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Tuesday, June 30, 2015

Le fils

Se lancer dans la lecture du roman de Philipp Meyer fut un drôle de défi - en premier lieu : la taille et le poids du livre (pas loin d'un kilo), de quoi impressionner et m'embêter, moi qui ai l'habitude de transporter ma lecture partout où je vais.  Mais comme chaque grand roman, la magie a fait effet et bientôt je ne pouvais plus le reposer ;-)

Roman polyphonique, Philipp Meyer a tenté l'impossible : raconter l'histoire d'un Etat : le Texas à travers ses plus illustres habitants : les indiens Apaches puis les Comanches, les Mexicains (Espagnols auparavant) et enfin les Anglos (les Américains) à travers une seule famille, les McCullough.

Le patriarche, surnommé le Colonel, Eli McCullough est né en 1836 et fut enlevé par les indiens Comanches à l'âge de onze ou douze ans et libéré après plusieurs années. Sa voix est incontestablement la plus forte et la plus passionnante. Le jeune garçon, devenu Tiehteti adopte totalement l'art de vivre des indiens Kotsotekas à une époque où les tribus indiennes régnaient encore sur plus de la moitié du continent américain. Ces indiens chassaient, le bison toute l'année contrairement à leurs cousins des plaines et étaient d'incroyables guerriers. Les enlèvements étaient pratiqués depuis la nuit des temps, ainsi la plupart des indiens comptaient des ancêtres mexicains, d'autres tribus indiennes (Delaware, Kiowa, Apaches), français ou anglos, mais également des hommes noirs. Tous réduits à l'esclavage. Certains, comme Eli McCullough survivaient et intégraient la tribu.

"Toute la tribu avait des captifs pour ascendants (blancs, mexicains, nègres) c'était la tradition comanche, le moyen d'entretenir la vigueur du sang" (page 306)



Le Colonel finira par retourner à la "vie civile" et aura plusieurs fils, dont Peter qui témoigne ici à époque charnière de la création de l'Etat du Texas, en 1915. Le fils n'a rien hérité de son illustre père, qu'il déteste profondément. Né en 1870, Peter ne connaît que le ranch et l'élevage. A l'époque où les premiers puits de pétrole sont découverts au Texas, et où le prix du baril devient un enjeu économique important (industrialisation, commercialisation des voitures) le Colonel souhaite s'engouffrer dans le marché en rachetant le maximum de terres, et comme ses congénères américains, ils visent toutes celles appartenant à des familles mexicaines (pour la plupart implantées là bien avant eux). Une véritable guerre civile s'empare du Texas, menée de front par les Rangers, ces mercenaires dont le Colonel a fait partie un temps. Des hommes sans foi ni loi. Ce sont leurs plus proches voisins, les Garcia, qui seront les victimes d'un odieux massacre dont Peter n'aura de cesse de culpabiliser. Lorsque des années plus tard, la seule survivante de la tuerie, viendra trouver Peter - celui-ci, qui s'exprime à travers son journal intime, viendra à remettre en cause toute sa vie et juger sévèrement la société texane.

J.A McCullough, Jeanne-Anne est la troisième voix du roman. Née en 1926, l'unique fille de Peter tient plus de son grand-père que de son père - elle ne jure que par le ranch, la terre, les puits de pétrole. La jeune femme montre une force de caractère impressionnante. Envoyée dans une école privée de l'Est, la jeune femme n'a qu'une envie : retourner au ranch monter ses chevaux et trouver du pétrole. Mais cette ambition démesurée a un coût : la solitude. Les McCullough, puissants et riches, ont perdu de vue toute valeur familiale.  Ses enfants ont grandi pourri gâtés et préfèrent la vie en ville à celle du ranch, dont J.A est dorénavant la seule habitante, âgée et esseulée.  Suite à un accident, J.A voit sa vie défiler devant elle et nous confie sa vie mais également la main mise de l'or noir sur le Texas, la puissance de ces nouveaux riches (on ne peut pas ne pas penser aux fameux Ewing...) et leur volonté d'oublier le passé et surtout leurs agissements plus que discutables.

J'ai vraiment adoré ce roman même si, comme beaucoup je crois, j'ai trouvé que la partie la plus intéressante est celle du Colonel lorsqu'il est kidnappé par les Comanches. Son frère Martin, enlevé avec lui, ne supportera ce sort injuste (et la mort de leur mère et leur soeur). Le Colonel, au contraire, décide de devenir indien et sa ténacité finira par impressionner les Comanches. Ses amis Toshaway (son fils Loup Gras), Escuté, Nuukaru, Pizon vont l'accompagner et lui enseigner la chasse et l'art de faire la guerre. Une période passionnante !  Peter Meyer a fait un travail d'anthropologue extraordinaire puisqu'il détaille avec soin (d'où le nombre de pages du livre..) la vie de ces indiens, leur culture, la chasse, les relations sociales, les mariages, tout y est ! La vie des "otages", esclaves mais aussi les croyances des Comanches (ainsi ils refusent de manger du poisson). Une véritable étude sociologique et historique qui peut, je dois le dire, dérouter certains.

Ainsi, vous voilà membre de la tribu : vous apprendrez à fabriquer des flèches, à tanner la peau de bison, à tuer un animal, à préparer des concoctions, etc.Passionnée par les tribus indiennes depuis mon enfance, ayant eu la chance de vivre quelque temps au Montana où j'ai connu des Blackfeet et des Grosventre (et depuis un ami indien Paiute),  je reste toujours admirative de ces tribus. Aussi il est évident que pour moi ces passages restent mes souvenirs préférés du roman.

"Entre deux passages du racloir, je saupoudrais la peau de cendre de bois pour que la soude ramollisse la graisse ; pendant ce temps, on m'envoyait encore chercher de l'eau ou du bois, ou bien j'écorchais, désossais et dépeçais un chevreuil que l'un des garçons ou des hommes de la tribu avait rapporté. La seule chose que je ne faisais pas, c'était réparer ou confectionner les vêtements, encore que les femmes me l'auraient appris si elles avaient pu - elles avaient toujours des mois de retard sur les besoins des hommes : une nouvelle paire de mocassins ou de jambières (compter une peau de bête), une couverture en peau d'ours (deux peaux), une couverture en peau de loup (quatre peaux). Les peaux devaient être découpées de façon à ce que la forme de l'animal épousât celle de celui qui allait la porter, et comme il fallait une journée entière pour préparer une seule peau de chevreuil ou de loup, on n'avait pas de droit à l'erreur ". (p.129)

J'ai beaucoup appris sur les tribus Comanches (connaissant mieux les tribus des Plaines et les Cherokee), leur langue, leurs croyances, leur mode de vie mais aussi leur disparition. Comme j'ai énormément appris sur l'histoire du Texas, j'ignorais cette période où les Anglos ont ainsi chassé les Mexicains propriétaires de ranches.

Bref, une fresque impressionnante, parfois violente, réaliste, épique, fabuleuse, magnifique. Un livre qu'il faut absolument lire - un regard sans nostalgie, sans vernis, sans tentative d'édulcorer le passé, sans remords, ni regrets.  Ici toutes les civilisations en prennent pour leur grade, Philip Meyer livre ici une oeuvre unique sur un Etat magnifique (j'ai eu la chance de le visiter à plusieurs reprises), fier, indépendant comme ses habitants.

La preuve ? J'ai trimballé ce livre dans un sac dédié car j'étais incapable d'attendre le soir pour m'y replonger ! Il est évident qu'il méritait d'être finaliste du Prix Pulitzer et j'imagine la fierté de la nation Comanche de voir leurs ancêtres ainsi célébrés. Vous l'aurez compris, un gros coup de coeur pour moi ! 



Editions Albin Michel, collection Terres d'Amérique, traduction Sarah Gurcel, 671 pages.

Friday, June 26, 2015

Terminus Belz

Il s'appelle Marko Voronine. Il est en danger. La mafia le poursuit. Il croit trouver refuge sur l'île de Belz, une petite ile bretonne au large de Lorient coupée de tout sauf du vent. Mais quand le jeune homme débarque du ferry, l'accueil est plutôt rude. Le métier du grand large en a pris un coup, l'embauche est rare sur les chalutiers et les marins rechignent à céder la place à un étranger.  Et puis de curieuses histoires agitent en secret ce port de carte postale que les locaux appellent l'île des fous (Enez Ar Droc'h). Les hommes d'ici redoutent par dessus-tout les signes de l'Ankou, l'ange de la mort, et pour Marko, les vieilles légendes peuvent se montrer aussi redoutables que les flingues de quelques tueurs roumains. 

"Le soir tomba sur Belz. L'air était doux. Le printemps approchait. Assis sur le muret de pierre jaune qui bornait la maison, Marko contemplait le soleil rougeoyant qui tombait dans la mer, embrasant le ciel dans son sillage de mille nuances de roses, de pourpres et de grenat." (p. 270)

Etrange polar/huit-clos/roman aux légendes bretonnes que ce livre. C'est dans le cadre du Prix des Lecteurs Nantais que j'ai découvert le premier roman d'Emmanuel Grand, Terminus Belz.

Marko, jeune immigrant illégal ukrainien, se réfugie sur l'île bretonne de Belz pour échapper à ses passeurs roumains. En effet, à peine arrivés en France, lui et ses trois compagnons de voyage (Anatoli,Vassili et Irina) ont été attaqués par leurs passeurs qui ont abusé sexuellement d'Irina. Les quatre ukrainiens décident de se séparer et Marko décide de se faire oublier sur la petite île de Belz.

Mais à peine arrivé sur l'île, Marko doit faire face aux rumeurs et à la jalousie des marins sans emploi. Le jeune homme, pas marin pour un sou, est pris en charge par Joël Caradec, qui l'embauche et l'installe chez lui. L'homme, bourru devine rapidement que Marko n'est ni grec, ni marin mais il semble faire confiance au jeune homme. Celui-ci tente d'éviter ces marins en colère et se réfugie à la librairie où il fait la connaissance de Venel, un libraire passionnée par les légendes locales et Marianne, la jeune institutrice qui lui fait bientôt tourner la tête.

"Je m'acharnais à lui faire cracher toute l'eau qu'il avait dans les poumons. Le bateau remuait comme une coquille de noix, quand soudain, j'ai vu une ombre dans le clair de lune. J'étais à genoux, épuisé. Elle avait surgi par la proue et se dirigeait vers moi d'un pas lourd. Elle était immense. Je n'ai pas mis longtemps à comprendre. Je n'avais pas besoin qu'on fasse les présentations. J'ai vu l'Ankou dans mes rêves, je l'avais enterré plusieurs fois au fond de ma mémoire et le voilà qui surgissait devant moi. J'étais paralysé. Je serrais Jean contre moi, inconscient.  Alors l'Ankou a allongé le bras et saisi le ciré de mon frère par la manche." (p.216)

Mais un jour, Pierrick Jugand, un marin au fort caractère qui ne supportait pas la présence de Marko sur l'île est retrouvé assassiné. Marko devient de fait un suspect idéal - la police est alertée et le jeune Ukrainien doit se cacher. Alors qu'il se réfugie dans les bois, Marko croit voir apparaitre une forme étrange et panique. Il tente d'en parler à Papou, un jeune homme qui aide à la décharge des chalutiers mais refuse d'embarquer depuis la mort de son jeune frère marin. Papou lui parle alors de l'Ankou... L'ange de la mort qui règne sur l'ile. La police se rapproche et les passeurs ont envoyé leur homme de main, Dragos à la recherche des Ukrainiens. Peu à peu le piège se referme autour de Marko.



Un huit-clos haletant et inquiétant et puis vraiment pour moi, une atmosphère très étrange où les légendes bretonnes font vaciller des hommes pourtant habitués aux tempêtes et aux vagues assassines. Un thriller avec ce terrible Dragos que rien ne semble pouvoir arrêter et qui se rapproche peu à peu du héros.

Je n'avais jamais lu un polar où les légendes bretonnes (l'ange de la mort, le fameux Ankou) croisent la mafia roumaine, une histoire d'amour et la vie difficile des pêcheurs bretons.

Honnêtement, j'avais un a priori négatif en commençant ce roman, en me demandant dans quoi je m'aventurais mais le rythme est là, soutenu, on passe de l'île au 4X4 de Dragos et le suspense s'installe. Le rythme s'accélère, Marko enchaine les sorties en mer, les vomissements et découvre peu à peu l'île au côté de l'Abbé ou de Papou et puis Venel, un personnage très attachant qui va venir l'aider à mieux comprendre l'histoire de l'île et de ses légendes.

Et ce Joël Caradec qui a tant souffert et qui s'occupe de Marko comme d'un père envers son fils, on y croit tous ! Quand le Jugand décède, l'équilibre déjà fragile de Marko explose mais Marianne, Papou et Venel répondent présent. Les personnages sont tous attachants et très bien décrits, avec la profondeur et la justesse nécessaires.

Ma plus grosse inquiétude fut lorsque Marko puis d'autres personnages croisent le fameux Ankou, j'ai vraiment cru que j'allais décrocher mais non, le malin a sa place sur cette île de fous. Tout s'emboite parfaitement et on ne s'ennuie pas une seconde.

Même si j'ai trouvé parfois quelques longueurs ou erreurs de "jeunesse", j'ai été agréablement surprise par ce premier roman et il m'a donné envie d'aller m'embarquer pour Belz !

Ce billet aurait du être publié avant L'égaré de Lisbonne, un oubli de ma part !



Editions Liana Levy, 363 pages.

Thursday, May 21, 2015

Enfants de poussière

Grand Esprit, garde-moi de critiquer mon 
voisin
tant que je n'ai pas marché une heure durant
dans ses mocassins

                        Vieille prière indienne



Absaroka, dans le Wyoming, est le comté le moins peuplé de l'Etat le moins peuplé d'Amérique, aussi y découvrir le corps d'une jeune Asiatique est plus que déconcertant. Le coupable paraît tout désigné quand on trouve, à proximité de la victime, un colosse indien frappé de mutisme en possession du sac à main de la jeune femme. Mais le shérif Walt Longmire n'est pas du genre à boucler son enquête à la va-vite. D'autant que le sac de la victime contient une vieille photo de Walt prise quarante ans plus tôt, et qui le renvoie à ses souvenirs de la guerre du Vietnam.


Craig Johnson réussit à mélanger présent et passé au gré de deux enquêtes, l'une située dans une ville fantôme du Wyoming et l'autre dans les boîtes de nuit de Saigon en temps de guerre. Walt Longmire va ainsi mener son enquête sur la mort de la jeune femme asiatique, trouvée dans un fossé le long de la route tout en revivant mentalement son passé d'enquêteur pour la police navale militaire à Saigon. 

J'avoue qu'au départ, j'étais un peu déconcertée par ce choix narratif (qui s'identifie aussi au niveau de la forme par une police différente) mais très vite j'ai plongé dans les deux histoires avec le même intérêt. Walt, rajeuni, plongé dans la salle guerre où très vite il réalise que l'ennemi n'est pas celui qu'il croit et où il reviendra profondément marqué. 

Mais le plaisir immense procuré par ce roman c'est de découvrir qu'il y a quarante ans, dans le fin fond de la jungle vietnamienne (ou laotienne) Walt pouvait déjà compter sur son meilleur ami, Henry Standing Bear (Ours Debout). Mon chouchou. Oui, j'avoue je ne suis pas très objective quand il apparait.

La Nation Cheyenne, tel est son surnom, veillait déjà sur lui. Comme il veille toujours quarante ans plus tard sur son ami shérif et sa fille, Cady, en pleine convalescence à l'hôpital avant de repartir à Philadelphie. Walt n'arrive toujours pas à établir une relation simple avec sa fille et peut compter sur son meilleur ami l'accompagner.

Lorsque deux vieux frères paysans découvrent sur leur propriété le corps inerte d'une jeune femme asiatique, l'enquête commence pour Walt. Ils se rendent dans le seul bar à la ronde de Powder Junction, le Wild Bunch. A son bord, un jeune barman Philip Maynard, nouveau dans la région et un quinquagénaire asiatique, Tran Van Tuyen, Californien. Les deux hommes vont tour à tour témoigner et l'homme âgé va identifier la victime comme sa petite fille, Ho Thi Paquet, mais Walt doute de leurs témoignages. Encore plus troublant,  Walt trouve une photo de lui, jeune militaire, dans le portefeuille de la victime. L'enquête va prendre un nouveau tournant.

Mais il lui reste à deviner qui est ce mystérieux colosse de 2m10, un indien Crow, identifié ainsi par les motifs sur ses mocassins (le titre original du roman est Another man's mocassins), trouvé tout près du corps et qui refuse de parler mais menace de faire vaciller les barreaux de sa cellule s'il est laissé seul une minute. Alors Ruby, Vic Moretti, Double Tough ou Frymire vont se succéder les uns après les autres, nourrissant le colosse de dizaines de tourtes ou de pizzas. C'est finalement une partie d'échecs entre Walt et Lucien, l'ancien Shérif qui poussera le colosse à sortir de sa torpeur. Virgil White Buffalo, tel est son nom partage avec Walt son passé de militaire au Vietnam mais aura passé pour sa part le reste de sa vie entre la prison et l'hôpital psychiatrique. 

Un de mes passages préférés du livre est lorsque le neveu et le fils de Virgil White Buffalo, viennent l'identifier. Car le colosse possède comme seul identifiant avec lui un sac médecine Crooked Staff/ et Crzay Dogs, des clans Crow. Le lecteur en apprend alors plus sur l'histoire et surtout les croyances des Crow, des Cheyenne - et ainsi c'est en langue crow, cheyenne ou lakota que s'expriment ces trois colosses. J'aime toujours autant lorsque Craig Johnson s'attarde sur les croyances et les histoires des différentes tribus du Wyoming et les promesses jamais tenues du gouvernement américain à leur égard. 

Copyright 

L'histoire de l'Amérique est doublement présente ici avec la ville fantôme de Bailey, à proximité du fameux Hole in the Wall où le Wild Bunch (la Horde Sauvage) de Butch Cassidy et Sundance Kid venaient se réfugier après leurs braquages. C'est donc dans ce lieu très chargé que se joue la majorité de l'enquête concernant cette jeune femme asiatique, une enfant de poussière

L'intrigue peut sembler paraître complexe et je préfère ici ne pas en dire trop, mais sachez qu'elle est très prenante et que j'ai dévoré le roman en une soirée et une après-midi. 

Walt ne peut s'empêcher de sentir toujours une présence autour de lui lorsqu'il met les pieds à Bailey. Les fantômes l'accompagnent-ils ?  Cette ville devenue fantôme à la suite d'un drame arrivé il y a cent cinquante ans sera le lieu où vont se retrouver tous les personnages principaux du roman, comme dans les western de mon enfance où le shérif affrontait les méchants dans la rue principale d'une bourgade de l'Ouest, ou lorsque le Wild Bunch faisait son apparition. Du bon, encore du bon avec Craig Johnson.



Editions Gallmeister, Collection Totem, traduction Sophie Aslanides, 370 pages.

Tuesday, May 19, 2015

Une odyssée américaine


Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas croisé la route de Jim Harrison.  Puis j'ai lu quelque part une référence à ce livre en particulier : Une odyssée américaine (The English major). J'ai donc accepté de m'embarquer avec Cliff, ce fermier poussé à la retraite, qui du jour au lendemain décide de prendre la route à la découverte des cinquante États américains avec l'idée saugrenue de les renommer

Cliff, la soixantaine, a vu son épouse Viviane le quitter après quarante ans de mariage. Celle-ci, promoteur immobilier à succès s'ennuyait avec son mari, éleveur de bétail dans le Michigan. L'ancien prof d'anglais  avait tout plaqué au bout d'une quinzaine d'années d'enseignement pour se lancer dans l'élevage du bétail, sans doute plus à l'écoute de sa passion naturaliste. Mais au départ de sa femme, celle-ci vend la ferme et le voilà divorcé et sans maison. Cet amoureux de Thoreau et d'Emerson décide d'organiser son propre retour à la nature. Sa lubie ? Emporter un puzzle représentant les cinquante États et à chaque fois qu'il franchit une frontière, il se débarrassera de la pièce correspondante.  Très rapidement, son projet initial prend l'eau - d'abord parce qu'il embarque avec lui une des ses anciens élèves devenue sa maitresse Marybelle (47 printemps et mariée) qui lui fait faire de multiple détours et lui prend pas mal la tête (mais lui permet de soulager une libido en pleine forme, la nouvelle crise de la soixantaine?) et parce que Cliff ne sait pas trop lui-même où il en est. Il décide finalement d'aller voir son fils Robert, un producteur hollywoodien homosexuel dont il s'est toujours senti très éloigné mais qu'il préfère gay à républicain (je ne pouvais pas ne pas citer cette phrase).

"Comme le siège avant était brûlant, elle a fait "aïe" puis elle s'est agenouillé en tournant vers moi son derrière seulement vêtu du bas de son bikini, et a étendu sa chemise et son jean pour protéger sa peau du siège brûlant (...) Bref, ma serveuse m'a rappelé une version plus âgée de cette fille, et voilà pourquoi mon asticot s'est agité quand elle a nettoyé la tache de sauce tartare sur ma chemise neuve". (p.23)

Cliff, le narrateur, nous emmène donc dans un voyage ponctué de rencontres cocasses, de scènes de sexe assez amusantes et nous laisse avec les réflexions, les souvenirs et les émotions de cet homme dont je me suis sentie, malgré la différence d'âge, de culture et de sexe (sa libido est impressionnante mais très drôle) assez proche. Car Cliff a un regard très pertinent sur le passé et sur ce qu'on fait de sa vie ou du moins comment on l'a rêvée et à quoi la réalité nous ramène tous. 

L'autre face de ce roman qui en fait une véritable odyssée américaine sublime est cette ode à la nature, à l'Amérique sauvage, aux espèces animales, aux oiseaux, aux rivières. J'ai adoré ce road trip et retrouver la passion de Jim Harrison pour son pays, ses paysages, ses rivières, son histoire. Lorsque Cliff voit pour la première fois l'océan Pacifique, le lecteur est avec lui, à chaque pas.  On redécouvre l'Amérique en la compagnie d'un homme qui en profite pour réfléchir à sa propre histoire. Car Cliff symbolise tant d'histoires humaines, celles de ceux ayant un jour été quittés, celles de ceux ayant trompé, celles de ceux s'étant trompés, ceux qui ne semblent plus adaptés à la vie moderne (Cliff et ce maudit téléphone portable payé par son fils). Cliff est un rubik's cube dont chacun peut s'identifier à une ou plusieurs facettes.

"Soudain j'ai eu un incroyable coup de chance : un loriot de Scott à tête jaune et noire s'est posé sur une branche de pin, juste au-dessus de moi. Nous n'avons pas de loriot dans le Michigan mais je le connaissais grâce aux cartes Audubon que je collectionnais au cours élémentaire. J'ai levé les yeux vers ce oiseau qui baissait les siens vers moi. Certains moments de la vie sont vraiment beaux, ai-je pensé. J'étais donc allongé sur le dos dans une forêt inconnue tandis qu'une pulsation battait par intermittence sous mes côtes, et voilà que pour me tenir compagnie arrive un oiseau aussi jaune que du soleil liquide". (p. 141)

J'ai adoré Cliff surtout lorsqu'il parle avec émotion de sa meilleure compagne, qui ne fut pas Vivian mais son chien Lola. Celle-ci l'accompagnait partout et semblait pouvoir lire dans ses pensées. Vous ne serez donc pas surpris de découvrir que son épouse était jalouse du chien. Et que, moi-même heureuse propriétaire d'un canidé, je comprenne tout à fait cette passion inappropriée pour un animal ;-) 

"Elle aimait aussi écrire que mon père décédé aurait voulu que je réussisse, alors que lui n'avait jamais parlé de ce genre de chose, sinon pour dire que les gens qui réussissaient n'avaient pas une minute à consacrer aux activités essentielles de la vie, telles que la chasse, la pêche, la gnôle et les balades dans les bois" (p.222)

N'hésitez donc pas une seconde avant d'embarquer avec Cliff dans ce road trip très amusant tout en étant instructif, émouvant et passionnant. L'Amérique telle que les amoureux du nature writing l'aiment. Telle que je l'ai aimée, et que je continue de l'aimer à chaque road trip que j'effectue. Il n'y a pas à dire, ce cher Jim m'avait vraiment manqué ! Vous y apprendrez beaucoup sur la vie et sur votre propre histoire et vous serez en excellente compagnie, enfin une fois Marybelle débarquée !

Et au final, Cliff aura tenu sa promesse ....

Alabama : Chickasaw
Alaska : Kolyukon
Arizona : Apache ...








Éditions Flammarion, traduction Brice Matthieussent, 317 pages

Wednesday, May 13, 2015

Winter's bone

Deep in the mountains of Missouri, you can get beaten up for asking the wrong questions, everyone knows how to fire a gun, and most families are cooking up crank on the back porch. A teenage girl, Ree Dolly takes on more than she bargains for when she sets out to find her missing father..."

Ree Dolly, le personnage principal de ce roman coup de poing vit dans les montagnes Ozarks, au fin fond du Missouri - là où l'auteur, Daniel Woodrell a choisi de nous emmener avec lui. Un lieu aussi sombre, brutal et violent comme le sont ses habitants.

Ree Dolly, seize ans, élève seule ses deux petits frères Sonny (Jessup Jr) et Harold et s'occupe de sa mère neurasthénique qui passe ses journées assise dans un rocking chair à ressasser le passé. L'argent se fait rare et Ree est obligée surtout en cette période hivernale d'aller chasser l'écureuil pour nourrir sa famille. Un jour, le patron d'une boîte de cautions vient jusque chez elle lui apprendre que son père, Jessup Dolly, qui les a abandonné, doit absolument être présent à son procès sinon ils perdront leur maison, qu'il a mise sous caution.

Ree décide, contre vents et marées de partir à la recherche de cet homme pour le mener de force au tribunal. Elle hait ce bon à rien qui risque de les mettre dehors en plein hiver. Sa meilleure amie Gail, déjà mère à son âge d'un petit Ned, épouse d'un Langan, autre clan des Ozarks vient habiter quelque temps chez elle après avoir fui son mari volage.  Les deux jeunes femmes se soutiennent dans cette nouvelle épreuve et Gail lui prête son vieux pick-up. Alertée par les voisins (du même clan), son oncle, surnommé Teardrop (tatoué sous un œil trois larmes) vient la voir et lui interdit fermement d'aller mener sa propre enquête dans ses montagnes où les Dolly, Langan et autres noms se font la guerre depuis des siècles. Mais Ree ne l'écoute pas.

"Ree walked down the Hawkfall hill with nothing watching her back but the sun. She kicked her boots scuffing loudly along the road and looked at thin smoke rails rising from chimneys below. Twice she turned about to stare toward home, but the antique truck was already beyond sight. Snow piles still lined the road, melting, but the fields were fast becoming mud acres with tattering white borders." (page 128)

Une véritable plongée en enfer, menée tambour battant par un petit bout de femme qui refuse d'imaginer une vie plus misérable qu'elle ne l'est déjà. L’Amérique pauvre blanche, l'Amérique rurale, profonde, oubliée où les cousins épousent les cousines, où les mauvaises langues se disputent une énième vérité.. Rappelez-vous du film Délivrance (en Georgie) et vous comprendrez dans quel merdier vous avez mis les pieds.  Ree s'enfonce dans le froid glacial et vous embarque de force. Et pourquoi acceptez-vous de la suivre ? Parce qu'elle est profondément humaine, battante et parce que l'histoire de son père, de sa mère et même de sa meilleure amie sont écrites magistralement par un auteur qui manie une plume aussi aiguisée qu'une lame de sabre. Parce que tout au fond, l'oncle menaçant et terrifiant pourra peut-être révéler une part d'âme et l'avenir ne sera peut-être pas aussi fermé qu'il ne l'est aujourd'hui.

J'ai lu le livre en anglais afin de mieux profiter du dialecte local et découvrir ces familles oubliées de tous qui survivent dans leurs cabanes en bois dans des conditions identiques au début du précédent siècle. Ces gens vivaient de pêche et de chasse mais aujourd'hui ils vivent de la production et de la vente de méthamphétamine et se déplacent toujours armés. Le lecteur plonge dans ce monde des ténèbres, dans une société qui nous était jusqu'ici interdite.

Daniel Woodrell signe un roman impressionnant, d'une maîtrise absolue et présente au monde une héroïne émouvante mais si courageuse qu'elle vous en mettra plein la vue. Un de mes moments préférés du livre est lorsqu'elle se retrouve face à trois femmes "Ozark" :

The came with the dark and knocked with three fists. The door shook as the clamor of beating knuckles filled the house. Ree glanced from a window and saw three like women, chesty and jowly, wearing long cloth coats of differing colors and barnyard galoshes. She fetched her pretty shotgun before opening the door (...) None of the sisters flinched or stepped back or changed expression.

Merab said, "Come along child - we're goin' to fix your problem for you". (...) Her hair was swept away from her face in a towering white wave that barely budged in the breeze. "Put that thing down.Show some smarts, child."
"Right now I feel like I want to blow me a big sloppy hole clean through your stinkin' guts."
"I know you do. You're a Dolly. But you won't. You'll put that scattergun down and come along with me'n my sisters". (page 179)

Pour ceux qui ne seraient pas très à l'aise en anglais, la traduction Un hiver de glace est disponible en bibliothèque. Les photos sont celles de l'adaptation cinématographique - un film magnifique que j'avais vu à sa sortie et qui m'avait profondément marqué. C'était le premier rôle à l'écran de Jennifer Lawrence et elle incarne à merveille Ree du clan Dolly. J'ai réalisé que dans le film, ils ont transformé Harold en petite fille - je n'ai pas su pourquoi surtout que dans le livre la lignée des fils est largement évoquée aussi j'ai trouvé ça dommage. Néanmoins, je vous conseille tout autant de voir le film. 


Une histoire coup de poing qui vous plongera dans un monde fascinant, où tout le monde est lié, par le sang, le mariage, la haine et l'amour - où chaque jour est un combat et où seuls les plus forts s'en sortent. Et un personnage féminin impressionnant, sans doute l'un des plus marquants de la littérature américaine depuis quelques années.

Un énorme coup de cœur (encore un !).



Editions Sceptre, 193 pages

Saturday, May 9, 2015

Noeuds & dénouement

C'est en me promenant à la médiathèque que j'ai croisé l'oeuvre d'Annie Proulx - j'ai trouvé sa nouvelle la plus célèbre, Brokeback Mountain et son roman, The Shipping News (traduit Noeuds & dénouement), récompensé par des prix prestigieux tels que le prix Pulitzer ou le National Book Award lors de sa publication en 1993.

Quoyle est un journaliste malchanceux et désespéré qui vit et travaille près de New York. Le garçon souffre-douleur de son père et son frère, a grandi dans la honte d'un menton proéminent et d'un corps massif et peu plaisant. Sa vie change lorsqu'il est embauché dans un canard comme pigiste et lorsque Petal, une jolie femme vaine l'épouse. Très vite, celle-ci s'avère infidèle et mauvaise mère pour leurs filles, Bunny et Sunshine. Quoyle amoureux transi accepte toutes ses infidélités car il se trouve très chanceux d'avoir trouvé épouse. Cette dernière le quitte un jour, et meurt dans un accident de voiture (avec son amant), après avoir vendu leurs petites filles à un couple sans enfants. Quoyle retrouve ses filles et une vieille tante, Agnis qui le convainc de retourner sur la terre de ses ancêtres :  Terre-Neuve  Avec ses deux filles, Bunny et Sunshine, assez perturbées et sa vieille tante (Agnis Hamm) Quoyle se retrouve au bout du monde, journaliste pour un canard local dans un univers dur, où tout semble ballotté par les vagues et secoué par le vent. 

Je l'avoue, les premiers chapitres consacrés à la vie d'avant, celle de New York en compagnie de Petal, l'épouse infidèle m'ont fait croire que le roman se passait étrangement dans les années cinquante. Quoyle semble sorti tout droit d'une fable : le visage légèrement déformé, une enfance triste et difficile, il ressemble à un ogre solitaire. La mort soudaine de son épouse volage va le pousser à prendre la décision la plus folle de sa vie : partir s'installer à Terre-Neuve, l'île du bout du monde, où les conditions de vie sont très difficiles. 



"Agnis a un tempérament viril, c'est sûr, dit Mavis Bangs à Dawn une fois la tante partie avec son mètre à ruban et son carnet. Avec son air intrépide, elle empoigne les choses comme un homme. C'est d'avoir vécu aux Etats-Unis. Les femmes là-bas n'ont pas froid aux yeux. T'as vu son calme? Alors que le neveu était comme de la gélatine ! " (page 264)

Mais c'est là que pour moi la magie a opéré : j'avais, je l'avoue, songé à cesser ma lecture (au bout de soixante pages), frustrée de voir cet homme naïf accepter tout de cette garce (son épouse). Mais lorsqu'il met les pieds à Terre-Neuve, Quoyle va peu à peu se révéler et changer. 

Et la lectrice que je suis n'a plus reposé le livre - ravie de suivre la vie de Quoyle qui doit repartir de zéro. Reconstruire la maison de ces ancêtres, inhabitée pendant quarante ans, accepter de tenir la rubrique "accidents de voitures et carnet des bords des arrivées et départs des navires", découvrir le passé des Quoyle,  rencontrer son mystérieux aïeul et vaincre sa peur tenace de la mer en achetant un bateau. 

Que ce soit l'équipe du journal ou les amis qu'ils rencontrent, ce sont tous des personnages haut en couleur, physiquement et de caractère. Les histoires, les anecdotes sont si nombreuses - on ne s'ennuie jamais. Entre un récit qui se veut didactique (la vie des pêcheurs, l'histoire de cette île, ses croyances, ses naufragés et la situation actuelle : le poisson se fait rare, le pétrole ..) et l'histoire personnelle d'un seul homme, Quoyle qui ne conçoit pas d'autre histoire d'amour que celle qu'il a vécu avec sa défunte épouse. 

"Il y a autre chose, aussi. C'est une Hamm, mais c'est une Quoyle. Toutes leurs histoires, ma petite. Desmond - c'était mon pauvre mari - les connaissait. Il vient de Sans-Nom, en dessous de Patte-de-Grappin, une anse un peu plus bas que Cap-Quoyle. Et cette fillette qu'ils ont, c'est une vraie Quoyle, de traviole comme une bouée dans une mer démontée".  (page 265)

Fort heureusement, cette île possède une aura, une sorte de magie qui va peu à peu agir sur Quoyle et sur le lecteur. Ainsi ai-je dévoré les chapitres suivants et j'ai eu du mal à quitter Quoyle et ses comparses. J'ai attendu ainsi ce matin pour finir les trois dernières pages. Annie Proulx est une véritable découverte pour moi et je compte bien lire ses autres publications, que ce soit des nouvelles ou des romans. C'est une conteuse magnifique.



"Le septentrion s'inclina vers le soleil. La lumière se déploya sur la patine laiteuse du plancton qui apparaissait au large, au-dessus des bancs, au confluent du courant salé du Gulf Stream et du courant saumâtre du Labrador. Les eux s'emmêlaient au croisement des tropiques et de l'articque, effervescence de bactéries, levures, diatomées et champignons, un bouillonnement d'algues, de bulles et de gouttelettes, la matière même de la vie, qui pousse à croître, changer, s'accoupler." (page 414)

Pour ceux qui s'interrogent, oui les photos d'acteurs sur la couverture du livre sont celles de l'adaptation cinématographique réalisé par Lasse Halstrom, avec Kevin Spacey, Julianne Moore, Judi Dench et Cate Blanchett. 

Si vous voulez du changement, sentir l'air iodé, entendre le bois mouillé grincer, humer l'odeur d'une soupe au homard, plongez dans ce roman !




Editions Rivages, Bibliothèque étrangère, traduction Anne Damour, 482 pages

Friday, May 8, 2015

50 Etats en 50 romans (update)




Je ne pouvais pas résister à l'idée de voler ce billet à Marie-Claude, moi qui lis principalement des romans américains. Par contre, j'ignorais le temps qu'il me faudrait pour établir cette carte ;-)

Enfin, entre temps, la coquine Marie-Claude a décidé de modifier son billet, en virant tous les livres déjà lus et en choisissant donc 50 romans qui la mèneront si tout va bien .. en 2020!

J'avoue que j'ai un peu moins de patience, même si il est fort probable que d'ici là, j'ai moi-même lu assez de romans américains pour faire de même ;-)

Je souhaite aussi conserver sur ma carte certains romans déjà lus car clairement il s'agit d'énormes coups de coeur  que je souhaite absolument faire connaître au maximum de personnes.

Donc en bleu, les romans déjà lus et en vert, les romans à découvrir.  Pour choisir les nouveautés, j'ai évidemment regardé ma PàL et ma wishlist mais chez moi beaucoup de livres se concentrent sur la partie Ouest de ce pays (et vous n'êtes pas surpris, hein?!) Aussi, ai-je eu l'idée d'aller sur le catalogue du réseau de bibliothèques de ma ville (Nantes) et de taper dans le moteur de recherche le nom de l'Etat (et ça fonctionne plutôt bien, vous pouvez le faire sans être inscrit, c'est par ici) mais aussi d'aller zieuter la liste sur Babelio fournie par Céline en commentaire du billet de Marie-Claude.

(Les Etats suivis d'un * sont ceux que je possède déjà dans ma PàL, donc pas de craquage de slip nécessaire !)

Edit : J'ai modifié mon choix suite à quelques conseils, uniquement pour les Etats suivants : Hawaï, Georgie et Iowa.


             Alabama                              Alaska                              Arizona                           Arkansas 


              Californie                    Caroline du Nord                Caroline du Sud                    Colorado


              Connecticut*                 Dakota du Nord                Dakota du Sud                      Delaware*


            Floride                                Georgie                              Hawaï                                     Idaho  


              Illinois                                    Indiana                           Iowa                                     Kansas   


            Kentucky                          Louisiane                           Maine*                               Maryland   


         Massachusetts                        Michigan                        Minnesota*                      Mississippi * 

               
                Missouri                           Montana                            Nebraska*                             Nevada 


          New Hampshire                 New Jersey*                        New York                Nouveau-Mexique*


         
        Ohio                                     Oklahoma                             Oregon                      Pennsylvanie     



            Rhode Island                    Tennessee*                          Texas                                 Utah           



         Vermont                             Virginie                           Virginie Occid.                Washington      



                                                   Wisconsin*                            Wyoming   
 
  







Sunday, May 4, 2014

Le duel

Vous allez vous lasser - mais lorsque l'un de vos auteurs préférés, Arnaldur Indriðason, sort un livre, Le Duel qui une fois de plus, vous emporte, vous emballe, vous plaît tant que vous le dévorez en une journée - vous ne pouvez pas ne pas lui consacrer un billet. Arnaldur Indridason a donc recommencé. L'auteur islandais a signé un polar magistral - d'abord, parce qu'ici, contrairement à Betty, l'auteur est fidèle à ses trois obsessions : l'histoire (celle de Marion Briem), l'Histoire (la grande) et le genre policier.

Indridason a souhaité s'offrir quelques vacances loin de son personnage fétiche Erlendur, sans pour autant quitter le genre policier, ni même quitter Erlendur puisqu'il vous emmène dans les années 70 à la rencontre de Marion Briem - les addicts des enquêtes d'Erlendur connaissent ce personnage, le mentor d'Erlendur. Tout au long des enquêtes de notre héros, on le découvre vieux, malade (la tuberculose) mais qui inspire toujours autant le respect à son protégé. 

Mais revenons au duel - ce duel, c'est celui qui oppose à l'époque de la guerre froide, en 1972 les deux plus grands joueurs d'échecs au monde : Fischer pour les USA et Spassky pour l'URSS. Le duel est organisé sur l'île islandaise qui devient soudainement le centre du monde. Envahi d'espions, Briem est chargé d'enquêter sur le meurtre brutal d'un adolescent dans un cinéma.  Très vite, l'enquête va entrainer l'inspecteur Briem sur de multiples pistes dont celle de l'espionnage. 

L'enquête est comme toujours, chez le romancier islandais, rondement menée - Indridason adore y mêler l'histoire de son pays et se sert de son île natale comme la centrifugeuse de toutes les crises mondiales qui sévissent. La guerre froide, déjà évoquée à plusieurs reprises dans ses romans (comme de la présence de l'armée américaine) est au centre de l'histoire, symbolisée par le duel entre les deux joueurs d'échecs. 


Rassurez-vous, pas besoin de connaître les échecs pour suivre cette partie. Et comme à son habitude, le romancier entre dans la vie de ses personnages par la petite porte : ici la maladie de Briem, la turberculose,  qui comme les fjords qui obsèdent Erledur, accompagne l'inspecteur dans toute sa vie. J'ignorais tout de cette maladie (des opérations qui déforment les corps), des enfants envoyés loin de leurs familles, pour des mois, voire des années, soigner cette maladie et surtout l'impact de cette maladie sur l'Islande. Le pays fut apparemment victime dans les années 50 d'une véritable épidémie de tuberculose emportant de nombreuses vies, surtout celles de jeunes enfants.

Encore une histoire dans l'histoire et comme à son habitude Indridason dirige cette chorégraphie avec une main de maître. Quel plaisir de retrouver le romancier, son style épuré, chaque mot choisi avec soin - et en moins de trois heures j'avais dévoré le roman.

Pour les abonnés au magazine Lire, vous aurez lu la passionnante interview de l'auteur islandais - sa passion pour l'histoire de son pays et ce qui me passionne le plus : le processus d'écriture du romancier. Chaque mot est pesé et l'auteur rature peu - bref, il continue donc de m'impressionner. Je vous invite à lire son interview. 

Bref, vous l'aurez compris, un vrai coup de cœur !