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Wednesday, May 6, 2015

Aucun homme ni dieu

« Le premier enfant disparut alors qu'il tirait sa luge sur les hauteurs du village. Sans un bruit - nul cri, d'homme ou de loup, pour témoin.» 

" Les loups descendirent des collines et prirent les enfants de Keelut. Le premier enfant disparut alors qu'il tirait sa luge sur les hauteurs du village. La semaine suivante, une autre fut enlevée tandis qu'elle longeait les cabanes près de l'étang gelé. Et voilà qu'au milieu des volutes blanches de l'hiver, un troisième était arraché à leur village, celui-ci sur le seuil même de sa maison. Sans un bruit - nul cri, d'homme ou de loup, pour témoin.
Toutes les femmes étaient affolées, celles qui avaient perdu leurs enfants, inconsolables" 

«Épique, implacable et magnifiquement maîtrisé.»
Dennis Lehane

Nul besoin d'en dire plus au sujet de ce livre. En lisant ces extraits, le lecteur comprend immédiatement ce qu'il l'attend. Ce roman n'a eu de cesse de m'appeler, comme un loup qui appelle ses congénères. Je n'ai cessé de le croiser ci et là et le billet de Marie-Claude aura fini de me convaincre (oui, encore elle!). 

Je ne suis jamais allée en Alaska mais un ami très cher a fait le choix de s'installer là-bas (le Montana n'étant pas assez sauvage selon lui). Ce roman nous entraine aux confins de l'Etat - l'un des derniers territoires sauvages, où l'homme, prédateur naturel, n'arrive pas à tenir tête à une nature puissante et impardonnable.

Pour ceux qui aiment le cinéma, ils peuvent fermer les yeux et revoir quelques images du voyage de Christophe McCandless, le héros malheureux d'Into the wild. 

Lorsque Russell Core arrive dans le village de Keelut, il comprend qu'il vient de franchir une frontière invisible, celle qui sépare la civilisation occidentale de la nature mystique. La raison, les règles de la vie en communauté n'ont plus loi ici. 

Dans la mythologie Inuit, Keelut, connu également sous le nom de Qiqion, Qiqirn est un esprit malin du monde des ténèbres qui ressemble à un chien sans poil. On dit qu'il se nourrit des morts, et parfois qu'il est le présage d'une mort imminente. Il n'a des poils que sur les pattes, aussi il ne laisse aucune trace de son passage, ne laissant aucune chance aux créatures qu'il chasse d'être averti de sa présence. (source : wikipedia)

Core, brisé par la vie (sa femme est allongée dans un coma profond depuis plus d'un an et demi et il n'a plus de nouvelles de sa fille), a accepté de venir aider Medora Slone, la mère du dernier enfant enlevé. Celle-ci l'accueille dans son humble demeure, elle lui raconte les loups descendus de la colline venus prendre son unique enfant. Sa rage, son impuissance, l'absence de son mari, parti depuis un an faire la guerre en Afghanistan. Elle a lu et relu le livre de Core consacrés aux loups et croit qu'il est le seul capable de s'élancer à la poursuite de la meute pour retrouver, ne fut-ce que les ossements de son fils.

"Dans sa lettre à Russell Core, trois jours pile après qu'on lui eut pris son fils, elle écrivit qu'elle n'avait pas espéré le retrouver vivant. Son sang s'étalait en une traînée dentelée de l'arrière de leur porche jusqu'aux bois clairsemés qui s'étendaient dans les collines au-dessus. Mais elle avait besoin de son corps, ou au moins de ce qu'il en restait, même si ce n'étaient que des os. C'est pour cela qu'elle écrivait à Core, disait-elle. Elle avait besoin qu'il lui rapporte les os de son fils et peut-être aussi qu'il abatte le loup qui l'avait pris. Personne dans le village ne partirait chasser les loups.
«Mon mari doit revenir de la guerre très bientôt, lui écrivait-elle. Il faut que j'aie quelque chose à lui montrer. Je ne peux pas ne pas avoir les os de Bailey. Je ne peux pas ne rien avoir.»

Mais la jeune femme, au teint diaphane et aux cheveux blonds a disparu le matin. Core décide de partir à la recherche de la meute et s'enfonce dans la toundra, la température est tombée sous les quarante et très vite un brouillard épais emprisonne le romancier, l'entrainant dans un monde de silence. 

Copyright Wildlife Moments

Les mots me sont venus si difficilement pour ce billet, comme c'est le cas à chaque fois que j'écris sur un livre qui m'a profondément marqué. Car la puissance de ce roman réside en cette capacité à emmener le lecteur dans cette immensité blanche où tout est danger, le froid mais également la sueur (qui peut geler et vous tuer), le soleil qui vous trompe et fait fondre le sol... 

Quand la mort vous surprend, elle vient à vous pernicieuse, silencieuse, trompeuse. Elle vous réchauffe, vous fait suer, puis trembler, puis geler, elle étouffe vos cris puis vous endort, ce blanc immense devient votre linceul. Le blanc ne sera tâché que par votre sang lorsque la meute arrivera pour déchiqueter, arracher vos muscles, vos intestins. Et comme Core, on les attend et on les remercie presque de venir vous libérer. 

Mais je mentirais en disant que le roman se concentre sur le personnage de Core, car c'est faux. L'animal sauvage dans ce roman n'est pas le loup, mais l'homme.  William Giraldi renvoie le lecteur à l'Alaska sauvage, celui des croyances indiennes - des esprits malins, des mauvais sorts et où l'homme paie pour avoir trahi la nature. Vernon, l'époux de Medora, au teint diaphane et aux cheveux blonds viendra vous hanter longtemps après votre lecture. Ici l'homme porte un masque, mi-homme, mi-bête... qui sommes-nous finalement ? 

En cherchant les mots pour exprimer tout le bien que je pense de ce livre, toutes ces émotions que ce roman m'a procurées - j'ai compris qu'il est essentiel de dire ici que je crois en un lien très fort entre l'homme et la nature. Ce lien qui explique sans doute mon amour pour tous ces romans, comme ceux de Pete Fromm qui redonne à la nature sa place naturelle.  Qui rappelle à l'homme qu'il n'est qu'un tout petit grain de sable dans le désert de Mongolie. Mais je m'égare...



J'ai eu la chance d'aller à la rencontre d'une meute de loups lorsque j'habitais le Montana. Un passionné y avait créé un refuge. Il acceptait quelques visites, il nous a emmené nous approcher d'eux. Je suis passionnée par cet animal depuis mon enfance, aussi étais-je très nerveuse. Ils sont apparus, à deux endroits. Plus petits que dans mon imaginaire, plus beaux aussi.  Auparavant, il nous avait expliqué comment "hurler", comment imiter le chant si particulier de cet animal. Nous avions tous plus ou moins rigolé, mais lorsqu'il a nous fait signe de recommencer, alors que la meute nous entourait presque, tout le monde s'est tu et s'est regardé. Puis doucement, en posant notre main sur notre ventre, nous avons commencé à hurler et presqu'immédiatement un loup derrière nous s'est mis à hurler, bientôt suivi par le reste de la meute. Inutile de vous dire l'immense émotion qui nous a parcouru à cet instant-là. J'en ai pleuré tout comme mon petit ami de l'époque, un grand gaillard américain. 

Pour en revenir au roman, il a laissé perplexe pas mal de lecteurs - sans doute parce que ceux qui connaissent peu les croyances indiennes auront sans doute parfois du mal à comprendre cette nature violente, ces loups carnassiers, ces pratiques occultes, la violence de certains personnages.... Un roman épique, brutal, bestial, primitif.  Un roman qui se transforme en polar, une chasse à l'homme qui ne ressemble à aucune autre. Car le seul juge de l'homme n'est-il pas la nature ? Le lecteur est donc entrainé loin de tous ses repères. La rencontre entre l'homme et l'animal peut avoir lieu...

Les Américains n'ont eu de cesse de comparer l'oeuvre de Giraldi à celle de McCarthy - moi qui ai lu un roman de ce dernier (La route), je vois bien quelques traits communs mais je n'ai jamais songé à McCarthy en lisant Giraldi ou au fait qu'il soit inspiré par McCarthy. Si tous deux dénoncent en effet à leur manière la destruction de la nature par l'homme, chacun occupe parfaitement sa place dans le monde littéraire. Et Girarldi mérite tout autant l'attention des passionnés de lecture. 

Il faut donc faire place nette avant de se lancer dans cette lecture, décider de quitter un temps le monde civilisé, oublier les règles de vie en société, accepter de traverser cette frontière invisible, affronter une nature impitoyable et s'accrocher à ce fil tenu qu'est la vie. 


★★★★★



Editions Autrement Littératures, traduction Mathilde Bach, 308 pages

Monday, May 4, 2015

Buvard

J'ai à peine reposé* ce livre reçu dans le cadre du challenge Prix des Lecteurs Nantais et je l'ai lu en à peine deux jours. Un bon signe me direz-vous? Oui et non (* billet écrit il y a trois semaines environ)

Oui, parce qu'il est évident qu'il a su déclencher chez moi l'envie de ne plus le lâcher, un peu comme un roman à suspense, un vrai page-turner.  Il est clair que quelque chose, que je ne peux nommer, me poussait à enchainer les pages et à lire très vite ce roman. Je prenais du plaisir à dévorer les mots de la jeune romancière mais une envie sous-jacente prenait le pas : celle de dire très vite au revoir au personnage principal.

Une lecture qui ne m'aura pas laissé indifférente mais encore une rencontre manquée, pas avec l'auteur, Julia Kerninon, qui, il est évident possède une plume très intéressante et un style unique (j'aime ses longs paragraphes, ses digressions) mais avec son héroïne.

Caroline N.Spacek est une romancière mondialement célèbre, qui vit recluse dans sa propriété du Devon depuis quatre ans. Ses onze romans (dont un recueil de poésies) lui ont apporté renommée et fortune. La jeune femme (36 ans) a publié son premier livre à l'âge de 20 ans et a secoué la scène littéraire (Le Prix Françoise Sagan ne lui a pas été décerné pour rien, Julia Kerninon lui rend ici quelque peu hommage). Depuis, elle enchaîne les succès, deux de ses livres ont été adaptés au cinéma et ont rapporté suffisamment d'argent pour permettre à la jeune femme de se consacrer entièrement à son art.

Lou, un jeune homme de 25 ans, tombé amoureux de ses onze romans ne peut résister à l'envie de la rencontrer et s'envole pour le Devon. Il réussit à pénétrer dans sa demeure pour une interview qui se transformera en séjour prolongé où l'auteur va lui raconter sa vie, ses amours et ses peines. Un an plus tard, Lou publie le récit de ses centaines d'heures d'enregistrement. Celui que nous lisons.

Je m'arrête là car sachez que Julia nous prévient dès le départ : les écrivains sont tous fous et Caroline ne fait pas exception à la règle. Lou est un fan absolu qui ne cesse de crier au génie et tout sur elle ou son œuvre sont animés de critiques dithyrambiques.  Au point de m'avoir presque filer la nausée.
Car Caroline est un monstre d'égoïsme, d'égocentrisme et un condensé de tout ce qui me rebute chez certaines personnalités. Une Justin Bieber de la littérature. Portée à nue à 20 ans, elle ne cesse de croire qu'à chaque livre, elle fait encore mieux. Contrairement à nombres d'auteurs qui seront plus ou moins irréguliers dans leur production, elle est parfaite. Elle est au-dessus de tout le monde. Issue de plus bas que terre (attention préparez-vous : fille de forains analphabètes, violents, racistes, pédophiles et tout ce qui suit, n'ayant lu que la Bible et les annuaires - j'imagine le plaisir des forains à lire ce roman), elle s'est plus qu'élevée de sa condition, elle a surpassé la terre entière.

D'ailleurs, lorsque assise, dans son kimono, un verre de vin à la main (à la Gwyneth Paltrow, chacun de ses gestes est ainsi décrit avec minutie et encensé par Lou) elle se remémore son passé, Caroline s'exprime dans un français parfait, si châtié, une rhétorique parfaite, des métaphores à vous faire pâlir. Mais étrangement, dès qu'elle repose son verre et s'adresse à Lou pour des échanges "plus terre à terre", fini ce langage exceptionnel, retour à la base.

Ce que j'essaie de dire, c'est qu'entre son égocentrisme et ce discours tellement distant et arrogant, s'est tout de suite créé, entre moi lectrice, et elle, héroïne (dont les malheurs ne cessent de s'abattre sur sa pauvre vie) une distance telle - un fossé si profond que je n'ai jamais pu ressentir envers elle (ni envers Lou, le stéréotype de l'homosexuel homme-enfant, vendu enfant par son père en échange d'un pneu à des pédophiles, si si) la moindre empathie, ni affection.

Tout est tellement grandiloquent chez elle et chez Lou d'ailleurs (leurs passés communs d'enfants maltraités), qu'on a peine à y croire.

Je ne vous cache pas aussi la foison de clichés sur l'ex-URSS (terme que je n'avais plus croisé depuis une dizaine d'années), en voici un extrait. C'est beau, merveilleusement écrit mais au final ça sonne faux pour moi. 
 
"Je visitais l'Europe. (...) A Rome, je fumais des Merit parce que cela semblait approprié  ma situation, je comptais les palmiers et je me fais prendre en photo à côté des gladiateurs. (..) A Venise, je sortais les nuits de grande marée marcher avec des bottes en caoutchouc dans les rues inondées. De là, j'ai pris le train de nuit pour Budapest, où j'ai lavé mon corps dans les saunas brûlants et pris sans relâche les taxis d'eau d'un bord à l'autre du fleuve. (....) Je louais des appartements en Europe de l'Est où les murs vibraient quand un des habitants de l'immeuble jouait de la contrebasse, des appartements d'où j'entendais le sifflement des tramways dehors, des appartements situés sur les grands axes avec de tout petits balcons ronds où je m'asseyais pour boire mon café à l'aube, enveloppée dans des couvertures, sous la neige qui tombait doucement." (p.103)

Il est indéniable que Julia Kerninon possède un grand talent. Son premier roman, en témoigne mon billet qui retranscrit je l'espère les émotions ressenties à la lecture. Il m'aura manqué cependant ce supplément d'âme. Ses personnages sont tout simplement inhumains. Soit un cumul de clichés pour Lou (jeune homosexuel qui se jette sous la voiture d'un homme qui deviendra son mentor...) soit un personnage d'écrivain tellement fantasmé qu'il en devient effrayant. Lou la trouve insupportable, arrogante mais ne peut s'empêcher d'être ému par chaque mot ou geste de la romancière (tous ses gestes sont soigneusement pensés, elle fait la roue, la moue... plus qu'une romancière, c'est une actrice).

Julia Kerninon possède un vrai talent et je ne peux qu'être admirative. Elle nous invite à une démonstration de la langue française, de sa rhétorique, de son talent à manier les mots et c'est un énorme plaisir. Son écriture est exigeante, incisive et percutante. Mais la perfection est en ennuyeuse et surtout elle vous isole du reste. Un peu comme un enfant génie enfermé dans sa bulle.

J'ai échangé aujourd'hui avec une amie plus âgée et elle a eu ce ressenti : Julia Kerninon intellectualise beaucoup, elle est extrêmement douée et intelligente mais sa jeunesse et son manque d'expérience s'en ressentent. Dernier bémol : le roman foisonne de références bobo, de clichés (sur ces pays de l'Est, sur les artistes également, sur les familles prolétaires toutes violentes et néandertaliennes) qui gâchent le plaisir du lecteur.

La jeune romancière prépare une thèse dont le sujet principale porte sur les entretiens littéraires. Il est évident que ces interviews de The Paris Review qu'elle a étudiées dans le cadre de ses recherches ont un lien avec ce roman.

Voilà, il m'est difficile d'en dire plus, c'est déjà pas mal. Lisez-le car il en vaut la peine. Je n'avais pas ressenti ça depuis Limonov. J'avoue, j'ai aimé être secouée comme je l'ai été et je lirai son prochain roman, c'est certain.



★★★★★

La brune au rouergue, 200 pages

Sunday, April 26, 2015

(mini) Craquage de slip


Soyez tout de suite rassurés ! Cette fois-ci il s'agit d'un mini craquage de slip, comparé à celui du mois de mars (fait du hasard, ça fait un mois tout pile). Comme le disait Jules, je souffre aussi d'une légère hyperventilation quand je ne vois aucun nouvel ouvrage arrivé chez moi. Tenir quatre longues semaines relève du défi personnel que je suis, j'avoue, totalement incapable de relever. 

Je ne parle pas ici des emprunts à la médiathèque (ou à la bibliothèque de quartier, car par chez moi le danger est double), uniquement des achats. Bon, je me dois d'ajouter également quelques dons. Oui - on m'a donné des livres. Une amie qui part s'installer sur une île tropicale (elle se reconnaîtra) a vendu ses livres (sans me prévenir), elle emporte avec elle tous ces Jorn Riel et Fred Vargas (tant pis pour moi...) mais a réussi à sauvegarder quelques ouvrages pour sa vieille amie ;-)

1. Aucun homme ni dieu de William Giraldi : ce livre a fait le tour de la blogosphère, j'ai pratiquement vu tous les blogueurs en parler et quand Marie-Claude m'a dit "Il est fait pour toi", j'ai craqué. Je viens d'ailleurs de commencer ma lecture.... donc chut !

2. Cry Father de Benjamin Whitmer : je vous ai parlé de ma rencontre avec cet auteur américain début avril à Nantes, qui venait promouvoir son livre et parler du précédent, Pike. J'ai donc acheté le dernier et je l'ai logiquement fait dédicacer (hop 2 dédicaces). Hâte de le lire, je n'en ai eu que de bons échos, surtout par l'éditrice de la maison d'éditions Gallmeister. 

3. Once upon a river de Bonnie Jo Campbell : les amoureux de l'Amérique, du nature writing, des romans d'émancipation ont tous entendu parler de cette romancière qui a remporté plusieurs prix pour son précédent recueil de nouvelles. J'ai hâte de partir à sa rencontre (en anglais ce coup-ci).

4. Wisconsin de Mary R.Ellis : ce livre m'est tombé dessus un peu par hasard. J'ai lu des critiques dithyrambiques sur cette odyssée familiale, deux fils élevés à la dure par un père violent, l'un part à la guerre, l'autre sera protégé par une famille voisine et les indiens Ojibwés ne sont jamais loin. On m'a cité Winter's bone de Daniel Woodrell (qu'il faut que je lise) dont j'avais adoré l'adaptation cinématographique en 2010.

5. Generation X : Tales for an accelarated culture de Douglas Coupland. C'est ce livre publié en 1991 qui allait attribuer de manière définitive à toute une génération cette étiquette (née à la fin des années 60/ début 70). Une génération touchée par l'instabilité économique, le consumérisme, la saturation des médias, le tout créant une forme d'angoisse existentielle. Certains diront qu'une des réactions à cette époque sera la naissance du mouvement grunge. (lecture en anglais).

6. Pieds nus sur la terre sacrée de T.C McLuhan. J'aime beaucoup la collection Folio à 2€  et ici on ajoute le mot sagesse. Ce recueil de textes rassemblés par T.C McLuhan est un témoignage des tribus indiennes nord américaines qui racontent leur mode de vie en harmonie avec la nature. J'ai de nombreux ouvrages sur les tribus et leurs croyances. Aussi, je n'ai pas pu résister. 

7. Découverte inopinée d'un vrai métier et La vieille dette de Stefan Zweig : deux nouvelles "loufoques et poignantes" signées par Zweig, on ne s'y attend pas, non ? Un petit bijou de la collection Folio à 2€ que je vais me hâter de découvrir.

8. Belle du Seigneur d'Albert Cohen. Une de mes collègues aime comme moi lire (résultat on parle livres tous les jours au travail) et me dit relire perpétuellement cet ouvrage, immense (dans tous les sens du terme) et j'ignore pourquoi mais il n'avait jamais croisé ma route. C'est chose faite. Reste à le lire. 

9. Le parfum de Patrick Süskind. Cadeau de ma copine qui l'a lu et relu. Je connais Jean-Baptiste Grenouille car j'ai vu le film il y a plusieurs années. On m'a toujours dit que le livre était un must read. 

10. Les Brumes d'Avalon de Marion Zimmer Bradley. Autre cadeau de ma copine. Changement total de décor, me voici rendue auprès de Morgane la Fée. Le titre me parle.  Je ne suis pas particulièrement attirée par ce genre de romans mais mon amie m'en parle en bien (et elle aime Riel et Vargas).

bon dimanche à tous !

Wednesday, April 22, 2015

Les cobayes


Tous les jours, des personnes poussent les portes des laboratoires pour être des "cobayes" : tester de nouveaux médicaments avant que ces derniers ne soient mis sur le marché (ou retirés).  Ces personnes sont rémunérées. Personnellement, je ne pourrais jamais le faire car honnêtement j'aurais trop peur du résultat. En effet, je suis déjà très sensible à la prise de médicaments et une fois sur deux, je développe des effets secondaires (ce qui ferait, sans doute, de moi une très bonne cobaye).


C'est pourtant le cas de Romain, Daniel et Moïra - trois personnes qui pour des raisons diverses acceptent de tester un nouveau médicament en échange d'un chèque de 3 500 euros. Ils doivent pour cela intégrer une unité de soins et recevoir plusieurs injections par jour d'un antidépresseur supposé révolutionnaire. Le laboratoire Scott-Dumaz attend beaucoup de ce nouveau médicament qui pourrait leur rapporter une fortune.

Forcément, les choses ne se passent pas comme prévu... Ne vous inquiétez pas, ils ne se transforment pas en monstres - mais ils voient leurs capacités se développer, que ce soit l'intelligence, le talent artistique, leur mémoire... Rapidement, les trois cobayes ne tiennent plus en place et fort de leurs nouvelles capacités, leurs vies changent totalement. Ils cherchent par tout moyen à continuer de se procurer la molécule. Le laboratoire va donc devoir agir.... 
Thriller, fantastique .. tout se mêle ici.


Je ne connaissais de nom de que Tonino Benacquista, le scénariste. Je découvre ici le coup de crayon de Nicolas Barral et le travail du coloriste Philippe de la Fuente.  Pas de grand coup de foudre, nous sommes pour moi dans le dessin classique, néanmoins très agréable comparé à certaines lectures précédentes dont les visages me donnaient des cauchemars.

Pour l'histoire, je la trouve également classique. Aujourd'hui avec les Divergents, X-Men ou autres héros de Marvel, le lecteur n'est plus surpris par ce genre d'intrigues. Mais j'ai lu l'histoire avec intérêt, même si à mon grand regret j'ai trouvé encore ma lecture trop courte. Les trois personnages sont néanmoins intéressants et j'ai passé un bon moment. Un bémol : j'avoue que j'ai trouvé que les évènements semblaient s'enchainer sans réel lien et que l'histoire était un peu trop dramatisée.


En faisant quelques recherches, je découvre qu'il s'agit ici du premier opus (à vérifier) et qu'il y aura donc une suite.

Roman graphique lu dans le cadre du challenge Prix BD Cézam 2015, je lui mets la note de 5/9.

Monday, April 20, 2015

Harold et Maude

"Je trouve extrêmement vexant, déclara Humpty Dumpty, après un long silence, et sans regarder Alice, oui, extrêmement vexant de s'entendre traiter d'oeuf."
De l'autre côté du miroir, 
Lewis Caroll

Clairement tout le monde, ou presque, connaît le film Harold et Maude, réalisé en 1971 par Hal Hashby. Le film est représentatif des années 70 : free spirit, spontanéité et une certaine poésie à l'opposé des conventions sociales de l'époque.  Pour ma part, je l'ai vu adolescente et il m'a profondément marqué. 

Lors de sa sortie, il avait défrayé la chronique puis il est devenu culte. L'auteur, Colin Higgins avait signé ce scénario extraordinaire, mettant en scène un jeune homme de 19 ans fasciné par le morbide, les cimetières et Maude, une excentrique femme de 79 ans, toujours prête à faire les quatre cent coups. Leur rencontre provoqua des étincelles et le jeune homme en tomba raide dingue amoureux. Au grand dam de sa famille ...

Mais remettons les choses dans leur contexte : Harold est un jeune homme de bonne fortune. Il a grandi protégé par sa mère (tout autant excentrique dans son genre) et un oncle dans l'Armée. Le jeune homme a été expulsé de son lycée pour avoir fait exploser le laboratoire de chimie (et détruit tout une partie du bâtiment). Depuis, il profite de son temps libre pour rouler en corbillard et assister à des enterrements où il ne connaît personne et surtout mettre en scène de faux suicides pour surprendre sa mère. La première scène commence justement par la fausse pendaison d'Harold et sa mère qui, habituée à la chose (n'en est-il pas à sa dix-septième tentative?) le remarque à peine.  J'avoue que j'ai eu du plaisir à suivre toutes les tentatives d'Harold et la réaction de sa mère. J'ai adoré le personnage de la mère. Celle-ci ne cesse de se demander d'où Harold tient ce tempérament si atypique, mais d'elle bien entendu !

Désolée de voir son fils sans ami, sans vie sociale, elle hésite à l'envoyer à l'armée sur les conseils de l'Oncle (L'armée fera de lui un homme). Elle tentera par la suite de le marier en sollicitant une agence matrimoniale, préparez-vous à bien rigoler. Harold doit aussi venir s'épancher toutes les semaines chez un thérapeute qui lui-même est dépassé par le comportement du jeune homme.

Un jour alors qu'il assiste à un enterrement, il remarque une dame âgée (elle a les cheveux blancs dans le roman) qui mange des réglisses sans se soucier du reste et lui fait signe. Lorsqu'il la retrouve à un autre enterrement, tous deux découvrent leur passion commune pour ce genre d'évènements. Maude, à l'inverse d'Harold adore la vie. Elle profite de chaque journée au maximum. Elle n'a pas son permis mais roule chaque jour dans une voiture volée, elle pose nue pour un sculpteur qui travaille sur un bloc de glace, elle monte dans les arbres. Elle cache aussi le tatouage qui révèle un passé douloureux (les camps de concentration). Maude va bouleverser la vie morne et sans but d'Harold.


Il est clair qu'en lisant le roman (né d'un scénario), les images du film n'ont cessé de me revenir. J'avais adoré le film et ici j'éprouve à nouveau une grande tendresse pour Maude. 

Le film devenu culte aura inspiré les journalistes ou romanciers (les Harolds désignaient ainsi les adolescents obsédés par les cimetières et les enterrements). Dougland Coupland, l'écrivain canadien alla jusqu'à créer le néologisme to harold pour décrire cette activité étrange.

Quand à moi, j'ai pensé de suite à Restless, de Gus Van Sant où deux jeunes se rencontrent justement dans un cimetière, Enoch (qui est un Harolds) et une jeune femme gravement malade (Mia Wasikowska). Un autre film que je vous conseille très chaudement (bon je suis fan de Van Sant donc je ne suis pas très objective).

Le livre, publié après la sortie du film lui est fidèle et la fin est toujours aussi émouvante. J'ai juste dorénavant très envie de revoir le film (que je possède).  Pour les curieux, vous pouvez voir la bande-annonce ici.

Cat Stevens avait signé la musique et j'adore la chanson du générique :

Well, if you want to sing out, sing out
And if you want to be free, be free
'Cause there's a million things to be
You know that there are

And if you want to live high, live high
And if you want to live low, live low
'Cause there's a million ways to go
You know that there are

You can do what you want
The opportunity's on
And if you can find a new way
You can do it today
You can make it all true
And you can make it undo
you see ah ah ah
its easy ah ah ah
You only need to know

Well if you want to say yes, say yes........


★★★★★


Editions Folio, traduction Jane Fillion, 155 pages




Friday, April 17, 2015

Miscellanées

Il m'arrive parfois de vouloir parler du monde des livres mais pas uniquement de ceux qui croisent mon regard - le monde des livres est vaste. Aussi, ai-je décidé de créer un nouveau genre d'articles qui permettrait, de temps à autre, de s'échapper un peu de mes chroniques. 

Miscellanées a pour but de vous présenter des photos, des articles ou des chroniques d'autres blogueurs, des interviews ou des liens vers des sites d'artistes, bref une sorte de méli-mélo de mes coups de cœur livresques avec une échappée de temps en temps (vers le cinéma ou vers un autre art). 

1. J'ai découvert le site d'un photographe marseillais très beau : The Archivists. Ce dernier s'est attaché à aller chez les amoureux des livres et à prendre en photo leur univers. Les articles comme les photographies sont sublimes et moi qui adore flâner dans les bibliothèques des autres, je suis gâtée ! 

Ici chez Sylvain - Copyright The Archivists

Je vous préviens, une fois rendu ce site vous risquez d'y passer votre après-midi ou votre soirée ! 

2. Je suis depuis quelque temps le blog de Complètement Flou qui me fait découvrir l'Italie et plus exactement Milan (et qui m'a donné envie de lire Simenon). Elle est aussi partie à la découverte du monde de la bande-dessinée et dans dernier billet, elle m'a donné envie de découvrir l’œuvre d'Alberto Madrigal,  dessinateur qui a la bonne idée d'avoir son propre blog. J'aime beaucoup son trait de dessin, la fluidité, les couleurs ...  Je vous invite à découvrir son univers (si ce n'est déjà fait ..). J'adore les blogs d'artistes. 



3. En ce moment, je vais peu au cinéma - la faute aux livres et au beau temps. Dès que les beaux jours reviennent, je préfère de loin passer mes après-midi à l'extérieur, en terrasse ou sur l'herbe ... à lire un bon bouquin ! Comme pour les livres, je vois rarement des films français, mes deux derniers coups de coeur ciné français sont Les Châteaux de Sable et il y a un an Pas son genre (rediffusé en ce moment sur Canal +). Et là, vu que l'orage est sensé venir gâcher notre week-end, j'ai repéré le film En équilibre avec Albert Dupontel et Cécile de France. J'aime beaucoup Albert Dupontel et l'histoire me tente bien, même si je ne suis pas trop fan des histoires d'amour. Je ne promets rien, il se peut que je finisse dans une bouquinerie ...



4. Dans un précédent billet, une amie me faisait part de son regret de ne pas pouvoir lire en anglais (même si je pense l'inverse). Pour ma part, je lis en anglais sans souci mais j'ai perdu l'habitude de lire en russe - mon niveau, excellent à une époque, s'est totalement effondré. Mon professeur de russe (enfin l'un d'eux) avait eu la bonne idée de nous faire regarder des dessins animés russes, en particulier les aventures des petits pionniers à l'époque soviétique. Il y a trois ans, j'ai découvert les histoires de Macha et de l'Ours (Маша и Медведь) sous forme de petits dessins animés d'environ 6 à 8 minutes. Macha, petite fille très espiègle, adore venir embêter son ami l'ours. Elle est, dirons-nous intrusive et fait plein de bêtises. Mais on est assurés de rire à chaque fois. 

Et pour ceux qui ne parlent pas russe, je crois qu'on comprend très bien ce qui se passe et pour les autres, une version en français existe (je viens de le découvrir aujourd'hui). Mais honnêtement, je vous invite à regarder la version originale en russe car la voix et les onomatopées de la petite fille sont uniques !

Bon, je n'ai plus cinq ans mais j'ai encore passé une demi-heure hier soir à savourer leurs aventures et à rigoler toute seule ...Et je ne me sens pas seule, plus de 100 millions de personnes les regardent. Quand Macha fait une bêtise, elle pousse un "Oye" qui me fait mourir de rire. Irrésistible. 

Une petite vidéo de présentation et si vous avez cinq minutes, je vous invite à regarder Раз, два, три! Ёлочка, гори! (Un, deux, trois, brûle ô mon beau sapin de Noël)
 


6. En tout dernier, je souhaitais vous parler d'un lieu magique à Nantes, qui a ouvert ses portes il y a quelques mois rue de la Paix (ça ne s'invente pas). Il s'agit de la librairie-café Les Biens Aimés. 
Tenue par Cécile et Géraldine, on peut s'installer au bar ou à une table, café, chocolat chaud ou thé vous attendent mais aussi déguster un vin naturel, manger ou goûter à toute heure de la journée et surtout bouquiner tranquillement. Mais pis encore, on peut repartir avec des livres.
Le lieu est très cosy et sa petite taille a permis aux deux femmes de ne sélectionner que ce qui leur plaît.
Le vrai challenge sera donc de résister à la tentation...




7.  J'ignore si vous êtes tombé dedans....comme moi et que vous ne vous en êtes toujours pas revenu.   L'histoire est inspirée d'un livre, mais seulement inspirée ...
En attendant, j'ai hâte de revoir à nouveau chaque épisode sur Canal +. La chaine rediffuse la série à compter de la semaine prochaine. Et j'ai hâte de recroiser l'un des flics les plus passionnants que j'ai rencontrés, dans ma longue carrière de lectrice et spectatrice de polars : Rust Cohle.  Je parle de True Detective, of course.
Oh, il me manque tellement le bougre ... Nic Pizzolatto (l'auteur de Galveston que j'ai aussi beaucoup aimé et à qui je dois un billet), quand vas-tu nous le rendre ? Même sous forme littéraire ...




Je vous souhaite à tous une excellente fin de semaine ! *


(* me voilà bilingue franco-québécois ;-)  )

Sunday, April 12, 2015

Rouge comme neige


 C'est donc toujours dans le cadre du challenge Prix BD Cézam 2015 que j'ai reçu ce roman graphique signé Christian de Metter. Je connais peu cet auteur sinon qu'il a adapté en version graphique Shutter Island ou Scarface. J'étais ravie pour deux raisons : l'épaisseur du roman graphique (110 pages) et le thème : un western. J'adore les westerns sous toutes les formes possibles (Lisez Lonesome Dove !). 

Voici le lecteur plongé en 1896 au Colorado. La veuve MacKinley élève seul son fils après la mort de son époux George à la bataille de Wounded Knee et la mystérieuse disparition de sa fille Abby peu de temps après. Un jour, elle reçoit la visite d'un homme qui lui on annonce la prochaine tenue du procès d'un ancien soldat accusé d'avoir tenter de kidnapper un petit garçon. La veuve s'y rend accompagnée de son fils adolescent et armée d'un revolver car elle craint la ville. L'accusé, Buck Macfly reste totalement passible le jour de son procès qui le condamne à la pendaison. Le soir même, un homme vient chercher la veuve et son fils car Macfly souhaite lui parler avant son exécution : il possède le médaillon de sa fille Abby et lui promet qu'il lui qu'il l'emmènera à elle à condition qu'elle le libère. Commence alors une cavale désespérée pour la mère et son fils .......


J'ai beaucoup aimé le dessin - le choix de cette teinte un peu passée (proche du sépia), le détail apporté aux visages (de beaux visages pour une fois, travaillés et expressifs) et l'univers de ce roman graphique. J'ai été rapidement embarquée dans l'histoire et je me suis attachée aux personnages. Ici pas de sentimentalisme, les hommes sont durs et violents et les femmes doivent ne compter sur personne. 

Ma seule déception vient du fait que je l'ai lu en à peine 15 minutes - décidément trop court pour moi. Un autre bémol fut peut-être la fin de l'histoire - ou alors est-ce une volonté de l'auteur mais je suis un peu restée sur ma faim. J'ai tourné la page suivante en croyant découvrir la suite mais c'était une page blanche. L' histoire était terminée (ceux qui l'ont lu comprendront que la fin est ouverte et donc on peut l'interpréter de plusieurs manières). 

Mais sinon, j'ai eu vraiment du plaisir à lire ce roman graphique, à me replonger dans un western et à admirer le coup de crayon de Christian de Metter. 

N'hésitez pas à vous procurer ce roman graphique si vous le croisez dans votre bibliothèque ou librairie. 

Ma note : 9/9

Wednesday, January 28, 2015

Les bisons de Broken Heart

Une première pour moi : j'avais annoncé l'écriture d'un billet sur Les Bisons de Broken Heart de Dan O'Brien dans un billet du 8 mai 2014 et je me souviens même l'avoir rédigé, puis il a soudainement disparu. C'est en mettant à jour ma pile à lire ces jours-ci que j'ai pris conscience de cette erreur que je tiens à corriger aujourd'hui.

Je préviens le lecteur : j'ai toujours été fascinée par ces animaux depuis mon enfance, j'ai d'ailleurs toujours rêver d'en posséder, et j'ai eu la chance, en vivant au Montana de les croiser de très près. Puisque je ne désespère pas de réaliser mon rêve un jour, je me suis précipitée sur cette œuvre assez atypique puis que biographique. 

Le romancier Dan O'Brien partageait le même rêve, d'abord reprendre le ranch familial et l'élevage de bétail au pied des terres indiennes de Sitting Bull mais au fil des ans, l'idée de passer à l'élevage de bisons germe dans un coin de son cerveau. L'animal mythique (souvenez-vous de Danse avec les Loups, Tatanka) a presque totalement disparu des terres du Grand Ouest.

Rappelez-vous que l'animal a été pratiquement exterminé du sol américain par la chasse intensive des chasseurs de bisons qui revendaient uniquement la peau de l'animal, laissant des milliers de carcasses pourrir à même sur les terres de l'Ouest. De plus de 50 millions, ils n'en restaient plus que 750 en 1890, lorsqu'enfin l'espèce fut protégée. La majorité des bisons dont la population est estimée aujourd'hui à 350 000 bêtes vit dans des zoos, des parcs , des réserves naturelles et enfin les bisons d'élevage dont il est question ici. La majorité des bisons seraient issus de croisement avec d'autres bovins, seule une dizaine de milliers d'animaux seraient génétiquement purs. Mais revenons au récit.

L'auteur va se lier d'amitié avec un des primo éleveurs qui va lui apprendre également que l'écosystème a été totalement détruit par des années de culture intensive et d'élevage bovin.

La prise de conscience, non seulement de l'importance de la préservation de l'écosystème mais aussi du respect de l'environnement vont amener une poignée d'hommes à réfléchir à se lancer dans l'élevage de cet animal puissant et noble dans les années 70 et 80.

Le récit de Dan O'Brien raconte avec passion cette période charnière entre une Amérique vorace qui stérilise ses terres par la culture et l'élevage bovin intensif et celle qui prend peu à peu conscience des effets désastreux de sa politique agricole et se tourne alors vers une culture biologique axée sur la préservation de l'environnement.

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Puis le romancier se penche sur les aspects techniques qui peuvent parfois dérouter le lecteur. Ainsi, pour retrouver ce sol nourrissant après des années d'élevage intensif et de monoculture, il faut compter des années. Le bison, animal nomade participe à la régénération du sol.

La deuxième partie du livre permet au lecteur de vivre avec plaisir et émotion l'arrivée des premières bêtes, des jeunes bisons, en plein hiver glacial et enneigé, et découvrir la puissance et la résistance exceptionnelle de ces animaux légendaires.

Ayant eu la chance de vivre au Montana, je suis souvent allée au parc de Yellowstone.  Je me souviendrais toujours de ma première fois, lorsque nous patientions sur la route à l'entrée du parc, et qu'un troupeau a emprunté la même route, entourant nos véhicules. Nous étions tous ébahis, moi à l'avant, voyant les animaux passer à 20 cm de moi !

Une autre fois, le réveil matinal fut exceptionnel. Alors que le soleil faisait timidement son apparition, la voix d'un ranger nous a réveillé - nous dormions sous des tentes en pleine forêt. En sortant de la tente, nous nous sommes retrouvés au milieu d'un troupeau de bisons, le ranger nous indiquait l'emplacement du mâle alpha et nous invitait à ne pas bouger. Ce dernier pouvant charger à tout moment pour protéger le reste du troupeau. Un silence s'est imposé naturellement, la brume matinale entourant ces animaux sublimes, un souvenir que je chéris énormément.

N'hésitez pas donc à vous procurer ce roman initiatique, didactique et qui vous prouvera qu'il y a encore, en Amérique, des amoureux de la terre et de ses créatures fantastiques. 

★★★★★