Friday, May 15, 2015

Programme de lecture printanier (mise à jour)

Petit changement de cap involontaire dans mon programme de lecture printanier.

Je m'explique : on peut réserver jusqu'à trois livres au réseau municipal de bibliothèques et médiathèques de ma ville (ce réseau s'appelle BM et j'utiliserai ce terme sans doute à l'avenir car c'est trop long à écrire). Ils vous annoncent alors une date de disponibilité. J'avais donc réservé trois livres : le recueil de nouvelles de Russell Banks, la BD Sunny et un livre de Kent Haruf. Jusqu'ici, tout a toujours marché, je reçois un e-mail m'indiquant que le livre est disponible. Mais là, le temps passant et ne voyant rien venir, je suis revenue et voilà que les dates ont changé.. sautant un bon mois pour se retrouver en juin et plus rien pour Sunny. J'ai donc annulé cette réservation.

Déçue de ne pas pouvoir les découvrir ce mois-ci, j'en ai pris mon parti et j'ai décidé de les remplacer. Samedi matin, je suis donc allée retourner mes derniers emprunts, ayant en tête quelques noms d'auteurs qui pourraient me convenir. Voici donc les nouveaux romans qui viennent compléter mon programme, en premier les emprunts :



C'est un hasard par contre si le roman australien de Jeremy Chambers, Le grand ordinaire est reparti dans mon sac. J'ai aperçu la tranche et j'ignore pourquoi, je l'ai sorti de la rangée de livres.  Ici on suit la vie des saisonniers pendant la saison viticole. Une vie de dur labeur où le seul réconfort est une bonne rasade de whisky le soir dans le pub local. Un roman pas très joyeux mais qui m'a vraiment attiré.

Sinon, Les mains rouges de Jens Christian Grøndahl. Pourquoi ? La faute à Céline qui a exprimé son récent coup de cœur pour le dernier roman de l'auteur danois et j'ai découvert que tous ces livres étaient répertoriés à la BM. Je suis allée à ma bibliothèque de quartier et j'en ai trouvé deux et j'ai opté pour ce roman qui suit le parcours d'une jeune femme de 1977 à nos jours, embarquée pendant un temps dans un groupuscule révolutionnaire. Apparemment, tous ceux qui ont lu cet auteur deviennent accro, j'espère le devenir également !


J'ai hésité à le prendre, parce que mon programme est déjà bien chargé et que ce livre pèse une tonne. Mais j'en entends parler depuis un an (en bien et moins bien) et que curieuse j'avais très envie de me faire ma propre opinion du roman de Philipp Meyer, Le fils.

Je connais une personne qui va sourire car ici on suit une vaste fresque familiale texane, de 1850 à nos jours. Le patriarche McCullough, fondateur de cet empire,  son fils, marqué à jamais par ce père tyrannique et sa petite-fille forment à eux trois une vraie dynastie de l'Histoire de l'Amérique.

Croisons-les doigts pour que je l'aime !


Enfin, je ne peux pas entrer dans une bibliothèque sans passer par la case Joyce Maynard - et comme Marie-Claude a eu la bonne idée d'inscrire son roman, Les filles de l'ouragan dans son challenge 50 États 50 romans, et que j'ai fait de même, je n'ai pas pu résister en le voyant (il y avait trois livres signés Maynard).

J'ai hésité car je suis déjà bien chargée niveau lecture mais voyant que j'ignorais combien de temps il serait disponible, j'ai craqué.
Tu me pardonnes, Marie-Claude ? Je peux prolonger l'emprunt d'un mois donc jusqu'à fin juin. 


Côté challenge pour le Prix des Lecteurs Nantais, je n'ai pas lu L'oubli d'Emma Healey pour la bonne raison qu'une amie a eu la délicatesse de me raconter toute l'histoire dont la fin. Bref, plus de suspense et le sujet abordé (la maladie d'Alzheimer) ne résonne que trop familièrement chez moi. J'ai donc passé mon chemin. Il me reste encore deux ouvrages à lire dans le cadre du challenge.

Gênée de ne pouvoir l'échanger derechef, la demoiselle m'a proposé de piocher parmi d'anciens ouvrages et surprise je suis tombée sur un exemplaire du Testament Caché de Sebastian Barry que j'avais mis dans ma wishlist et que je savais en catalogage à la BM depuis peu. Je n'ai pas pu résister.



Également, je repars avec sous le coude une nouvelle bande-dessinée dans le cadre du challenge Prix BD Cézam 2015. J'ai retourné Le Muret dont une chronique va paraitre très prochainement (lecture coup de cœur) et je suis repartie avec La Princesse des glaces (Bischoff-Bocquet), roman graphique adapté du roman éponyme de Camilla Läckberg.

Il est assez imposant mais je suis curieuse et ça me détendra (enfin j'espère!). J'ignore si certaines personnes ont lu ce roman graphique. J'ai tenté de lire un roman de Camilla Läckberg, mais je n'ai pas du tout adhéré au style. Vraiment pas. Était-ce un problème de traduction? J'avoue : je trouvais ça moyennement écrit.



Mon tout dernier livre vient tout droit de ma PàL (yes!), et le titre vous parlera immédiatement : A l'ouest rien de nouveau. Ce livre, devenu au fil des ans un plaidoyer pour la paix fut écrit par Erich Maria Remarque, qui s'inspira de sa propre vie. Im Westen nichts Neues paru en 1929 connut un succès mondial. Mais l'année 1930, année de l'adaptation cinématographique américaine du roman coïncide avec l'arrivée des Nazis. L'auteur devra s'exiler en Amérique en 1939 pour finalement s'installer en Suisse où il décèdera en 1970.
J'en suis à la moitié et je pense le finir ce soir. Une lecture pas facile mais passionnante et merveilleusement bien écrite.

Bref, il était temps de découvrir cette œuvre majeure de la littérature allemande. Après avoir vu l'excellent film Le labyrinthe du Silence, je suis donc de retour encore une fois en terre germanique.

De mon programme initial, me restent à lire : Frank Sinatra dans un mixeur, Swan Peak (LC le 27 mai), La chorale des maîtres bouchers et Once upon a river.
Soit un total de 9 livres et un roman graphique.

Je vous rassure : je ne m'impose pas d'ordre de lecture et je peux garder deux mois les livres, donc je pense que je vais prolonger ce programme jusqu'à fin juin, à moins de connaître une grosse crise de boulimie livresque (ce que j'adore) qui me permettra d'en avaler deux ou trois en un week-end.

Pour information, je pars passer quelques jours en bord de mer. Donc si le temps est moyen, ça peut marcher ! J'ai prévu d'emporter cinq livres. 

Wednesday, May 13, 2015

Winter's bone

Deep in the mountains of Missouri, you can get beaten up for asking the wrong questions, everyone knows how to fire a gun, and most families are cooking up crank on the back porch. A teenage girl, Ree Dolly takes on more than she bargains for when she sets out to find her missing father..."

Ree Dolly, le personnage principal de ce roman coup de poing vit dans les montagnes Ozarks, au fin fond du Missouri - là où l'auteur, Daniel Woodrell a choisi de nous emmener avec lui. Un lieu aussi sombre, brutal et violent comme le sont ses habitants.

Ree Dolly, seize ans, élève seule ses deux petits frères Sonny (Jessup Jr) et Harold et s'occupe de sa mère neurasthénique qui passe ses journées assise dans un rocking chair à ressasser le passé. L'argent se fait rare et Ree est obligée surtout en cette période hivernale d'aller chasser l'écureuil pour nourrir sa famille. Un jour, le patron d'une boîte de cautions vient jusque chez elle lui apprendre que son père, Jessup Dolly, qui les a abandonné, doit absolument être présent à son procès sinon ils perdront leur maison, qu'il a mise sous caution.

Ree décide, contre vents et marées de partir à la recherche de cet homme pour le mener de force au tribunal. Elle hait ce bon à rien qui risque de les mettre dehors en plein hiver. Sa meilleure amie Gail, déjà mère à son âge d'un petit Ned, épouse d'un Langan, autre clan des Ozarks vient habiter quelque temps chez elle après avoir fui son mari volage.  Les deux jeunes femmes se soutiennent dans cette nouvelle épreuve et Gail lui prête son vieux pick-up. Alertée par les voisins (du même clan), son oncle, surnommé Teardrop (tatoué sous un œil trois larmes) vient la voir et lui interdit fermement d'aller mener sa propre enquête dans ses montagnes où les Dolly, Langan et autres noms se font la guerre depuis des siècles. Mais Ree ne l'écoute pas.

"Ree walked down the Hawkfall hill with nothing watching her back but the sun. She kicked her boots scuffing loudly along the road and looked at thin smoke rails rising from chimneys below. Twice she turned about to stare toward home, but the antique truck was already beyond sight. Snow piles still lined the road, melting, but the fields were fast becoming mud acres with tattering white borders." (page 128)

Une véritable plongée en enfer, menée tambour battant par un petit bout de femme qui refuse d'imaginer une vie plus misérable qu'elle ne l'est déjà. L’Amérique pauvre blanche, l'Amérique rurale, profonde, oubliée où les cousins épousent les cousines, où les mauvaises langues se disputent une énième vérité.. Rappelez-vous du film Délivrance (en Georgie) et vous comprendrez dans quel merdier vous avez mis les pieds.  Ree s'enfonce dans le froid glacial et vous embarque de force. Et pourquoi acceptez-vous de la suivre ? Parce qu'elle est profondément humaine, battante et parce que l'histoire de son père, de sa mère et même de sa meilleure amie sont écrites magistralement par un auteur qui manie une plume aussi aiguisée qu'une lame de sabre. Parce que tout au fond, l'oncle menaçant et terrifiant pourra peut-être révéler une part d'âme et l'avenir ne sera peut-être pas aussi fermé qu'il ne l'est aujourd'hui.

J'ai lu le livre en anglais afin de mieux profiter du dialecte local et découvrir ces familles oubliées de tous qui survivent dans leurs cabanes en bois dans des conditions identiques au début du précédent siècle. Ces gens vivaient de pêche et de chasse mais aujourd'hui ils vivent de la production et de la vente de méthamphétamine et se déplacent toujours armés. Le lecteur plonge dans ce monde des ténèbres, dans une société qui nous était jusqu'ici interdite.

Daniel Woodrell signe un roman impressionnant, d'une maîtrise absolue et présente au monde une héroïne émouvante mais si courageuse qu'elle vous en mettra plein la vue. Un de mes moments préférés du livre est lorsqu'elle se retrouve face à trois femmes "Ozark" :

The came with the dark and knocked with three fists. The door shook as the clamor of beating knuckles filled the house. Ree glanced from a window and saw three like women, chesty and jowly, wearing long cloth coats of differing colors and barnyard galoshes. She fetched her pretty shotgun before opening the door (...) None of the sisters flinched or stepped back or changed expression.

Merab said, "Come along child - we're goin' to fix your problem for you". (...) Her hair was swept away from her face in a towering white wave that barely budged in the breeze. "Put that thing down.Show some smarts, child."
"Right now I feel like I want to blow me a big sloppy hole clean through your stinkin' guts."
"I know you do. You're a Dolly. But you won't. You'll put that scattergun down and come along with me'n my sisters". (page 179)

Pour ceux qui ne seraient pas très à l'aise en anglais, la traduction Un hiver de glace est disponible en bibliothèque. Les photos sont celles de l'adaptation cinématographique - un film magnifique que j'avais vu à sa sortie et qui m'avait profondément marqué. C'était le premier rôle à l'écran de Jennifer Lawrence et elle incarne à merveille Ree du clan Dolly. J'ai réalisé que dans le film, ils ont transformé Harold en petite fille - je n'ai pas su pourquoi surtout que dans le livre la lignée des fils est largement évoquée aussi j'ai trouvé ça dommage. Néanmoins, je vous conseille tout autant de voir le film. 


Une histoire coup de poing qui vous plongera dans un monde fascinant, où tout le monde est lié, par le sang, le mariage, la haine et l'amour - où chaque jour est un combat et où seuls les plus forts s'en sortent. Et un personnage féminin impressionnant, sans doute l'un des plus marquants de la littérature américaine depuis quelques années.

Un énorme coup de cœur (encore un !).

★★★★★


Editions Sceptre, 193 pages

Monday, May 11, 2015

(Mini) craquage de slip et anniversaire



Une semaine de vacances ça a du bon ... et du mauvais ! Ainsi, on la le temps de flâner en librairie .. et de repartir les bras chargés, mais je suis restée raisonnable. Le hasard a voulu que mon anniversaire arrive également et comme d'habitude j'avais commandé ... des livres ! 

Voici donc le résultat, je vous le répète un mini craquage. Rien de folichon, hein !

Saturday, May 9, 2015

Noeuds & dénouement

C'est en me promenant à la médiathèque que j'ai croisé l'oeuvre d'Annie Proulx - j'ai trouvé sa nouvelle la plus célèbre, Brokeback Mountain et son roman, The Shipping News (traduit Noeuds & dénouement), récompensé par des prix prestigieux tels que le prix Pulitzer ou le National Book Award lors de sa publication en 1993.

Quoyle est un journaliste malchanceux et désespéré qui vit et travaille près de New York. Le garçon souffre-douleur de son père et son frère, a grandi dans la honte d'un menton proéminent et d'un corps massif et peu plaisant. Sa vie change lorsqu'il est embauché dans un canard comme pigiste et lorsque Petal, une jolie femme vaine l'épouse. Très vite, celle-ci s'avère infidèle et mauvaise mère pour leurs filles, Bunny et Sunshine. Quoyle amoureux transi accepte toutes ses infidélités car il se trouve très chanceux d'avoir trouvé épouse. Cette dernière le quitte un jour, et meurt dans un accident de voiture (avec son amant), après avoir vendu leurs petites filles à un couple sans enfants. Quoyle retrouve ses filles et une vieille tante, Agnis qui le convainc de retourner sur la terre de ses ancêtres :  Terre-Neuve  Avec ses deux filles, Bunny et Sunshine, assez perturbées et sa vieille tante (Agnis Hamm) Quoyle se retrouve au bout du monde, journaliste pour un canard local dans un univers dur, où tout semble ballotté par les vagues et secoué par le vent. 

Je l'avoue, les premiers chapitres consacrés à la vie d'avant, celle de New York en compagnie de Petal, l'épouse infidèle m'ont fait croire que le roman se passait étrangement dans les années cinquante. Quoyle semble sorti tout droit d'une fable : le visage légèrement déformé, une enfance triste et difficile, il ressemble à un ogre solitaire. La mort soudaine de son épouse volage va le pousser à prendre la décision la plus folle de sa vie : partir s'installer à Terre-Neuve, l'île du bout du monde, où les conditions de vie sont très difficiles. 



"Agnis a un tempérament viril, c'est sûr, dit Mavis Bangs à Dawn une fois la tante partie avec son mètre à ruban et son carnet. Avec son air intrépide, elle empoigne les choses comme un homme. C'est d'avoir vécu aux Etats-Unis. Les femmes là-bas n'ont pas froid aux yeux. T'as vu son calme? Alors que le neveu était comme de la gélatine ! " (page 264)

Mais c'est là que pour moi la magie a opéré : j'avais, je l'avoue, songé à cesser ma lecture (au bout de soixante pages), frustrée de voir cet homme naïf accepter tout de cette garce (son épouse). Mais lorsqu'il met les pieds à Terre-Neuve, Quoyle va peu à peu se révéler et changer. 

Et la lectrice que je suis n'a plus reposé le livre - ravie de suivre la vie de Quoyle qui doit repartir de zéro. Reconstruire la maison de ces ancêtres, inhabitée pendant quarante ans, accepter de tenir la rubrique "accidents de voitures et carnet des bords des arrivées et départs des navires", découvrir le passé des Quoyle,  rencontrer son mystérieux aïeul et vaincre sa peur tenace de la mer en achetant un bateau. 

Que ce soit l'équipe du journal ou les amis qu'ils rencontrent, ce sont tous des personnages haut en couleur, physiquement et de caractère. Les histoires, les anecdotes sont si nombreuses - on ne s'ennuie jamais. Entre un récit qui se veut didactique (la vie des pêcheurs, l'histoire de cette île, ses croyances, ses naufragés et la situation actuelle : le poisson se fait rare, le pétrole ..) et l'histoire personnelle d'un seul homme, Quoyle qui ne conçoit pas d'autre histoire d'amour que celle qu'il a vécu avec sa défunte épouse. 

"Il y a autre chose, aussi. C'est une Hamm, mais c'est une Quoyle. Toutes leurs histoires, ma petite. Desmond - c'était mon pauvre mari - les connaissait. Il vient de Sans-Nom, en dessous de Patte-de-Grappin, une anse un peu plus bas que Cap-Quoyle. Et cette fillette qu'ils ont, c'est une vraie Quoyle, de traviole comme une bouée dans une mer démontée".  (page 265)

Fort heureusement, cette île possède une aura, une sorte de magie qui va peu à peu agir sur Quoyle et sur le lecteur. Ainsi ai-je dévoré les chapitres suivants et j'ai eu du mal à quitter Quoyle et ses comparses. J'ai attendu ainsi ce matin pour finir les trois dernières pages. Annie Proulx est une véritable découverte pour moi et je compte bien lire ses autres publications, que ce soit des nouvelles ou des romans. C'est une conteuse magnifique.



"Le septentrion s'inclina vers le soleil. La lumière se déploya sur la patine laiteuse du plancton qui apparaissait au large, au-dessus des bancs, au confluent du courant salé du Gulf Stream et du courant saumâtre du Labrador. Les eux s'emmêlaient au croisement des tropiques et de l'articque, effervescence de bactéries, levures, diatomées et champignons, un bouillonnement d'algues, de bulles et de gouttelettes, la matière même de la vie, qui pousse à croître, changer, s'accoupler." (page 414)

Pour ceux qui s'interrogent, oui les photos d'acteurs sur la couverture du livre sont celles de l'adaptation cinématographique réalisé par Lasse Halstrom, avec Kevin Spacey, Julianne Moore, Judi Dench et Cate Blanchett. 

Si vous voulez du changement, sentir l'air iodé, entendre le bois mouillé grincer, humer l'odeur d'une soupe au homard, plongez dans ce roman !

★★★★★



Editions Rivages, Bibliothèque étrangère, traduction Anne Damour, 482 pages