons remerciée pour son intervention, nous nous sommes levées et nous avons quitté la salle, suivie des étudiants Noirs. Ifemelu, se serait elle, assise devant et aurait su comment moucher cette soit-disante politologue d'Harvard.

Lisez Americanah. Moi je vais m'empresser d'emprunter ses autres livres !

Editons Gallimard, Traduction Anne Damour, 528 pages

Saturday, February 21, 2015

En vacances... je lis



Le réseau de ma bibliothèque en ville étant très pratique, j'ai pu de chez moi accéder au catalogue en ligne et lister 50 livres qui me tentaient bien (et les ajouter à mon panier virtuel). J'adore acheter des livres mais ça devient très cher, et je suis ravie de voir que les bibliothécaires les ajoutent à leurs listes d'achat. 

En vacances pour une semaine, et pour fois, dès ce midi - j'ai filé à la médiathèque - rendre trois livres (un abandonné, un plus envie de le lire et un lu très vite) et la liste à la main, j'ai décidé de moins flâner : une chance (les vacances?), j'ai trouvé quatre livres (j'ai reposé le cinquième) que je cherchais depuis longtemps. Vous remarquerez que la maison Gallmeister est bien représentée. Je suis trop contente d'avoir déniché Californian Dream ;-)

Puis, j'ai filé, sous un temps de chien, à la librairie car j'avais prévu d'acheter Americanah de Chimamanda Ngozi Adishie depuis que je l'ai vue lors de son passage dans l'émission "La grande Librairie". 

Difficile de repartir sans faire un tour au milieu des rayons, et là j'ai trouvé deux livres de F.S Fitzgerald publiés dans la collection l'Imaginaire de Gallimard. J'aime beaucoup le format et le petit prix. J'avoue, j'ai très envie de relire son oeuvre en totalité et, de partager avec vous mes lectures !

Je finis de lire aujourd'hui le roman de Justine Lévy - après je pense découvrir l'oeuvre de la romancière nigériane et ensuite on verra bien.... 

Vous remarquerez que certains livres "datent" un peu mais les livres brochés coûtent chers à leur sortie, et je n'ai pas toujours envie d'attendre leur sortie en poche.  Donc, vous aurez sans doute déjà lus pas mal d'entre eux ! 

Le temps est minable (la saison des grandes marées donc tempête) et mes collègues m'ont dit "oh triste que tes vacances se passent sous la pluie", sauf une qui me connait bien et qui a ajouté "Tu vas en profiter pour lire !".... Tout est dit. 

Je voulais faire un nouveau billet "Craquage de slip" mais MyPrettyBooks m'a donné l'idée d'en faire un spécial vacances. Bon, elle me bat à plates coutures : elle a carrément une valise entière remplie de livres... 15 si je ne me trompe pas.





Bon week-end et bonnes vacances aux autres chanceux ;-)