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Friday, July 17, 2015

Challenge Canada (mise à jour)



C'est Marie-Claude qui m'a poussé à faire ce challenge en douze romans et je ne regrette pas ! Il m'aura fallu du temps pour trouver des livres prenant place dans chacune des provinces et territoires canadiens. J'ai choisi les mêmes pour les territoires du Nord au départ, n'ayant que peu de connaissances sur les écrivains canadiens et lui faisant confiance. J'avais par contre déniché, après quelques heures sur la toile, d'autres auteurs pour les autres provinces. Entre temps, Marie-Claude a essuyé quelques échecs qui m'ont fait réfléchir à ce challenge. 

Pas de grand changement si ce n'est pour le Manitoba où Les Troutman volants de Miriam Toews prévus à l'origine ont déçu mon amie québécoise. 

Et fait étrange .. j'ai commandé La mémoire des pierres de Carole Shields et surprise Marie-Claude a fait pareil ! La couverture du livre est quelque peu décevante donc je vous montre une autre version car je préfère me concentrer sur l'histoire :

Daisy Goodwill est née dans le Manitoba en 1905, et c'est en Floride qu'elle décède dans les années 90. Carole Shields va suivre ce personnage ordinaire, née au début du siècle, élevée par son père tailleur de pierres voyageant à travers le Nouveau Monde. Mariée deux fois, veuve deux fois et mère de trois enfants Shields fait de Daisy une héroïne des temps modernes. Elle va incarner ce siècle foisonnant, changeant et évoluant sans cesse à travers ses joies et malheurs. 

J'espère ne pas être déçue, les critiques sont élogieuses donc je pars assez sereinement surtout que l'auteur a reçu pour cet ouvrage le Prix Pulitzer en 1995 ! Un an après Annie Proulx et son merveilleux Noeuds et Dénouements.

Deuxième changement : le Saskatchewan où j'ai pour ma part, trouvé le livre Un oiseau dans la maison de Margaret Laurence.  Ce titre vous parle ? Oui, si vous lisez le blog de Marie-Claude. En fait, lors de la parution de son billet, nous échangions à travers les commentaires et j'avais passé une soirée à rechercher des auteurs canadiens célèbres (Wikipedia) et j'avais trouvé Carole Shields et Margaret Laurence. J'ai hésité entre plusieurs titres pour cette dernière mais mon choix s'est finalement porté sur l'histoire de cet enfant.


A l'âge ingrat de douze ans, Vanessa McLeod vacille au bord du gouffre séparant l'enfance de l'adolescence. Prise entre ces deux mondes, celle qui "déteste le fait d'être si jeune" grandit dans une imposante maison de briques où elle est un témoin privilégié de la vie qui bat au sein du nid familial. En huit histoires qui forment autant d'étapes d'un parcours menant à l'âge adulte et jalonné d'épreuves, de petits miracles et de grands deuils, elle se fera la chroniqueuse d'un clan fascinant, miné par la maladie et la folie. 

Les Editions Joëlle Losfeld ont choisi de publier ce dernier opus. Sachez que l'auteur a créé une ville imaginaire, Manawaka, où se déroulent plusieurs de ses romans dont celui-ci. Pas d'ordre de lecture à suivre. Tant mieux. 

Si je tombe amoureuse du style, je vais m'empresser de me procurer les autres. 




Normalement, je ne devrais plus toucher à ce challenge - en sachant qu'il me manque encore les ouvrages pour le Territoire du Nord-Ouest, le Québec et le Nunavut. Si je n'arrive pas à les dénicher, j'irai piocher chez Marie-Claude !

Friday, June 12, 2015

Un goût de rouille et d'os

En allant découvrir une exposition consacrée au polar à la bibliothèque Floresca Guépin (qui ne situe pas du tout dans mon quartier), j'en ai donc profité pour emprunter Winter's Bone  de Daniel Woodrell et j'ai pensé à Cataract de Craig Davidson - mais il n'y était pas, par contre jai trouvé son recueil de nouvelles intitulé Un goût de rouille et d'os.

Je sais que vous pensez au film (que je n'ai toujours pas vu, j'avoue que j'ai un problème avec Marion Cotillard, elle m'agace) mais le pauvre Davidson n'y est pour rien!

Je vous livre ici la critique du journal Le Monde : "Une écriture aussi impitoyable qu'un uppercut, aussi cruelle et violente que peut l'être la vie, rythmée comme un match.. un grand livre".

Et ce livre me servira à débuter le challenge Le Canada en 12 romans contemporains (la faute à Marie-Claude). Pas mal, non ?

8 nouvelles composent ce recueil. Pour tout vous dire, j'ai eu un peu de mal à plonger dans l'univers de Davidson, comme si la Marion venait gâcher une nouvelle histoire d'amour en pointant le bout de son nez. Le livre est resté chez moi trois semaines sans que j'y touche puis la magie a opéré et j'ai enchainé les nouvelles les unes après les autres.

En premier lieu, le film d'Audiard est en fait inspiré par deux nouvelles distinctes du recueil (Un goût de rouille et La fusée), le réalisateur français a donc jouer de magie avec deux personnages solitaires pour créer son film. Car le point commun à l'ensemble des nouvelles, c'est bien l'extrême solitude des personnages. Même s'ils sont en couple, amis, entraineur et élève, père et fils, frère et sœur, au final ils sont toujours seuls - seuls face à leurs démons. Vous êtes prévenu. Ici le Canada n'a rien du pays d'Anne et de ses pignons verts !

Tous dévorés par des secrets inavouables : des peurs, des obsessions (sexuelles comme dans Friction) ou des sentiments  telle la culpabilité qui dévore un ancien boxeur dans De chair & d'os. La boxe, parlons-en : elle est très présente dans ce recueil - et soyons clairs, je trouve que Davidson excelle lorsqu'il parle de sport (la boxe dans deux nouvelles et le basket-ball dans Un bon tireur). Il sait parfaitement retranscrire l'atmosphère, le ring, la sueur, les coups donnés et ceux reçus et écrire sur ces êtres qui choisissent ainsi de recevoir des coups pour l'argent, pour la gloire ou pour faire pénitence. Des choix de vie qui les mènent sur un ring prêt à en découdre. Un vrai plaisir pour la lectrice que je suis ! Oui, j'ai eu un vrai coup de cœur pour plusieurs nouvelles.

Comme j'ai beaucoup aimé la relation père-fils dans la nouvelle consacrée au basket-ball. Davidson vous confronte à ces histoires d'êtres brisés, cassés - souvent par leur propre fait -  comme ici ce père qui va tout sacrifier pour la réussite de son fils. Une nouvelle marquante, comme celle sur l'orque (La fusée), étrange parabole sur la vie et la mort.

Oui, j'ai vraiment aimé certaines nouvelles - où la sueur, le sang se mêlent à une certaine excitation. Du grand.

Mais j'ai trouvé l'ensemble légèrement inégal. J'avoue que j'ai lu Un usage cruel avec quelques difficultés (combats illégaux de chiens), même si j'ai adoré la fin (la toute fin). Il faut s'accrocher et résister à l'envie de fermer les yeux plusieurs fois ! Mais je tiens à remercier l'auteur canadien de nous présenter ici des personnages moins aimables, des personnes qui, je l'avoue, existent, mais dont l'univers me reste totalement étranger. Le romancier canadien vous force ici à ouvrir les yeux. La violence est là, physique, mentale, psychologique - elle nous entoure, nous accompagne, nous paralyse, nous pousse à agir ...

Je ne me suis pas vraiment retrouvée dans Insomnies, Friction (même si le style est là, et les personnages succulents) ou la plus longue nouvelle (71 pages), Précis d'initiation à la magie moderne. Les turpitudes de ces personnages me parlant moins sans doute, j'ai trouvé Davidson moins incisif - moins intrépide.  J'ai trouvé dommage de terminer sur cette dernière nouvelle.

Il reste que j'ai découvert un auteur génial et les billets enthousiastes de Gab sur Juste être un homme (la boxe encore...) et de Marie-Claude sur Cataract City  me confirment qu'il faut que je me les procure rapidement!


Un goût de rouille ♥♥♥♥
Un bon tireur ♥♥♥♥
Un usage cruel ♥♥(♥)
La fusée ♥♥♥
Insomnies ♥♥
Friction ♥♥(♥)
De chair & d'os ♥♥♥♥
Précis d'initiation à la magie moderne ♥♥


★★★★★


Albin Michel, Terres d'Amérique, traduction Anne Wicke, 292 pages