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Monday, August 3, 2015

L'étrangleur d'Edimbourg

J'avais décidé de découvrir les enquêtes du fameux inspecteur John Rebus, créé de toute part par Ian Rankin. J'avais lu ci et là des échos sur ses nombreuses enquêtes (17 en 2007). Je sais que l'inspecteur vieillit au même rythme que la publication de ses enquêtes. Né approximativement en 1947, il se retrouve donc en 2007 à la retraite mais participe encore à quelques enquêtes en tant que conseiller pour la police écossaise. Vous allez me dire : c'est un personnage ! Mais non, c'est un telle célébrité outre-Manche que la question a été officiellement posée au Parlement d’Écosse. Pour ma part, j'ai décidé de reprendre à zéro et donc de le suivre dans sa toute première enquête, l'étrangleur d’Édimbourg. J'ai trouvé plusieurs de ces livres à Emmaüs et en librairie d'occasion mais je ne trouvais pas celui-ci. Lorsque j'ai découvert que les éditions du Livre de Poche ont décidé de republier ses enquêtes, je n'ai pas hésité une seconde.

Le titre original du roman Knots and Crosses est beaucoup plus parlant que la traduction française qui n'a pour seul mérite que de nous indiquer le lieu du crime : Édimbourg, Écosse. Le roman a été publié en 1987. J'ai ainsi découvert que John Rebus est divorcé, grand amateur de whisky (un peu trop), divorcé, à peine 40 ans. Il vit dans le centre mal famé d'Edimbourg, aime les mauvais garçons et déteste la hiérarchie ou travailler en équipe. Il a un frère cadet, Michael, prestidigitateur comme leur père. Michael, marié et père de deux enfants, vit dans une maison cossue dans un quartier huppé d'Edimbourg et les frères se voient très peu. Michael était le préféré de leur père à qui John va rendre hommage à la Toussaint. John dort mal - ancien para, il avait intégré une unité spéciale de l'armée et avait été torturé par ses pairs avant de quitter la grande silencieuse puis de sombrer dans la dépression. Quelques temps plus tard, il avait rencontré sa future épouse et intégré la police. Depuis, il ne cesse de faire des cauchemars où il repense à cet épisode et à son pote de mauvaise fortune, tous deux enfermés dans une cellule et torturés.

John Rebus n'a que très peu d'amis au sein de la police, leur préférant la compagnie du whisky, lorsqu'une, puis deux petites filles, âgées de 8 ans sont enlevées. Leurs corps sont retrouvés quelques jours plus tard. Les enfants n'ont pas été abusés sexuellement mais étranglés. John a une fille du même âge, Samantha, de son premier mariage dont il n'a pas la garde mais qu'il emmène souvent le dimanche avec lui. Le meurtre sordide de ces enfants et le kidnapping d'une troisième petite fille mobilisent toutes les forces de police de la ville et John n'y échappe pas. Convoqué au commissariat central, il est affecté à la plus ingrate des tâches : fouiller tous les dossiers des délinquants sexuels et pervers (même si aucune des filles n'a été violée) car son supérieur, Anderson, ne l'aime pas (et c'est réciproque). John se voit confier cette tâche au côté d'un flic plus jeune que lui mais dont la bouteille lui donne vingt ans de plus. L'enquête avance lentement, nous sommes en 1987 et à cette époque aucun logiciel de croisées de données n'existe. Tout est sur papier. 

John croise la route d'une femme policier, Gill Templer, plus gradée que lui, qui sert de liaison entre la police et les médias et les deux entament une liaison. Celle-ci connaît bien le journaliste Jim Stephens qui enquête depuis peu sur un trafic de stupéfiants. Ce dernier a découvert que Michael Phebus, le frère de John, trempe dans cette affaire et il en faut peu au journaliste pour être convaincu que John est au courant, aussi il ne le lâche plus. John ne comprend pas l'intérêt de ce journaliste à son égard, comme il ne fait pas très attention aux devinettes qu'il reçoit méthodiquement au commissariat. Dans une enveloppe, à son nom, se trouve ainsi une phrase mystérieuse et toujours un bout de corde avec un nœud. Peu à peu, toutes les pièces du puzzle commencent à s'emboiter et tout finit par s'emballer...

 
Que dire de ce premier roman? Sinon que si j'ai trouvé la traduction moyenne, comment dire : je me dis que j'aurais sans doute plus apprécié de le lire en anglais (et entendre les expressions typiquement écossaises), ici le roman perd de son parfum écossais. Étrangement, Ian Rankin ne publiera une suite (puis une dizaine d'autres) qu'en 1991 sous la pression des lecteurs. Je dis étrangement car pour moi, Rankin y intègre déjà tous les éléments d'une série. La présentation des personnages, des lieux - on y apprend ainsi tous les détails de la vie de John Rebus : son passé dans l'armée, sa dépression, son entrée dans la police, son mariage et son divorce, sa relation avec sa fille, ses relations houleuses avec ses chefs, ses pubs préférés.

Ian Rankin déclarait qu'il ne se reconnaissait pas comme un auteur de roman policier, et que le seul objectif de ce roman était de commenter la vie en Écosse "à cette époque, sur ses manies et ses psychoses, sur les défauts de son caractère. Je disséquais une nation". 

Si j'ai appris quelques éléments sur le vrai visage de la capitale écossaise, je suis quand même loin d'une véritable plongée (avec une vision sociologique) sur la ville. Évidemment, on est loin de l'image touristique de la ville. Ici Rankin présente la face cachée de la capitale, ses bas-fonds, le trafic de drogue, les figures locales du banditisme mais aussi ses quartiers huppés mais tout cela reste assez superficiel. La ville est présente mais sans être un véritable personnage. Mais je me dis qu'il me reste encore de nombreux livres à lire pour me faire une meilleure opinion des romans de Rankin.

Aussi, si le livre est un bon page-turner (je l'ai commencé dans l'avion et fini le soir dans mon lit), je suis restée un peu sur ma faim.




Éditions Le livre de Poche, traduction xxx, 286 pages.

Tuesday, April 28, 2015

Une disparition inquiétante

J'attendais patiemment de pouvoir lire ce policier suite au billet très positif de Marie-Claude. Une disparition inquiétante - Première enquête du commandant Avraham (la suite est donc déjà annoncée) se déroule à Holon en Israël. 

Avraham "Avi" Avraham (vous lisez bien) est commandant à la brigade des mineurs de la ville d'Holon. Un soir, une dame très effacée Hannah Sharabi vient signaler la disparition de son fils aîné, Ofer. Celui-ci, âgé de 15 ans est parti au lycée comme tous les matins mais n'est pas revenu. Le commandant lui explique que son fils a sans doute fugué ou trouvé une petite amie, mais la mère décrit un fils sérieux et responsable, plutôt timide. Le lendemain, le jeune homme n'a toujours pas refait surface et son téléphone portable est resté dans sa chambre. 

Peu à peu, le commandant comprend qu'il ne s'agit pas d'une fugue et qu'il est arrivé quelque chose à Ofer mais toutes les pistes explorées ne mènent à rien. L'homme interroge alors l'un des voisins de l'immeuble, Zeev Avni, professeur d'anglais qui avait donné des cours d'anglais au jeune Ofer. Celui-ci se montre plutôt empressé de parler au policier et participe de manière active aux recherches et aux battues. Peu à peu, le lecteur découvre la personnalité très trouble de ce trentenaire, marié à Mikhal, père d'un jeune enfant, qui se rêve écrivain et qui veut absolument participer à l'enquête.

Entre lui et Avraham commence alors un jeu étrange. Parallèlement, le commandant Avraham doit gérer dans son équipe la présence d'un jeune policier aux dents longues, Eyal Sharpstein et compte sur le soutien d'Eliyaou Maaloul, un vieux de la vieille. Chaperonné par son amie Ilana Liss, le commandant tente de comprendre ce qui a pu arriver à Ofer et surtout comprendre sa personnalité. La mère, très effacée, élève seule ses trois enfants, dont Danite, la soeur cadette lourdement handicapée lorsque son époux, mécanicien dans le transport maritime part pour de longues semaines en mer. 

Je n'en dirais pas plus sous peine de révéler quelque peu l'histoire, mais sachez que ce livre est passionnant et foisonnant. Passionnant parce que Dror Mishani prend le temps, dans ce premier roman, de nous présenter son personnage principal, Avi Avraham (sa famille, son appartement, sa vie personnelle, sa rencontre avec Marianka, etc.) mais également son lieu de travail et ses collègues. Foisonnant car le romancier ne laisse pas de temps mort, et alterne entre Avi et Zeev.

"Ils se promenèrent dans les rues de Holon. Elle observa les immeubles, le visage des passants, les vêtements qu'ils portaient, comme si elle avait atterri à New York ou était en mission secrète. Ici, elle marchait moins vite qu'à Bruxelles. Ils allèrent partout sauf dans une rue où Avraham Avraham  ne pouvait pas retourner et qu'il s'arrangea pour éviter." (p.312)

La personnalité de ce policier jeune (fin de la trentaine) est agréable et amusante. Ainsi, sa passion est-elle de regarder les séries policières américaines (ou les enquêtes d'Hercule Poirot) et de démonter toutes les intrigues et trouver de nouveaux coupables à la fin. Vivant seul, se consacrant à son travail, il est méticuleux et patient. A travers lui, le lecteur découvre la vie en Israël et on est assez loin de l'univers de Tel Aviv Suspects, autre polar israélien lu ce mois-ci. Si vous avez regardé la série américaine Law&Order avec l'inspecteur Goren (Vincent d'Onofrio), ils en ont en commun cette méticulosité et cette analyse psychologique, sociétale et comportementale des victimes et des suspects. 

Le rythme n'est pas lent mais il est soutenu sans être pressant. J'ai aussi l'image de l'inspecteur Colombo en tête pour le côté brouillon du policier (il n'a pas un physique avantageux, il semble peu porter sur le style vestimentaire, il n'est pas charismatique). 

Au début, j'ai eu un peu peur car le personnage de Zeev Avni m'horripilait, mais très vite j'ai été happée par l'enquête. Et surtout, j'ai beaucoup aimé le twist final où le romancier israélien surprend tout le monde et met en boite la lectrice que je suis.  

Pour information, ce livre est sorti en poche récemment et je sais qu'une nouvelle enquête a été publiée récemment (en broché). J'ignore combien de temps vais-je pouvoir résister avant de me jeter dessus....



Seuil, traduction Laurence Sendrowicz, 320 pages



Friday, July 18, 2014

La vérité sur l'affaire Harry Quebert

J'ai tout lu et entendu au sujet de ce roman - j'avais donc envie de me faire ma propre idée. C'est chose faite. J'ai depuis relu quelques critiques d'autres blogueurs et je me dis que ce livre et son succès ne me laissent pas indifférente. Mais quel est mon verdict ?

L'histoire ? New York city, 2008 - Marcus Goldman, un jeune écrivain à succès connaît la crise de la page blanche. Son éditeur à qui il doit des avances confortables lui met la pression. Le jeune homme reprend alors contact avec son mentor, un des écrivains les plus respectés du pays : Harry Quebert. Ce dernier est alors soudainement accusé d'avoir assassiné, en 1975 à Aurora, dans le New Hampshire, la jeune Nola Kellerman, âgée de 15 ans avec qui il aurait eu une liaison. 

Afin d'avoir un œil critique et un peu moins subjectif, je me dois de préciser quelques faits D'une part sur l'auteur, Joël Dicker. Il est suisse romand, a 29 ans et remporte avec ce roman de nombreux prix dont le Grand Prix du roman de l'Académie française. Ce livre a connu un énorme succès en librairie mais a aussi déclenché une vague de critiques, liées principalement à sa simplicité stylistique. Il situe l'histoire dans une petite ville, Aurora située dans la Nouvelle-Angleterre, au bord de l'océan Atlantique.

D'autre part, j'ai vécu aux USA  et pendant la période où son personnage principal étudie à la fac et rencontre son mentor. J'étudiais et enseignais dans un collège privé très bien côté pour ma part.

Les points forts
  • J'ai dévoré le roman en moins de deux jours (dont plusieurs heures d'affilée où j'ai englouti 600 pages) - ce qui m'a fait un bien fou ! J'adore les pavés et encore plus quand c'est un page turner.
  • C'est un thriller, un de mes genres préférés, écrit à l'américaine - et situé dans une région que j'adore, la Nouvelle-Angleterre.
  • Le roman n'est pas uniquement un thriller. Marcus Goldman (double de Joël Dicker?) apprend auprès de son professeur ce qu'être un écrivain implique - ce qui fait un bon roman. Le sacerdoce de ce métier, le process de l'écriture - tout ce qui me passionne (comme je vous en ai déjà parlé à plusieurs reprises).  Point très positif du roman.

Donc, oui - je comprends parfaitement que ce livre ait plu à autant de personnes à sortie, et aux lycéens qui lui ont remis le Prix Goncourt des Lycéens. Difficile de jeter à la poubelle un roman qu'il vous était impossible de reposer. Mais quand on lit beaucoup comme moi - de façon presque permanente, force est de constater que je n'ai cessé lors de ma lecture de pousser des "oh" et des "ah" de de déception face à de si nombreuses faiblesses

Les points faibles :
  • La simplicité, voire la pauvreté stylistique qui est parfois contrebalancée par des passages plus courts, mais plus maitrisés et nettement mieux écrits. Certaines tournures de phrases m'ont laissé pantois ("mon unique frère humain"). Seuls les conseils de Harry Quebert sur le métier d'écrivain, repris en tête de chaque chapitre - sont d'un niveau stylistique nettement plus élevés que les dialogues et surtout les extraits du supposé roman de Harry Quebert, Les Origines du mal - qui frisent, avouons-le le ridicule.  
  • Revenons à ce roman, Les Origines du mal publié en 1975 qui aura valu gloire et reconnaissance à Harry Quebert - quelle horreur ! Les extraits sont d'un kitsch - je me suis crue dans un énième épisode d'un mauvais soap opéra américain et j'ai même ri à voix haute en lisant : « Ma tendre chérie, vous ne devez jamais mourir. Vous êtes un ange. Les anges ne meurent jamais. Voyez comme je ne suis jamais loin de vous. Séchez vos larmes, je vous en supplie ». Bref, quand on adore les grands romanciers américains, comme F.S Fitzgerald, J.D Salinger, Faulkner -  on se demande bien comment un tel navet aurait pu être érigé en chef d’œuvre.  Idem pour tous les autres extraits du manuscrit ou les lettres d'amour.  J'en suis arrivée à me demander si Joël Dicker était bien l'auteur de ces écrits. 
  • Une vision de l'Amérique totalement biaisée avec des personnages tous caricaturaux Joël Dicker a à peine trente ans, et il a grandi avec la télévision. Ses influences ressortent à chaque page du roman, l'amour interdit entre un écrivain de 34 ans et une gamine de 15 ans aurait pu donner de la profondeur à ce roman mais ici, nous sommes très loin de la Lolita de Nabokov - d'ailleurs, les deux personnages s'aiment d'amour pur - point de sexe. Un hommage vibrant à l'Amérique puritaine (Glee ....) ou lorsqu'il décrit ce banquier américain qui part en Alaska retrouver un sens à sa vie et qui finit par mourir de faim, on aura reconnu en parallèle l'histoire de Christopher McCandless mélangée à la crise de 2008. 
  •  Les clichés, sur l'Amérique :  ils pullulent au début du roman lorsque l'auteur raconte la jeunesse du héros. Ce jeune homme à l'ambition démesurée est prêt à enfoncer les autres et à mentir pour être le meilleur de sa classe, de son école, de son équipe sportive. Un "Formidable" qui se révèle être, comme le dirait un chanteur belge, fort minable.  J'ai ri en lisant sa description de ses années lycéennes, avec quelle facilité il devient la gloire de son lycée, et qui voit même le principal de son école payer pour un nouvel anneau sportif. Ridicule. Ayant été au lycée aux USA, les américains sont extrêmement doués pour le sport et ils ne sont pas tous stupides. La supercherie de ce Goldman n'aurait pas durer longtemps. Ses parents sont eux-mêmes sont un exemple : aveuglés par la réussite de leurs fils, la mère "juive" est une caricature qui m'a presque fait hurler. Son anglais est approximatif (nous sommes en 1998 ou 2008 mais on a l'impression qu'elle vient d'immigrer d'Europe en 1946 après la guerre). Et que dire de son seul ami de fac ? Un jeune homme noir originaire du Minnesota (donc plouc sauf qu'il oublie que ses habitants sont majoritairement scandinaves et bien plus éduqués et ouverts que le reste de l'Amérique - Minneapolis est la deuxième ville gay après San Francisc - j'y ai passé cinq mois). Mais revenons à cet ami de couleur, qui en 1998, croit que les bibliothèques sont toujours interdites aux noirs et remercie son seul ami, le formidable Marcus Goldman de lui ouvrir les portes de la connaissance (sic). Je n'ose imaginer la réaction de tous les lecteurs d'origine américaine lisant ce passage. Pour habiter aux USA sous la présidence Clinton, et cette année-là, vivre dans le Sud de surcroit (le Minnesota est un état situé à la frontière canadienne), je peux vous assurer que la ségrégation était bien abolie. Et j'arrête là .... 
Bref, il est clair pour moi que Joël Dicker a mis dans ce roman tout et n'importe quoi.
  • Le thriller en lui-même : un vrai page turner - même si je l'avoue, et c'est presque une première pour moi : j'ai deviné qui étaient les assassins à la moitié du roman. Je l'ia deviné lorsque les assassins racontent leurs versions de l'histoire, j'ai compris et puis et lorsque j'apprends plus tard la situation extrêmement compliquée du premier et la frustration du second, plus de doute.  Puis j'ai lu toutes les tentatives de l'auteur pour embrouiller le lecteur : tous les personnages deviennent suspects.  Nous revoilà donc dans un épisode de The Desperate Housewives, dans cette Amérique des petites villes où tous les habitants ont forcément des secrets inavouables.  Dicker retombe dans le cliché même s'il évite un fin trop facile (à l'américaine) et la sempiternelle course-poursuite , on finit quand même par trouver ça un peu indigeste. D'ailleurs, si on le lit vite, c'est parce que quelque part on a envie d'en finir, non ?
Parce que, je me dois d'être honnête, la vie privée de Marcus Goldman et sa recherche de la femme idéale - on s'en fout, non ?

Et contrairement à ce que dit Quebert lorsqu'il définit un bon roman "un bon livre est un livre que l'on regrette d'avoir terminé (...), où le lecteur s'est attaché aux personnages" : ici point de souci. Je ne me suis attachée à aucun d'entre eux et une fois la confirmation que les meurtriers sont bien ceux-là, j'en ai conclu que ce livre est une lecture parfaite pour l'été. Un livre qui se lit vite et qui s'oublie vite. 
Mais à toutes ces critiques, je dois reconnaître au romancier suisse un talent certain, comme je le dis, ce sont plus les passages autour du roman et du métier d'écrivain qui m'ont interpelés - il est clair que le formidable Marcus Goldman ne veut pas être un écrivain, il veut être adulé.  Les nombreux passages dédiés à son agent et à sa maison d'édition qui se fichent du roman et veulent uniquement susciter l'envie des lecteurs pour booster les ventes rejoignent son ambition démesurée.
La définition du "bon roman" trouve ici écho dans le nombre de livres vendus, qu'importe si c'est de la m...  Et c'est là que je me dis, n'est-ce pas le tour de force de l'auteur suisse lorsqu'il partage les extraits de ce supposé chef d’œuvre, les Origines du Mal - qui sont d'un niveau frôlant l'indigestion ? Ne veut-il pas nous dire que les lecteurs sont donc de pauvres gens qui aiment la m.. comme aujourd'hui on aime la télé réalité ? Et que finalement, un roman n'a pas besoin d'être bon mais juste d'être bien vendu ?  Si c'était là son message, alors son livre me plaît beaucoup plus. Et je vois que le tour de magie a opéré pour son propre roman. Malin, le Joël ! 

Et sinon, comme toute lectrice assidue qui se rêve écrivain, je me dois de féliciter le romancier pour son succès - et le remercier pour ces quelques heures passées en sa compagnie.
Il n'en reste pas moins qu'à mes yeux, ni Marcus Goldman, ni Joël Dicker, ne sont, pour l'instant, de grands écrivains.  A vous de vous faire votre propre avis !
 

Sunday, May 4, 2014

Le duel

Vous allez vous lasser - mais lorsque l'un de vos auteurs préférés, Arnaldur Indriðason, sort un livre, Le Duel qui une fois de plus, vous emporte, vous emballe, vous plaît tant que vous le dévorez en une journée - vous ne pouvez pas ne pas lui consacrer un billet. Arnaldur Indridason a donc recommencé. L'auteur islandais a signé un polar magistral - d'abord, parce qu'ici, contrairement à Betty, l'auteur est fidèle à ses trois obsessions : l'histoire (celle de Marion Briem), l'Histoire (la grande) et le genre policier.

Indridason a souhaité s'offrir quelques vacances loin de son personnage fétiche Erlendur, sans pour autant quitter le genre policier, ni même quitter Erlendur puisqu'il vous emmène dans les années 70 à la rencontre de Marion Briem - les addicts des enquêtes d'Erlendur connaissent ce personnage, le mentor d'Erlendur. Tout au long des enquêtes de notre héros, on le découvre vieux, malade (la tuberculose) mais qui inspire toujours autant le respect à son protégé. 

Mais revenons au duel - ce duel, c'est celui qui oppose à l'époque de la guerre froide, en 1972 les deux plus grands joueurs d'échecs au monde : Fischer pour les USA et Spassky pour l'URSS. Le duel est organisé sur l'île islandaise qui devient soudainement le centre du monde. Envahi d'espions, Briem est chargé d'enquêter sur le meurtre brutal d'un adolescent dans un cinéma.  Très vite, l'enquête va entrainer l'inspecteur Briem sur de multiples pistes dont celle de l'espionnage. 

L'enquête est comme toujours, chez le romancier islandais, rondement menée - Indridason adore y mêler l'histoire de son pays et se sert de son île natale comme la centrifugeuse de toutes les crises mondiales qui sévissent. La guerre froide, déjà évoquée à plusieurs reprises dans ses romans (comme de la présence de l'armée américaine) est au centre de l'histoire, symbolisée par le duel entre les deux joueurs d'échecs. 


Rassurez-vous, pas besoin de connaître les échecs pour suivre cette partie. Et comme à son habitude, le romancier entre dans la vie de ses personnages par la petite porte : ici la maladie de Briem, la turberculose,  qui comme les fjords qui obsèdent Erledur, accompagne l'inspecteur dans toute sa vie. J'ignorais tout de cette maladie (des opérations qui déforment les corps), des enfants envoyés loin de leurs familles, pour des mois, voire des années, soigner cette maladie et surtout l'impact de cette maladie sur l'Islande. Le pays fut apparemment victime dans les années 50 d'une véritable épidémie de tuberculose emportant de nombreuses vies, surtout celles de jeunes enfants.

Encore une histoire dans l'histoire et comme à son habitude Indridason dirige cette chorégraphie avec une main de maître. Quel plaisir de retrouver le romancier, son style épuré, chaque mot choisi avec soin - et en moins de trois heures j'avais dévoré le roman.

Pour les abonnés au magazine Lire, vous aurez lu la passionnante interview de l'auteur islandais - sa passion pour l'histoire de son pays et ce qui me passionne le plus : le processus d'écriture du romancier. Chaque mot est pesé et l'auteur rature peu - bref, il continue donc de m'impressionner. Je vous invite à lire son interview. 

Bref, vous l'aurez compris, un vrai coup de cœur !