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Wednesday, August 19, 2015

Rédemption

C'est en flânant en librairie, ou devrais-je dire, en regardant chaque livre (fiction) de chaque rangée que j'ai croisé le premier roman de Matt Lennox, Rédemption. L'auteur canadien est dans la vraie vie militaire et avait déjà été remarqué par la presse après avoir publié plusieurs nouvelles. Son premier roman, The carpenter, titre original, avait croisé mon chemin auparavant en lisant l'un de vous. Je ne sais plus qui. Aussi, en voyant le livre sous mes yeux, je n'ai pas pu résister.

Et surtout, chose rare, je l'ai lu presque de suite - il n'a même jamais connu ma bibliothèque. C'est en relisant la quatrième de couverture ce matin pour rédiger ma chronique que j'ai réalisé que celle-ci induit totalement en erreur le lecteur. Les personnages cités, Lee et Stan, sont bien décrits mais Stan ne pense nullement que Lee est responsable de la mort de la jeune femme. Qui a écrit cette quatrième de couverture ?!

Après 17 années derrière les barreaux, Leland (Lee) King est libéré. De retour dans la petite ville natale d'Ontario où il a grandi, il y retrouve sa famille. Sa soeur, mariée à Barry, pasteur, qui lui a trouvé un emploi et un logement. Leurs trois enfants, dont Pete l'ainé, né d'un autre lit, que Lee n'a pas connu car il est né deux mois après son incarcération et enfin sa propre mère Irène. Cette dernière est malade, atteinte d'un cancer incurable. Lee est bien décidé à tourner la page et a entamé une nouvelle vie. Lui qui a appris le métier de charpentier en prison (et en semi-liberté à Toronto) accepte de travailler pour un ami de Barry dans des maisons individuelles. Le travail est difficile, l'hiver est âpre et Lee ne compte plus ses heures. Il a arrêté de boire en prison et se tient à carreau. Ses seules distractions sont les repas chez sa sœur qui tient toujours ses distances, les visites à sa mère, hospitalisée, et puis Helen, la serveuse du restaurant où Lee a pris ses habitudes. 
Lee et Helen commencent à se fréquenter. La vie semble reprendre ses droits. Parallèlement, on suit Stan, tout jeune retraité de la police qui découvre un soir le corps inanimé d'une jeune femme, Judy, dans sa voiture. Un suicide. Stan a du mal à accepter ce verdict sans appel et décide de prendre contact avec la seule famille de la victime, sa soeur jumelle. Il apprend que Judy fréquentait un bon à rien avant son suicide. 

Enfin, il y a Pete, 17 ans - le neveu de Lee, qui ignore tout du crime de son oncle et de ses origines (il est né dans une autre ville puis est revenu à l'âge de 8 ans avec sa mère lorsque celle-ci a épousé Barry). Pete  grandit dans un foyer très pieu, religieux. Barry prêche à toute heure du jour et de la nuit et tout tourne autour de la religion. Dans cette maison, aucun autre sujet n'est abordé. Pete a grandi dans le silence, ainsi lorsqu'il quitte le lycée subitement - il ne se confie à personne. Il travaille à la station service, possède son propre véhicule et rêve de partir vivre à l'ouest. En rencontrant son oncle, Pete croit enfin avoir trouvé ici un moyen de découvrir qui il est réellement. Mais l'homme en face de lui désire tout l'inverse. 

Peu à peu, les langues se délient, le passé ressurgit et chaque personnage voit son destin basculé. 

Copyright DR

Je ne veux pas en dire plus, sinon que j'ai plongé dans le roman avec une telle facilité que j'en ai été surprise au départ. Puis, j'avoue que j'ai connu quelques moments de doute ; disons qu'habituée à un rythme plus soutenu (et pourtant j'adore Kent Haruf), je me suis surtout insurgée de voir que Lee commençait à lâcher prise, à dérailler.  Lee n'est pas responsable mais ses vieux démons ressurgissent et me voilà à penser "Non, Lee ne fais pas ça".  

Ce qui m'a énormément marqué ici, c'est le poids du silence - ce poids assourdissant qui mène chacun à leur perte. Pas uniquement celui pesant comme un fardeau sur les épaules de Lee ou de Pete, mais aussi de Stan ou de Frank, ou d'Emilie dont Pete s'éprend. Ici, on sait mais on ne parle pas. Ce sont juste des silences maladroits, des regards furtifs - qui vous font comprendre que vous êtes "l'un d'eux".  Une petite ville qui a voulu effacer une tragédie ancienne en multipliant les offices religieux. Les églises sont nombreuses, on y passe son dimanche, on y joue de la musique, on parle de Dieu mais jamais des hommes, de la vie.

Et puis j'ai replongé dans ma lecture et les langues se sont déliés, et le malheur a frappé quand la vérité a surgi. Je repense à une phrase magnifique entendue dans le film Oriana Fallaci (vu dernièrement au cinéma) : "la vérité est un comme un acte chirurgical, elle fait mal mais elle guérit". 

Si le titre français, Rédemption, peut porter à confusion - je pense plus à cette vérité qui va finir par surgir et aider l'un des personnages à enfin se délester d'un poids et à croire en l'avenir. 

Un très beau roman, sombre, avec une vision des petites villes de l'Ontario que je ne connaissais pas. La découverte d'un auteur dont je ne manquerai pas de lire le prochain roman !  

En cherchant quelques infos sur le net à son sujet, j'ai trouvé une photo. Matt Lennox est toujours militaire, il a combattu en Afghanistan à deux reprises - j'ignore si cette expérience personnelle lui a appris à sonder les profondeurs de l'âme humaine, mais le résultat me pousse à penser que oui. 

Un roman noir étourdissant. 


★★★★★

Livre de Poche, Albin Michel, Traduction France Camus-Pichon, 401 pages

Wednesday, May 27, 2015

Swan Peak

J'ai toujours en tête le visage buriné de Tommy Lee Jones lorsque j'aborde un roman de James Lee Burke mettant en scène Dave Robicheaux.  Cette fois-ci, Dave, son épouse Molly et son ami Clete Purcel ont mis le cap sur le Montana, loin de la Louisiane et surtout loin de l'ouragan Katrina. Swan Peak est l'endroit parfait pour oublier tous leurs soucis et profiter de merveilleux coins de pêches à la mouche. Mais un jour Clete est pris à partis par deux gros bras qui l'accusent d'avoir pénétré dans leur propriété. Le plus troublant étant que l'un d'eux connaît Clete et fait remonter à la surface une sordide histoire où un proxénète était mort dans un accident d'avion dans la réserve de Flathead, tout près d'ici. 

Si Dave Robicheaux veut retourner à ses poissons, Clete ne cesse de croiser la route de ces hommes de main de deux frères Texans, les Wellstone. Le premier ne se déplace jamais sans ses béquilles et des homme de main, et le second a le visage brûlé, défiguré par ses années de guerre. A ses bras, une ancienne chanteuse de country qui ne va pas laisser insensible Clete. 

L'histoire se complique lorsque les corps de deux jeunes étudiants sont trouvés sur la propriété de l'écrivain qui héberge Dave et Clete. La police est alertée et le FBI détache un agent sur place. Dave accepte d'aider le shérif local mais il doit sans cesse surveiller son meilleur ami qui ne cesse de s'attirer les ennuis les uns après les autres....

James Lee Burke a fait de Swan Peak le lieu où tous les ennemis se retrouvent, qu'ils soient originaires de la Louisiane ou du Texas, c'est au Montana que la bataille fait rage. Comme si cette nature somptueuse mais sauvage et impitoyable possédait un pouvoir hypnotique entrainant à la fois le passé, le présent et l'avenir de tous ces personnages en un seul lieu. 

Tous ces hommes convergent en ce lieu comme s'ils étaient victimes d'un sort et si le roman est foisonnant et exige du lecteur de la concentration (une multitude de personnages se croisent au départ), les nuages finissent par s'écarter et tout doucement tout devient clair pour le lecteur. Un moment de lecture extrêmement plaisant et à la fois stressant lorsqu'on réalise que l'apocalypse approche et que rien ne peut l'empêcher. 

James Lee Burke montre ici une autre facette de ses personnages fétiches : un Dave Robicheaux moins posé, plus hargneux et moins tolérant - prêt à en découdre pour aider son ami mais aussi en colère contre ces hommes qui viennent souiller ce havre de paix. Quant à Purcel, que dire ? Sinon qu'il est à fleur de peau et qu'il ne cesse de prendre des risques et de chercher les noises. Il va d'ailleurs les trouver.

Tout autour d'eux gravitent ces hommes de main, ces paumés, ces hommes sadiques dont Burke ne cesse de répéter que la nature humaine ne se contrôle pas et qu'ils trouveront ici ce qu'ils sont venus chercher, la mort, sous-entendu. 

Milwaukee Road 

"Woody Guthrie, à l'époque, était persuadé que ce pays était une immense chanson et Jimmy Dale était persuadé que c'était toujours le cas. Si l'on sautait sur un flatwheeler en route pour l'ouest du Kansas, on pouvait, dans la même journée, voir de silos se découper contre un ciel de tempête, des océans de blé vert s'agiter dans le vent, puis, à l'est du Colorado, des collines couvertes d'armoises, et les Rockies s'élever sur la terre dure dans le scintillement d'un soleil brûlant - bleues et couronnées de neige, bardées de nuages. La même nuit, votre wagon glisserait de l'autre côté du Grand Divide, ses roues bloquées et grinçantes sur des rails rendus sonores par le froid au clair de lune. C'était juste une question de choix. "(p.392)

Mais si Burke signe ici un roman sombre et particulièrement violent, il laisse cependant au lecteur une petite lueur d'espoir en la personne de Jimmy Dale. J'ai été totalement enchantée et envoutée par cet homme métis à l'histoire complexe. Musicien talentueux (Burke n'a jamais autant parlé de musique country), Jimmy est un homme amoureux et c'est son amour qui va le conduire en prison. Envoyé dans une prison privée pour quelques années, il se tient à carreaux en attendant une possible liberté sur parole mais il va croiser la route de Troyce Nix, un gardien, ancien Marine viré de l'armée après le fameux Abou Ghraib. Celui-ci est un homme violent et sadique qui va voir en ce très bel homme un futur héros de ses jeux sexuels pervers. Jimmy va profiter d'une prochaine tentative pour blesser violemment son agresseur et s'enfuir vers le Montana. Lancé à sa poursuite, Troyce Nix va croiser la route d'une femme Candace, qui va peu à peu lui redonner son humanité. 

Jimmy Dale retrouve ici les terres de ses ancêtres et va mener un combat solitaire - contre ces hommes qui lui ont pris sa femme mais aussi contre lui-même, est-il un assassin ? Ou un homme bien pris à parti? Burke va s'interroger sur cette violence qui gangrène les hommes, y-a-t-il un moyen d'en échapper ? Une forme de rédemption est-elle possible ? Et Burke surprendra sans doute quelques lecteurs à la fin. 

"Mais sil y a une plus grande leçon à tirer ce qui s'est passé dans la clairière, c'est sans doute le simple fait que les véritables gladiateurs du monde sont d'origine si humble et d'apparence si banale que si on fait la queue derrière eux dans une épicerie, on peut pas devenir à quel point le feu de leur âme peut éclairer les ténèbres "(p. 548)

James Lee Burke a écrit ici un roman puissant, violent mais passionnant comme les terres humides de Swan Peak.  Ces routes sinueuses qui traversent les Rocheuses, vous entrainent vers Coeur d'Alène, ou Missoula .. j'ai eu la chance de les emprunter à plusieurs reprises. La nature y est majestueuse, elle vous entoure de ses arbres immenses, vous enveloppe d'une brume et vous plonge dans une atmosphère étrange. Burke sait parfaitement la retranscrire. 

Ce roman (presque 600 pages) est encore une ode formidable à la nature. Décidément, le Montana ne laisse personne indécis. Même si j'avoue que j'ai de nouveau envie de retrouver ce bon vieux Robicheaux en Louisiane.

J'ai partagé cette lecture avec Hélène du blog Lecturissime. Filez-voir son billet ! J'ai hâte de le découvrir également. 

★★★★★


Editions Rivages, Noir, traduction Christophe Mercier, 557 pages

Thursday, April 2, 2015

Pike

"Benjamin Whitmer, c'est Shakespeare qui aurait baisé avec Ellroy !" Olivier Marchal

C'est avec cette citation, ainsi que la quatrième de couverture et un extrait (tous disponibles sur le site de Gallmeister) que je me suis laissée tenter par l'histoire. 

Douglas Pike est de retour après des années d'absence dans cette bourgade des Appalaches où il vit de petits boulots, loin de son passé tumultueux. Son seul ami est Rory, un jeune boxeur qui rêve d'être repéré et de faire carrière mais doit pour l'instant se contenter de matches, parfois truqués, contre les étudiants d'université. 
Alors que les deux hommes déjeunent tranquillement une jeune femme débarque accompagnée d'une gamine de douze ans, Wendy. Elle annonce alors à Pike que sa fille unique est décédée et qu'il doit dorénavant s'occuper de sa petite-fille et repart sans elle. 

Au même moment, un flic pourri jusqu'à la moelle, Derrick, abat de trois balles un jeune homme noir dans la banlieue de Cincinnati. La ville se déchaine, les émeutes ne sont pas loin. 

Bientôt, leurs chemins vont se croiser.

Benjamin Whitmer, est né en 1972 et vit à Denver (Colorado) où selon l'éditeur, il passe le plus clair de son temps à hanter les librairies et les stands de tir. Je n'en doute pas une seconde. Whitmer est tout sauf un citoyen américain lambda. En premier lieu, le romancier américain a choisi de remonter le temps, dans les années 80 à l'ère Reagan. En ce temps-là, on aime les armes et l'on s'en sert.

Ici, tout le monde est perdant, la classe ouvrière n'a pas goûté au bonheur américain. Bruce Springsteen accompagne tous les losers (amusant car je suis fan du chanteur aussi je connaissais les paroles), il s'adresse à tous ces laissés pour compte de l'Amérique triomphante. Et même si le héros se découvre une nouvelle raison de vivre en la personne de Wendy, celle-ci est déjà aussi désabusée à 12 ans que son grand-père à à peine cinquante ans.

"Une fois sobre, faut toujours faire ce qu'on a dit qu'on ferait quand on était bourré. C'est comme ça qu'on apprend à fermer sa gueule.
Pike se tourne vers lui (...) - C'est du Hemingway, dit Roy en souriant. C'est Wendy qui me l'a apprise. Ca colle pas mal, hein ? Même si j'étais pas bourré." (p.85) 

C'est l'Amérique des perdants. Que ce soit les jeunes hommes noirs des banlieues de Cincinnati qui ne côtoient que drogues, gangs et violence ou les jeunes "white trash"  ploucs blancs de la campagne - tous ont perdu tout espoir en leur pays. Ici point de joyeux "happy end", l'avenir n'est qu'une suite de déconvenues. La vie ne vous épargne pas et ne vous fait pas de cadeau.

Lorsque Pike s'embarque dans la chasse à l'homme, désireux d'apprendre qui a fourni à sa fille la dose mortelle de drogue, il sait qu'il n'en rapportera rien de bon. Tout au long de ce périple, l'homme se souvient de ses années au Mexique où il avait l'impression d'être au paradis. Le voilà soudainement chargé de l'éducation d'une gamine qui a grandi toute seule, fume et l'envoie balader. 

Pike est un roman NOIR, ce n'est pas un polar, ici pas de victime, pas de flic ou de détective privé, pas d'enquête - ici pas de rédemption. Tragédie. La preuve ? Le seul flic de l'histoire est violent et corrompu jusqu'à l'os. Les balles fusent et les corps tombent. Ca déménage chez Whitmer.

"Alors écoute. J'ai jamais vu personne foutre en l'air sa vie dans les grandes largeurs sans se prendre pour quelqu'un de spécial. Et les trous à rats dans lesquels les types de ce genre se sont enterrés avaient exactement la forme de leurs rêves". (p.84)

Avec Whitmer, vous allez vous embarquer dans une virée qui vous fera parfois chavirer le coeur ou parfois vous fera hoqueter. Whitmer a son propre style, parfois brut mais aussi teinté de lyrisme comme lorsqu'il décrit les paysages de son pays. Ce pays immense qui ressemble encore à un western où on tire à peu près sur tout ce qui bouge et où l'ont croit qu'il faut toujours aller vers l'Ouest. 

Les Appalaches, ça me parle - j'ai étudié dans une fac nichée dans une de ces montagnes au Tennessee. Je me souviens de ces bourgades que l'on traversait. L'été indien y était sublime mais honnêtement vous n'aviez jamais envie de vous arrêter dans ces bourgades. Pike m'y a ramené et je l'ai suivi, avec beaucoup de plaisir.

"Pike roule toute la nuit sur les petites routes. Puis toute la journée suivante. Traverse d'abord le Tennessee, puis l'Arkansas, jusqu'à presque ne plus en pouvoir. Ces montagnes basses et amples avec des logements pour esclaves derrière chaque ferme, où vous ne pouvez pas faire un pas sans écraser une pointe de flèche indienne sous votre botte. Et pas une seule des bourgades qu'il traverse ne lui donne envie de s'arrêter." (p.281).

Au salon du Polars à Lyon, une internaute a décrit Benjamin Whitmer ainsi "B.Whitmer a un sourire de loup et un regard bleu d'enfant." Elle a très bien résumé le livre. Et j'ai hâte de pouvoir soutenir ce regard mercredi prochain à la librairie où il est attendu ;-)

Pat Garrett and Billy The Kid - Sam Peckinpah

Edit : J'ai donc rencontré le fameux Benjamin Whitmer ce soir à la librairie Les Nuits Blanches. Je l'ai trouvé fatigué, il m'a répondu que c'était sa tête normale. Il possède 5 armes, en porte une quand il ne sent pas sécurité, fume et boit quand il n'a pas la garde de ses gosses. Déteste les pigs,  les flics, il les fuit comme la peste. Ils ont tué son meilleur ami.  Avoue une relation haine/amour avec les armes et son pays et aime se lâcher dans ses livres, on le croit. Whitmer ne croit pas au rêve américain. Il bosse pour vivre, sa nouvelle carrière de romancier ne suffit pas, et il n'a pas choisi la voie la plus facile. Car romancier, c'est une chose - mais auteur de romans noirs c'est être le chien qui mord la main du maître qui le nourrit. D'ailleurs, les chiens, il les aime pas beaucoup.

Quand je lui ai demandé d'où lui venait son inspiration, il m'a répondu que pour Pike, il avait rêvé la nuit d'une homme à forte carrure marchant dans les bois tenant à la main une petite fille.

Il a bien insisté sur le genre de ses romans : noir. C'est le coeur du système qui est pourri, ici pas de bon samaritain. Il y tient. Comme il l'a dit (c'est mieux en anglais) : "My books are all about tragedy. I want to break your heart".

Il est drôle, très drôle - accessible, sans concessions, sans fard. Loin du politiquement correct qui nous fait souvent bondir. Il vous regarde droit dans les yeux quand il vous dédicace son livre, enfin pour moi, ce fut à deux reprises (j'ai acheté son dernier Cry Father) - il apporte un vent d'ouest comme on les aime à Nantes. Hâte de lire son deuxième opus et un jour son troisième (il travaille lentement nous dit-il, mais ça parle de prison, d'évasion, des années 40...).

Et si vous doutez encore : il aime les bonnes choses et les bonnes gens : Sam Peckinpah (le réalisateur de La Horde Sauvage (Wild Bunch), Guet-apens et Junior Bonner avec McQueen,  Les chiens de paille, Pat Garrett and Billy the Kid, etc.). J'ai vu et revu tous ces films avec mon père quand j'étais encore une gamine.  Mon père m'a permis de découvrir cette autre Amérique.

Et Whitmer de lâcher qu'il aime aussi Johnny Cash, Waylon Jennings, Bob Dylan, Cormac McCarthy, Dennis Lehane et l'activiste John Brown. 



Mama, take this badge off me
'cause I can't use it anymore
It's getting dark, too dark to see
I feel like I'm knockin' on heaven's door

Knock, knock, knockin' on heaven's door
Knock, knock, knockin' on heaven's door
Knock, knock, knockin' on heaven's door
Knock, knock, knockin' on heaven's door

Mama, put that gun to the ground
'cause I can't shoot them anymore
There's a long black cloud comin' on down
I feel like I'm knockin' on heaven's door

Bob Dylan, original song from Pat Garrett and Billy The Kid's movie (Sam Peckinpah)


Vous l'aurez compris : une rencontre à la hauteur de mes espérances et une forte envie de lire son deuxième roman ;-)
★★★★★

Gallmeister, Neonoir,  traduction Jacques Mailhos, 286 pages, partenariat.

Thursday, February 19, 2015

Les nuits de Reykjavik

Retrouver le personnage d'Erlendur chez Arnaldur Indriðason, c'est pour moi comme si c'était à nouveau Noël. Ainsi tous les ans, début janvier, je guette la sortie du prochain opus des aventures du policier islandais. J'ai beau connaître le personnage, je suis toujours aussi excitée à l'idée de m'envoler pour l'Islande pour quelques heures.
C'est exactement ce qui s'est passé le week-end dernier. J'ai lu le livre en deux fois, avalé, digéré. Je me suis délectée.

Le romancier islandais a choisi, comme dans son roman précédent, Le Duel, de remonter le temps et de nous présenter l'une des premières enquêtes du policier, encore toute jeune policier émoulu dans son uniforme.

Je ne le cache donc pas : cet opus est un des meilleurs de la série qui nous prouve une fois de plus le talent de conteur d'Indridason.

L'histoire ? Erlendur, tout jeune policier, vient d'entrer dans la police et se voit confier les patrouilles de nuit. Les nuits de la capitale islandaise sont loin d'être calmes : accidents de la circulation, bagarre de bars, beuveries, vols, contrebande, violence domestique, etc. Un soir, des enfants qui jouent dans les tourbières découvrent le cadavre d'un clochard flottant à la surface. Erlendur l'avait croisé à plusieurs reprises, et le policier décide, un an après les faits, d'enquêter sur ce décès, classé accidentel. 

A cette histoire, se croisent d'autres histoires - celles de personnes disparues, comme cette jeune femme à la sortie d'un bar, disparue il y a un an également ou cette écolière, jamais rentrée chez elle. Le lecteur découvre ici qu'Erlendur n'a pas beaucoup changé depuis cette époque tourmentée : il est taciturne, solitaire et passionné par son métier. Il collectionne déjà les récits de disparitions dans les fjords. Il aime Reykjavik même s'il pense souvent à son enfance dans les fjords. Erlendur est déjà une âme ancienne.

J'admire toujours autant l'immense talent d'Indridason, celui de nous entrainer avec Erlendur dans les bas-fonds de la ville ou dans les banlieues aseptisées et froides de la capitale. Comme à son habitude, l'auteur sème des graines ci et là, des indices. Je me suis laissée totalement happée par l'histoire et j'ai suivi les pas d'Erlendur, même lorsque le policier se trompe, je le suis. Ce que j'aime ici, c'est que la science n'est pas omniprésente, Erlendur n'est pas un super flic. Il suit des fausses pistes. Mais il est tenace, persévérant, n'abandonne jamais et peu à peu, comme pour un puzzle, les morceaux recollés finissent par faire apparaitre une image.

"Le ciel était lourd. La pluie s'était remise à tomber. Il la regarda monter et s'installer près de la vitre pour continuer son errance perpétuelle à travers la ville, sans se soucier de sa destination. Sa vie était un voyage sans but et, en voyant l'autobus s'éloigner de Hlemmur, Erlendur avait presque l'impression de se voir à sa place, voyageur solitaire et sans but, condamné à une éternelle errance dans l'existence" (page 188) 



Ce thriller est l'un des meilleurs lus dernièrement pour moi. Car ici il se déroule loin des poncifs du genre : pas de course poursuite (sinon pour de menus larcins), pas d'arme, pas de tests ADN. C'est en interrogeant et en écoutant les témoins qu'Erlendur reconstruit peu à peu les faits. Cet excellent roman ne se contente pas d'être un bon thriller, il s'adresse à nous, lecteurs, en nous entrainant dans le monde des disparus et celui des invisibles, les clochards mais aussi ces épouses de banlieues régulièrement violentées par leurs époux. Ces derniers ne frappent jamais au visage. Tout se tait. Tout se cache. Erlendur se confie peu, même à sa petite amie. Erlendur et sa vie amoureuse, tout un chapitre, que je vous laisse découvrir.

J'ai toujours aimé, au fil de ses romans, le style aiguisé, précis, sans fioriture du romancier islandais. Ici, il fait encore un pas de plus. Arnaldur Indridason écrit sur les hommes, leurs faiblesses, leurs craintes. Il dresse un portrait sans fard de la société.

Comme dans son roman précédent, l'auteur fait un clin d’œil à ses lecteurs en nous proposant ici la rencontre entre le jeune Erlendur et son mentor, Marion Briem. Pour les curieux, je suis les aventure d'Erlendur depuis le début et vous pouvez trouver mes chroniques sur quelques uns de ses récits : Étranges rivages, La muraille de lave et plus récemment Le duel.

En conclusion, un délicieux moment pour moi, hors du temps, au pays des glaces. Un gros coup de cœur.

★★★★★

Editions Métailié Noir, traduction Eric Boury, 261 pages

Wednesday, December 31, 2014

Noir

J'ai décidé de découvrir un univers que je connais mal : les bande-dessinées. Et puis, lorsque j'ai l'esprit occupé, je trouve ça plus facile de lire une BD. J'ai choisi par hasard deux d'entre elles à la médiathèque (j'aurais pu en prendre plus), dont Noir de Götting. J'ai été en premier lieu attirée par le trait, le coup de crayon de l'artiste.

Puis j'ai été happée par l'histoire.  Ici tout est parfaitement maitrisé : Le scénario, le rythme, le suspense, un thriller avec une bonne dose de rebondissements et l'ironie finale de l'histoire qui est un signe de marque de tout bon roman noir. 

Je lis à présent en deuxième page de couverture que Jean-Claude Götting souhaitait rendre hommage au cinéma et au roman noir américain.

Croyez-moi : il y est parfaitement parvenu. 


La lecture de cette bande-dessinée peut à la base dérouter par son style : les coups de crayon de l'artiste peuvent sembler parfois grossiers, mais ils apportent en vrai une atmosphère particulière à l'histoire. De mon côté, ayant dessiné au fusain, j'ai été attiré par ce style et j'ai tout de suite accroché. Le monde de Götting n'est ni noir, ni blanc - mais une mosaïque de gris, l'absence de couleurs peut troubler au départ - mais n'est-ce pas le propre d'un roman noir?

En tout cas, j'ai vraiment aimé l'histoire et j'ai lu la bande-dessinée d'une traite.






Vous l'aurez compris, j'ai eu le coup de foudre pour cette histoire et pour le dessinateur. 

J'ai découvert que l'artiste a délaissé pendant longtemps son coup de crayon pour jouer à l'illustrateur, mais qu'il est revenu récemment à la bande-dessinée, pour Noir en 2012 mais également comme scénariste dans Pigalle 62,27.  J'aimerais bien découvrir ces premières œuvres qui lui avaient apporté la reconnaissance dans les années 80 dont Crève-coeur. 

L'artiste, aux multiples facettes, expose souvent ses œuvres dont des esquisses qui l'ont inspiré pour écrire Noir. Vous pouvez voir son travail sur son site personnel. 



En attendant, si comme moi vous aimez les romans noirs, j'ai trouvé par hasard à la médiathèque une vraie pépite sous la forme d'un roman graphique. A lire vite !