C'est par hasard que j'ai croisé ce livre en bibliothèque et en voyant la couverture, j'ai immédiatement pensé au Montana - à Missoula, à la pêche à la mouche et à Robert Redford. Il me fallait donc faire une légère entorse à mon programme de lecture estivale en repartant avec La rivière du sixième jour de Norman Mclean. Sachez que ce titre est la version française car le titre original est bien A river runs through it qui a donné son nom au film et ici à ma chronique.
J'avais évidemment vu l'adaptation cinématographique signée Robert Redford et adoré le film. Il me tardait donc de lire le livre, chose faite en une journée. Le livre est court mais dense - Robert Redford y trouve les mots magnifiques d'où son désir de les porter à l'écran et il n'a pas eu tort. Norman Mclean (attention au "l" minuscule, il y tient, c'est dit dans le livre) raconte ici sa jeunesse et les années passées dans l'ouest du Montana entre sa famille, son père pasteur presbytérien et son frère cadet Paul. Les deux frères sont passionnés par la pêche. La première du livre le résume bien : "Dans notre famille, nous ne faisions pas clairement le partage entre la religion et la pêche à la mouche".
Ainsi, leur père croyait fort que les disciples de Jésus étaient tous des pêcheurs et pratiquait lui-même la pêche à la mouche tout en fabriquant ses propres mouches. La famille Mclean consacrait le jour du Seigneur à la prière jusqu'au soir. Mais les autres jours, les deux frères le consacraient à la pêche. En grandissant, Norman réalise très vite que son Paul (interprété par Brad Pitt) est meilleur pêcheur que lui. Leur père n'est pas un grand lanceur de mouches, mais il a un geste précis et élégant. Norman est doué mais pas autant que son frère qui consacre tout son temps entre le jeu, la boisson, les femmes et la pêche. Les années passent, Norman s'est marié et travaille mais continue de rejoindre Paul dans des coins de rivière souvent inconnus des "pêcheurs du dimanche", il ne parle pas des touristes mais d'autres habitants du Montana venant des villes (Great Falls entre autre).
Je ne vous le cache pas : le livre est au trois-quart dédié entièrement à la pêche à la mouche - la première partie vous enseigne la théorie et la pratique - Mclean y professe ici tout son talent et son don de formateur, cela pourra dérouter quelques lecteurs. Mais accrochez-vous car bientôt en plus du geste presque religieux du lancer à la mouche, viendra s'ajouter cette symbiose entre l'homme et la nature - Paul est dans son élément - il se confond avec la rivière. Le titre n'est pas anodin, la rivière symbolise la vie avec des parties apaisées, calmes puis des rapides, des chutes et surtout son abondance en poissons. La rivière déborde, emporte tout. Paul est tout sauf reposé pourtant lorsqu'il pêche, il se transforme. Loin de ses démons, il laisse la nature lui apporter la plénitude et la paix qu'il ne trouve nulle part ailleurs.
Et je n'oublie cette relation fraternelle - peu de mots échangés, mais une compréhension parfaite. Une gêne aussi : l'aîné sait que son frère est plus doué, qu'il est aussi le préféré de sa mère. Il s'inquiète également de savoir qu'une fois hors de la rivière, il ne résiste pas à la tentation. Ses dettes de jeu augmentent, il s'attire des ennuis et parfois Norman doit se battre à ses côtés.
"Il y avait certaines questions relatives à l'univers sur lesquelles mon père n'avait pas l'ombre d'un doute. Toutes les bonnes choses, estimait-il - que ce soit la truite ou le salut de l'âme - viennent par la grâce. La grâce vient par l'art et l'art est difficile".
Que dire de plus ? Sinon que j'ai dévoré ce livre - j'ai replongé avec plaisir dans cette nature sublime que nous offre le Montana - j'ai entendu le son de la rivière, vu les écailles brillantes et la gueule ouverte des truites au bout des lignes, les mouches colorées accrochées au chapeau de Paul. J'ai vu le lien entre les deux frères et su que ce livre était une déclaration d'amour d'un frère à un autre, trop tôt disparu.
"Et donc, par cet après-midi radieux où tout venait concourir à l'harmonie générale, il me fallut un lancer, un poisson, et quelques conseils acceptés de plus ou moins bonne grâce, pour accéder à la perfection. Je n'ai plus manqué une seule truite". (p. 124)
Mclean (un "L" majuscule signifierait qu'il vient des terres écossaises or sa famille est originaire des îles) est un enchanteur, un magicien des mots.
"Alors, dans le demi-jour boréal du canyon, tout ce qui existe au monde s’estompe, et il n’y a plus que mon âme, mes souvenirs, les voix mêlées de la Blackfoot River, le rythme à quatre temps et l’espoir de voir un poisson venir à la surface.
A la fin, toutes choses viennent se fondre en une seule, et au milieu coule une rivière. La rivière a creusé son lit au moment du grand déluge, elle recouvre les rochers d’un élan surgi de l’origine des temps. Sur certains des rochers, il y a la trace laissée par les gouttes d’une pluie immémoriale. Sous les rochers, il y a les paroles, parfois les paroles sont l’émanation des rochers eux-mêmes".
Je ne vous le cache pas : le livre est au trois-quart dédié entièrement à la pêche à la mouche - la première partie vous enseigne la théorie et la pratique - Mclean y professe ici tout son talent et son don de formateur, cela pourra dérouter quelques lecteurs. Mais accrochez-vous car bientôt en plus du geste presque religieux du lancer à la mouche, viendra s'ajouter cette symbiose entre l'homme et la nature - Paul est dans son élément - il se confond avec la rivière. Le titre n'est pas anodin, la rivière symbolise la vie avec des parties apaisées, calmes puis des rapides, des chutes et surtout son abondance en poissons. La rivière déborde, emporte tout. Paul est tout sauf reposé pourtant lorsqu'il pêche, il se transforme. Loin de ses démons, il laisse la nature lui apporter la plénitude et la paix qu'il ne trouve nulle part ailleurs.
Et je n'oublie cette relation fraternelle - peu de mots échangés, mais une compréhension parfaite. Une gêne aussi : l'aîné sait que son frère est plus doué, qu'il est aussi le préféré de sa mère. Il s'inquiète également de savoir qu'une fois hors de la rivière, il ne résiste pas à la tentation. Ses dettes de jeu augmentent, il s'attire des ennuis et parfois Norman doit se battre à ses côtés.
"Il y avait certaines questions relatives à l'univers sur lesquelles mon père n'avait pas l'ombre d'un doute. Toutes les bonnes choses, estimait-il - que ce soit la truite ou le salut de l'âme - viennent par la grâce. La grâce vient par l'art et l'art est difficile".
Que dire de plus ? Sinon que j'ai dévoré ce livre - j'ai replongé avec plaisir dans cette nature sublime que nous offre le Montana - j'ai entendu le son de la rivière, vu les écailles brillantes et la gueule ouverte des truites au bout des lignes, les mouches colorées accrochées au chapeau de Paul. J'ai vu le lien entre les deux frères et su que ce livre était une déclaration d'amour d'un frère à un autre, trop tôt disparu.
"Et donc, par cet après-midi radieux où tout venait concourir à l'harmonie générale, il me fallut un lancer, un poisson, et quelques conseils acceptés de plus ou moins bonne grâce, pour accéder à la perfection. Je n'ai plus manqué une seule truite". (p. 124)
Mclean (un "L" majuscule signifierait qu'il vient des terres écossaises or sa famille est originaire des îles) est un enchanteur, un magicien des mots.
"Alors, dans le demi-jour boréal du canyon, tout ce qui existe au monde s’estompe, et il n’y a plus que mon âme, mes souvenirs, les voix mêlées de la Blackfoot River, le rythme à quatre temps et l’espoir de voir un poisson venir à la surface.
A la fin, toutes choses viennent se fondre en une seule, et au milieu coule une rivière. La rivière a creusé son lit au moment du grand déluge, elle recouvre les rochers d’un élan surgi de l’origine des temps. Sur certains des rochers, il y a la trace laissée par les gouttes d’une pluie immémoriale. Sous les rochers, il y a les paroles, parfois les paroles sont l’émanation des rochers eux-mêmes".
J'ai eu la chance d'aller à Missoula, de voir la Blackfoot River mais au fur et à mesure que le temps passe, je me dis qu'il est peut-être temps d'envisager d'y retourner !
★★★★★
Editions DeuXTEMPS Tierce, traduction Marie-Claire Pasquier, 147 pages









