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Friday, April 10, 2015

La ballade d'Hester Day

La ballade d'Hester Day est un roman que j'avais eu envie de lire sans cependant accorder trop d'importance à l'histoire et à la présentation de l'auteur Mercedes Helnwein, fille d'un artiste viennois ayant grandi dans des châteaux en Irlande et en Allemagne. Pourquoi n'ai-je pas lu ces quelques mots avant d'entamer ma lecture ?  Il résume à eux seuls le livre. 

En relisant la quatrième de couverture, je réalise que celle-ci présente une histoire que je n'ai pas retrouvé dans ma lecture  :

C'est l'histoire d'une fille qui ne veut pas aller au bal de promo, d'un apprenti poète qui l'a épousée pour trouver l'inspiration, et d'un petit garçon rondouillard qui, à défaut d'être cowboy de l'espace, est ravi de tracer la route en camping-car avec eux. L'équipée sauvage d'Hester Louise Day s'annonce comme un fiasco épique. Parce que la famille, même bricolée, ce n'est jamais un long fleuve tranquille, surtout quand on est recherché par la police et le FBI. Hester, ça ne la dérange pas d'être rattrapée, mais pas tout de suite, pas trop vite. 

Qui, à la lecture de cette présentation, n'aurait pas eu envie de s'embarquer avec Hester dans cette folle aventure ? Comme lorsque la famille Hoover embarque à bord de son minivan pour participer à un concours de beauté dans Little Miss Sunshine ?  Moi, mais Hester n'est pas une Hoover. C'est une Day.

Je ne sais pas trop comment écrire cette chronique, généralement je tente toujours de peser le pour et le contre, le positif et le négatif. Mais ici c'est compliqué.

Car Hester est sans nul doute doute l'un des personnages (avec le héros de La consolante de Gavalda) qui m'aura donné le plus de mal. Car, j'avoue :  je n'ai pas compris une seconde de quelle manière j'aurais du appréhender le livre pour que la magie opère. Et j'en ressors très frustrée. Hester est un personnage dont la personnalité n'a soulevé chez moi aucune sympathie, empathie, pitié, compréhension ou regard attendrissant .. non RIEN, sinon parfois de l'énervement ;-)

Hester a 18 ans mais la maturité d'un enfant de huit ans (qui veut un bébé comme on veut un nouveau jouet), à l'égocentrisme démesuré et parfois la réflexion d'un enfant de cinq ans. J'ai aussi détecté une forme de sociopathie sous-jacente inquiétante (les autres, soyons clairs lui, elle s'en fout), et comme le dit si bien, son mari de deux jours, Hester est la personne à la fois la plus "chiante" qui est persuadée que la Terre entière tourne autour de sa petite personne.

Hester Day a eu le malheur, sans doute, de naître avec un égo surdimensionné car Hester se rêve spéciale, intelligente, différente - or tout lui rappelle sa normalité. Ses parents et sa sœur ainée en premier. Elle vit en Floride où tout résonne faux (un soleil ultra dominant, aucun changement de saison, je comprends).  Sa mère porte donc tous les défauts, comme son père. Ils ont des boulots normaux, vivent la vie de millions d'américains de la classe moyenne, rêvent d'offrir à leurs enfants des études universitaires et une vie toute somme rangée. Soit, ils sont superficiels :  la mère ressemble à une poupée Barbie et le père à Ken. Ce ne sont pas les meilleurs parents mais ils n'ont rien de terrifiant. Hester ne ne veut rien de tout ça. Mais lorsqu'elle parle d'une enfance traumatisante, il y a quand même nettement plus malheureux, non ?

Pas une seconde dans le livre, n'est-elle capable de réfléchir à ses propres jugements ou actes - elle ne cesse de juger le monde entier et n'a jamais, à aucun instant, du recul sur sa propre attitude. 

Alors, oui - en tant que lectrice, j'aurais vraiment aimé pouvoir à un moment m'attacher à un pan de la personnalité de la jeune femme, mais sans cesse repoussait-elle mes tentatives. Hester veut fuir sa famille et au passage décide d'adopter.  J'ai cru un instant que la romancière nous embarquait vers le fantastique lorsqu'elle décrit le passage d'Hester aux services sociaux - évidemment on lui dit qu'à 17 ans, elle est légalement trop jeune. Hester attend ses 18 ans et se marie en croyant que cela suffira. Cette même fille qui se sent supérieurement intelligente à ses semblables et vit dans un pays civilisé croit ainsi qu'on peut adopter comme on achète une voiture ou une maison. Là j'avoue, j'ai décroché.

Je n'ai pas cru une seule seconde qu'une assistante sociale tiendrait ce discours - sans lui dire que la personne doit avoir une situation stable, des revenus..mais peut-être est-ce ma faute en accordant trop d'importance à ces détails.

Finalement, Hester part avec mari tout neuf, qu'elle n'aime pas - je vous épargne la litanie de leurs dialogues qui sur près de 400 pages ne font que relater leur incompatibilité totale et leur plaisir malsain à remettre en cause tout ce qui dit l'autre. Hester s'attache à une autre homme mais finira par repartir avec son apprenti écrivain, qui n'a rien d'un écrivain, soit dit en passant. 

J'ai tenté sans succès car j'ai lu tout le livre d'y trouver une quelconque raison de changer d'avis. Un troisième personnage, le petit Jethro, enfant obèse mais très intelligent est un amas de clichés : les enfants gros sont forcément soit très drôles soit très intelligents et à part. J'exagère un peu.

Comment puis-je m'attacher à elle ? Hester a été élevée pourrie gâtée et ne s'en cache pas lorsque son mari lui reproche de ne chercher dans sa vie que les drames ou quand selon sa sœur de ne penser qu'à elle. Son manque d'empathie (égocentrisme qui vire à la sociopathie) : "à vrai dire, je n'avais pas pensé depuis des mois à elle".

Bref, j'aimerais vraiment comprendre ce qui vous a plu dans ce livre ? Parce que moi je suis passée totalement à côté. Quand elle dit à sa mère qu'elles ne se reverront plus, je me suis dit que la mère allait enfin pouvoir aspirer à une vie calme et posée. 

Donc je suis à votre écoute. En attendant, j'avoue que ma rencontre avec Benjamin Whitmer m'a compliqué sérieusement la tâche, car Hester est rose et a le goût de la guimauve comparé aux écrits de Whitmer et je n'avais qu'une envie après ma rencontre : plonger dans son dernier roman noir, Cry Father. J'ai donc, je l'avoue participé inconsciemment moi-même à une fin de lecture hâtive.

Je voulais également émettre une gêne à la lecture, j'ignore si cela vient de la romancière ou de la traductrice, mais j'ai été parfois dérangée par la syntaxe. J'ignore si le style grammatical est fidèle à l'auteur ou si la maison d'éditions a souhaité apporter cette touche au récit, mais quelque chose, dont je n'arrive pas mettre le nom dessus, m'a gêné tout au long de la lecture. 

Je pense aussi que la romancière a de gros progrès à faire, ainsi elle peut en un seul paragraphe frôler la vulgarité, déborder de clichés puis toucher de plein fouet la vérité, comme ici : 

"Cette nuit-là, je me pelai le cul et rêvai que j'accouchais d'un lézard. C'était l'une de ces nuits sans fin où tu as en permanence conscience de tout ce qui te gêne, jusqu'au moindre tic-tac d'une montre qui n'est pas la tienne, et tout ce que tu peux y faire, c'est rester allongé là,  comme un cadrave, trop paralyser pour bouger un muscle, ou prendre la peine de réarranger ton lit mal fait." (p.229)

Pourtant je ne suis pas insensible aux personnages "outsiders", j'étais une de ces filles qui hantaient les bibliothèques et ne portait que du noir (pas gothique non plus) au lycée. J'adore l'univers de Gus Van Sant (Restless, Elephant, Paranoïd Park, pour ne pas le citer). Mais là nous sommes à des milliers de kilomètres.  Mon pire cauchemar aurait été de me retrouver coincée à bord de ce camping-car avec eux, où aucun personnage ne rattrape l'autre.

D'autres lecteurs ont par contre beaucoup aimé ce roman, aussi voici le lien vers la chronique de Marie-Claude afin de lui laisser une chance.



Editions Anne Carrière - La belle colère, traduction Francesca Serra, 366 pages